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Rapport sur les riches en France. La crise du Covid-19 va peser très fortement sur les catégories populaires (Observatoire des inégalités, juin 2020).

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Les riches en France se portent bien, merci...
Il fait bon vivre en France pour les riches. Ils s’en sortent généralement bien après les crises - celle financière de 2008 comme la crise sanitaire actuelle. L’impôt ne les fait pas fuir tant que cela et ne les appauvrit guère. En vingt ans, leurs revenus et plus encore leurs patrimoines ont sensiblement augmenté même si le rythme a marqué le pas dans les années 2010. C’est ce qui ressort du premier Rapport sur les riches publié hier par l’Observatoire des inégalités, un organisme indépendant qui travaille depuis 17 ans sur ces questions.

Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, et Anne Brunner, directrice des études, présentaient hier devant la presse le Rapport sur les riches en France. « Une première », ont-ils souligné, dans un pays où les études sur la pauvreté sont légion mais où l’on manque singulièrement d’éléments, notamment statistiques, sur les riches. Comme si la richesse, si mal portée en France, devait rester cachée... Ils ont toutefois rendu un hommage aux travaux des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot et de l’économiste Thomas Piketty.

5,1 millions de riches

Première tâche pour les chercheurs de l’observatoire : définir un seuil de richesse, tout comme il en existe un pour la pauvreté. « Nous l’avons fixé, en termes de revenus après impôts, au double du niveau de vie médian, soit un seuil de richesse de 3 470 euros mensuels pour une personne seule. Mais cela peut se discuter, certains pouvant penser que c’est trop bas, d’autres trop haut. » Pour un couple, ce seuil est de 5 205 euros mensuels. Pour un ménage avec deux enfants, il atteint 7 287 euros.

Quelque 5,1 millions de personnes vivent au dessus de ce seuil de richesse, soit 8,2 % de la population. Autant que les personnes vivant sous le seuil de pauvreté - « pur hasard », soulignent les auteurs de l’étude. Une particularité pour les riches : leur grande hétérogénéité. Les 1 % les plus fortunés vivent ainsi avec un minimum de 6 650 euros par mois pour une personne seule et les 0,1 %, avec un minimum 14 800 euros par mois.

Des riches très riches

Pour illustrer le bonheur des riches à vivre dans un pays pourtant réputé pour la lourdeur de ses impôts, c’est en France que les riches sont les plus riches… si l’on excepte la Suisse. Selon les statistiques d’Eurostat, le niveau de vie minimum mensuel des 1 % de Français les plus « aisés » - pour reprendre la délicate catégorie de l’INSEE contournant le terme « riche » - est de 6 900 euros. Ici, nous devançons l’Allemagne et ses 6 500 euros, et le Royaume Uni avec ses 6 000 euros.

Loin du cliché d’un Etat qui assommerait les riches de taxes et les ferait fuir, ils bénéficient d’une évolution qui leur est favorable dans le temps. En 20 ans, de 1997 à 2017, le niveau de vie annuel des 10 % les plus riches a progressé de 11 664 euros constants. Certes, il s’est stabilisé dans les années 2010 mais grâce aux mesures d’Emmanuel Macron, on peut espérer qu’ils aient remonté la pente… Au fil de deux décennies, les écarts se sont creusés avec les plus pauvres : aujourd’hui en France, les 10 % les plus riches reçoivent un quart de l’ensemble des revenus après impôts

Une affaire de patrimoine

Mais la richesse ne se décline pas seulement en revenus. C’est aussi et même beaucoup une affaire de patrimoine. Et là encore en France, les riches se portent bien. L’Observatoire des inégalités a retenu un seuil de richesse qui est le triple du patrimoine médian, soit 490 000 euros. Quelque 4,6 millions des ménages possèdent davantage et ils sont 1,2 millions, soit 4 % des ménages, à la tête d’un patrimoine dépassant le million d’euros. Les 10 % les plus fortunés possèdent près de la moitié - 46 % - de l’ensemble des patrimoines des ménages.

Là encore, les plus « aisés » ont joui d’une bonne étoile. En vingt ans, le patrimoine minimum des 10 % les plus fortunés a très sensiblement progressé. Et dans les années 2010, il a bien mieux résisté que les revenus. La preuve : le nombre de personnes redevable de l’impôt sur la fortune a progressé de 22 % entre 2011 et 2017, année de sa disparition aux premières heures de l’ère Macron.

L’observatoire souligne combien ces patrimoines sont un levier dans la reproduction sociale, avec des enfants partant dans la vie avec une longueur d’avance et aussi grâce au jeu de l’héritage, favorable à la transmission en France. Mais les auteurs n’ont pas creusé le sujet, les données étant assez pauvres.

Chiffres indécents

Au « sommet du sommet », il y a bien sûr les ultra riches - patrons du CAC 40, stars de foot, de basket, de cinéma… - dont les revenus annuels représentent, tout en haut de l’échelle, des centaines d’années de SMIC, dont les patrimoines sont démesurés… Bernard Arnault, le patron de LVMH, a une fortune estimée à 70 milliards d’euros même après la crise de 2020 déclenchée par la pandémie du Covid-19. L’Observatoire des inégalités a calculé que cela équivalait a l’ensemble des logements d’une grande ville comme Toulouse…

Ces immenses fortunes, avec leurs chiffres indécents, sont mieux connues. Elles font régulièrement la une des magazines lorsque sort, par exemple, le classement Forbes des plus grosse fortunes du monde. L’un des mérites du rapport est de ne pas s’y attarder et d’aller au-delà, en ouvrant des pistes d’analyse sur ce qu’est la richesse en France, bien réelle et peu visible.

Ouvrir le débat

On trouvera dans ce rapport très riche, d’autres chapitres intéressants. Par exemple, un portrait robot des riches : des personnes plus âgées que la moyenne - 70 % ont plus de 50 ans -, retraités, cadres supérieurs, médecins, ingénieurs, cadres bancaires, experts comptables, conseillers financiers, hauts fonctionnaires… Ils vivent dans de grandes métropoles à commencer par Paris et ses arrondissements sélect, avec une prédilection pour le 7 ème, l’arrondissement de Rachida Dati, candidate LR à la Mairie de Paris. Mais on les trouve aussi dans des villes en région, à Cannes mais aussi à Mulhouse, Beauvais, Compiègne, Brive, Laval…

Les auteurs du rapport reconnaissent volontiers que leurs données sont parfois incomplètes et qu’il a fallut jongler avec les statistiques disponibles. « Il est difficile d’enquêter sur les riches qui libèrent plus difficilement l’information », souligne Louis Maurin qui regrette qu’un institut comme l’INSEE n’utilise pas de taux de richesse alors qu’il calcule un taux de pauvreté.

Pour l’Observatoire des inégalités, l’enjeu est d’apporter des connaissances, de nourrir la réflexion et d’ouvrir un débat trop souvent limité à l’ultra richesse. « C’est une forme de démagogie, souligne Louis Maurin, certes bien moins choquante que le discours anti-assistés ou anti-immigrés. Mais la question n’est pas de savoir si on aime ou on n’aime pas les riches, la question est d’analyser ». « Nous voulons réagir à une certaine faiblesse de la réflexion sur la distribution dans notre pays, poursuit-il. S’il doit y avoir un effort collectif de solidarité, il doit se faire en fonction des capacités contributives pas seulement d’une frange extrêmement étroite. Pour être légitime, l’effort collectif doit être réparti équitablement entre les catégories. »
Véronique Soulé

Rapport sur les riches en France, sous la direction d’Anne Brunner et Louis Maurin, éd. Observatoire des inégalités, 104 p., 10 euros (hors frais d’envoi), juin 2020.

En vente sur
inegalites.fr, avec l’avant-propos en version intégrale

Extrait de cafepedagogique.net du 10.06.20

 

Etes-vous riche ? La réponse de l’Observatoire des inégalités
Selon un rapport intitulé « Les riches en France », le seuil de richesse se situe à 3 470 euros par mois et par unité de consommation. 8 % de la population française fait partie de cette catégorie.

[...] L’observatoire fixe, pour la première fois, un seuil de la richesse en France et le situe au double du revenu médian de 1 735 euros (chiffres 2017), soit 3 470 euros par mois et par unité de consommation (UC). Dans un foyer, le premier adulte compte pour 1 UC ; tout adulte supplémentaire ou enfant de plus de 14 ans compte pour 0,5 UC ; les personnes de moins de 14 ans, pour 0,3 UC. Ces montants s’entendent après impôts et prestations sociales.
Un couple, soit 1,5 unité de consommation, est donc riche à partir de 5 205 euros par mois de revenus ; s’il a deux enfants de moins de 14 ans, soit 2,1 UC au total, à partir de 7 287 euros.

« Alors qu’il existe un voire plusieurs seuils de pauvreté, personne n’avait, jusqu’ici, fixé un seuil de richesse alors qu’il est une référence importante pour savoir qui peut contribuer à la solidarité collective, argumente Louis Maurin. Les politiques posent souvent cette question, ne serait-ce qu’en ce moment, avec le projet de proposition de loi sur la contribution des riches qui propose, lui, un seuil très élevé, de 250 000 euros par an, ce qui est une manière d’exonérer les classes aisées. Le riche serait donc toujours l’autre ? », s’interroge-t-il.

Extrait de lemonde.fr du 09.06.20

 

En France, les riches ne sont pas plus nombreux mais leur fortune s’est appréciée
Selon le rapport de l’Observatoire des inégalités, l’écart entre les plus aisés des Français et les classes moyennes s’est creusé ces vingt dernières années.

[...] La crise due au Covid-19 ne va pas rétablir les équilibres : « Le ralentissement de l’activité économique et la montée du chômage qui s’annonce vont peser très fortement sur les catégories populaires », avance M. Maurin. De fait, les premières victimes de la crise sur le plan des revenus sont les personnes aux emplois précaires : intérimaires, titulaires de contrats courts, indépendants mais aussi toutes les personnes qui vivaient de « petits boulots », souvent payés au noir, qui se sont retrouvées sans revenu et sans filet de protection sociale du jour au lendemain. Comme le rappelle l’Observatoire des inégalités, face au débat qui monte autour de la question de la redistribution, le statut de « riche » n’englobe pas uniquement la notion de revenu, mais également d’autres dimensions. Et notamment celle de « disposer d’un travail avec des marges d’autonomie, sans trop de risques d’en être dépourvu demain ».

Extrait de lemonde.fr du 10.06.20

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