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Comptes rendus de la rencontre OZP du 16 mai 2018 : "Qu’est-ce qu’un réseau apprenant ?" (avec enregistrement vidéo de l’intervention)

22 mai 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

— -LES RENCONTRES DE L’OZP-------
n°134, mai 2018

Comptes rendus de la 162ème rencontre du 16 mai 2018
Note : cette rencontre a fait l’objet de deux comptes rendus complémentaires.

L’OZP avait invité Jean Denis PEYRET, actuellement proviseur du grand lycée scientifique Victor Grignard de Cherbourg, mais auparavant et pendant 5 ans, principal du collège Les Provinces de Cherbourg, établissement situé depuis longtemps en éducation prioritaire et actuellement un des 3 collèges en REP + de l’académie de Caen. M. PEYRET avait choisi de centrer son exposé sur le thème des "réseaux apprenants".

La richesse de ce thème qui s’appuie sur une expérience de longue durée, suivie attentivement par les diverses inspections, est apparue progressivement. Les principales caractéristiques de l’expérience du collège Les Provinces peuvent être ainsi résumées :
- un projet fort et largement partagé comprenant seulement deux principes,
1/ la difficulté scolaire se traite avant tout dans la classe
2/ tous les élèves sont éducables.

- le corps enseignant est remarquablement stable, caractéristique rare en REP plus, et plus engagé qu’ailleurs dans le travail collectif.
- le réseau apprenant ne transforme pas seulement les pratiques pédagogiques, il implique également des changements dans l’organisation et dans les relations avec la hiérarchie.
- il y a dans le réseau apprenant de nombreuses occasions de débats, des échanges permanents, mais aussi des outils de régulation des conflits.
- il existe à l’intérieur du collège une commission d’aide aux élèves en difficulté, mais ce qui est remarquable c’est qu’elle comprend outre les enseignants et les autres personnels du collège concernés, les représentants du PRE. Les élèves démunis peuvent ainsi bénéficier notamment de soins rapides et gratuits. Toutefois, cette commission ne concerne que le collège et pas les écoles qui lui sont rattachées.

- à l’occasion de la refondation de l’éducation prioritaire, le collège a demandé et obtenu :
1/ une procédure de contractualisation avec la DASEN
2/ un temps suffisant pour la mise en oeuvre

Interrogé enfin sur sa fonction d’animateur et de pilote, M. PEYRET s’est déclaré partisan d’une direction forte, ce qui ne veut pas dire autoritaire mais attentive et exigeante.

 

Complément à ce compte rendu
Ce concept d’établissement ou de réseau apprenant, tel que nous l’avons compris, signifie que les apprentissages ne dépendent pas seulement de l’action de chaque enseignant dans sa classe mais que toutes les dimensions de la vie du réseau - y compris ses relations avec les familles - y contribuent ; l’élaboration de nouvelles pratiques organisationnelles tend à favoriser de nouvelles pratiques pédagogiques et éducatives. Le métier d’enseignant se caractérise alors par des va-et-vient entre l’individuel et le collectif.
L’OZP qui soutient le développement de collectifs professionnels y retrouve des préoccupations familières.

Ce projet ambitieux a pu s’appuyer sur une longue expérience d’entrée par la pédagogie dans le cadre de l’éducation prioritaire, une excellence pédagogique reconnue pour une équipe pédagogique stable et engagée depuis longtemps dans le travail collectif. La lutte contre le décrochage a réussi.

J-D Peyret donne 4 exemples de ce travail de réseau apprenant

1) Chaque objectif se traduit par la création d’un collectif de travail spécifique.
Ainsi, une commission de suivi de difficultés des élèves se distingue par une composition rare : des partenaires du collège y participent dont le coordonnateur du PRE. Elle se réunit 1h par semaine et est parvenue à anticiper sur ces difficultés par un diagnostic précoce et à mettre en place les mesures nécessaires : ainsi, les élèves démunis peuvent ainsi bénéficier notamment de soins rapides et gratuits

2) Le partage du leadership
L’équipe de direction n’a pas le monopole des initiatives. Elle change de posture et de fonctions : elle rend possible les initiatives venue des enseignants, facilite leur organisation et recherche les moyens nécessaires et leur contractualisation avec les partenaires et :ou avec les instances académiques.
Ainsi, la responsabilité d’une formation et son animation peuvent être confiées à un enseignant. Un travail visant à mesurer et expliquer la dégradation des performances des élèves du collège lors de leur arrivée en seconde a été porté par un professeur principal de 3ème. Ce travail a été étendu au bassin de Cherbourg.

Autre exemple : la mission de professeurs référents a été redéfinie pour de nouvelles modalités de co-enseignement : 6 professeurs ont été déchargés d’une classe au collège et, pendant ces 4h hebdomadaires, interviennent pendant chacune des 5 périodes de l’année scolaire, successivement dans 5 classes sur un thème choisi collectivement, par exemple la numération. L’intervention du coordonnateur a été utile pour diffuser cette pratique.

J.-D. Peyret donne un exemple étonnant : ce sont les enseignants qui ont eu l’initiative du calcul de la pondération du service des enseignants du collège. Les 10% de travail collectif sont calculées sur 35h, ce qui donne par semaine :
1h de de réunion de concertation
1h de suivi des élèves
1h libre de travail collectif

3) Une régulation partagée fondée sur un tableau de bord avec des indicateurs connus de tous.
Ainsi le collège s’est interrogé sur l’écart de performances entre les élèves issus du quartier des Provinces et ceux venant des communes rurales alentour. Dans le cadre d’un objectif de développement du travail et de l’évaluation par compétences depuis 2012, l’écart entre les deux zones a pu être supprimé.
Le comité de pilotage du réseau fédère toutes les instances, assure la régulation générale et répartit les missions de chaque instance (comité de liaison écoles- collège, cycle III, conseil pédagogique. etc ). Il se réunit 5 fois par an et chaque réunion est préparée en amont par le groupe restreint de 5 ou 6 personnes.

4) La déprivatisation du métier d’enseignant : Chacun partage ce qu’il fait.

JD Peyret résume ainsi son expérience :
Faire confiance aux équipes. Déléguer. Valoriser les compétences de chacun.
Partir de l’existant. Valoriser ce qui se fait déjà, même si des améliorations sont nécessaires.
Prendre le temps qu’il faut, avancer pas à pas (ainsi pour la mise en œuvre de l’approche par compétences.
Gérer l’hétérogénéité de l’équipe. Ne pas abandonner une parie de l’équipe. Accepter les conflits, mais cadrés dans des lieux de débat, par exemple le conseil pédagogique.
Et surtout, réaffirmer sans cesse ce qui nous relie, sans crainte de se répéter.

En conclusion, pour qu’un tel engagement soit possible et se pérennise, il faut deux conditions : des tensions fortes qui rendent nécessaires la mobilisation collective et une équipe forte soutenue par une direction forte. Mais le départ simultané de plusieurs personnes peut fragiliser.
Comptes rendus rédigés par Didier Bargas et François-Régis Guillaume

 

Voir les deux enregistrements réalisés par Christian Lefevbre, président de l’association Roller Football, que l’OZP remercie vivement pour son aide.

La présentation de la rencontre par Marc Douaire (2:47)

L’intervention de Jean Denis Peyret (44:30)
 

Le site de Rollerfootball

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