> AGENDA > Site OZP. Archives d’articles non indexés (2004-2008) > année 2004 > septembre > Le latin dans la ZEP de l’Ile-Saint-Denis (93) (L’Express)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Le latin dans la ZEP de l’Ile-Saint-Denis (93) (L’Express)

27 septembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Express » du 27.09.04 : du latin dans la ZEP de l’Ile-Saint-Denis

Latin-grec thérapeutique

La porte s’ouvre dans le brouhaha. Sabrina crache son chewing-gum dans la poubelle. Pas de ça ici. C’est écrit au tableau : Dura lex, sed lex. La loi est dure, mais c’est la loi. « Allez, on se dépêche ! » réclame d’un ton ferme mais enjoué Eve Payen, la prof de latin. Elle fait l’appel. Abdel ? Du tac au tac, le gamin : Adsum ! Joy ? Adsum. Que des Adsum, pas un absent. Cet après-midi, au collège Sisley de L’Ile-Saint-Denis dans une ZEP de la banlieue parisienne, une quinzaine d’élèves de cinquième enthousiastes amadouent la verve de Cicéron. « Qui veut dire un proverbe ? » Les doigts se lèvent. Karim se lance : Fortuna audaces juvat. Il n’a pas écorché un mot.

C’est un traitement efficace pour les élèves en difficulté : le latin - ou le grec - thérapeutique. Rodé au cours des années 1990, ce type d’enseignement original et non élitaire vise précisément à épauler les enfants issus de l’immigration ou de milieux défavorisés. « On a constaté que les élèves qui font du latin se révèlent meilleurs en français, de 3 ou 4 points en moyenne de plus que les autres, explique Mireille Ko, professeur aux Lilas, qui défend le latin-grec thérapeutique dans un livre Enseigner les langues anciennes (Hachette). Avec les plus faibles, on reprend les bases de A à Z, en utilisant l’alphabet grec, la lecture, etc. »

A Créteil, Lille, Besançon ou Nantes, grâce à une poignée de professeurs motivés, certains collèges et lycées se sont mis à prodiguer ces cours aux vertus dopantes. Au collège Sisley, par exemple, Eve Payen, agrégée de grammaire, n’hésite pas à utiliser les formules magiques de Harry Potter pour éveiller la curiosité, ni à placarder d’énigmes en latin les murs de son collège, tout en abordant en cours la civilisation et l’histoire, la philosophie, l’art... « Il s’agit de valoriser les élèves, même ceux qui sont en difficulté, de leur donner confiance, dit-elle. En étudiant la langue mère, ils acquièrent une vraie maîtrise du français : le latin peut avoir un effet Pygmalion. »

Magister dixit.

Marie Huret.

Répondre à cet article