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02.12.06 - Des nouvelles de la ZEP d’Agaléga (Océan Indien)

2 décembre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Express.mu », le 01.12.06 : La vie dans un aquarium

Une île d’une beauté immaculée, que la plupart des Mauriciens ne connaissent pas. On y vit au rythme de journées qui se ressemblent mais loin de la pollution des grandes villes.

Agaléga aurait pu être le lieu de tournage d’un film exotique. Rien d’étonnant que des promoteurs touristiques s’intéressent de près à cette île. Le sable est d’une blancheur irréprochable. À concurrencer les Seychelles. L’île située à environ 1 250 kilomètres au nord de Maurice, soit à 44 heures de navigation, fait partie du territoire mauricien. Aucun avion commercial n’y atterrit, seul le Dornier, avion de la police mauricienne la dessert. Agaléga se compose de deux îles. L’île du Nord comprend deux villages, La Fourche et Village 25, alors que l’île du Sud a comme village Ste-Rita. Les quelque 260 habitants sont répartis dans ce village.

L’Outer Island Development Corporation (OIDC), l’administrateur de l’île, affrète deux fois par an le Mauritius Pride et elle sollicite aussi l’aide des pays amis quand un bateau militaire passe dans le coin pour approvisionner l’île ou encore transporter des élèves comme ce sera le cas en janvier.

Le déchargement de marchandises se fait toujours à l’ancienne. Les articles sont d’abord transbordés sur des barges pour être acheminés vers la côte. Il faut en moyenne deux jours et demi pour décharger environ 290 tonnes de marchandises.

Lieu privilégié des tortues de mer

C’est le lieu privilégié de ponte des tortues de mer pendant la saison appropriée. Le bleu du lagon se nuance de vert selon les endroits et le fond marin est un véritable aquarium naturel.

Agaléga possède probablement une des plus grandes cocoteraies de la région. Les deux îles sont couvertes de cocotiers, mais de différentes variétés. L’OIDC a exporté 30 000 litres d’huile de coco à Maurice cette année sans compter le copra et des fibres végétales.

La végétation sur l’île du Nord est très dense. Les fougères et les “bois de manioc” semblent être les seules plantes à pouvoir faire face à la domination des palmiers. De plus, le sol est corallien ou sablonneux. Peu de pousses atteignent la maturité. Donc les riverains consomment peu de légumes. Le poisson et les grains sont le menu de base. Le taux d’humidité est aussi très élevé sur la grande île.

L’atmosphère est tout autre sur l’île du Sud malgré le fait que les deux îles ne soient séparées que de quelques kilomètres. La traversée est faite deux fois par jour dépendant de la marée et de la météo. Plusieurs vestiges, notamment des ruines et des bâtiments historiques, se trouvent dans le seul village de l’île, Ste-Rita. Il fait moins chaud que dans le Nord et la terre semble y être fertile. Un potager entretenu autrefois par un Mauricien a été envahi par des plantes sauvages après son départ.

À Ste-Rita, les habitants se plaignent de n’avoir pas une ligne téléphonique pour communiquer avec Maurice comme c’est le cas au Village 25 où on dispose de quatre lignes téléphoniques dont deux publiques. Il n’y existe pas non plus de bureau de poste. Ils doivent traverser la mer pour profiter de ces facilités. Un habitant confie qu’il n’y a pas assez de logements dans le Sud pour les nouveaux couples. La majorité des habitants sont des employés de l’OIDC et ne formuleront pas de critiques - du moins pas ouvertement - contre cet organisme. De plus, ils ne sont plus des contractuels depuis une semaine, mais des employés titularisés.

Des fonctionnaires rongés par l’isolement

L’administrateur leur loue une maison en dur à Rs 150 par mois incluant les frais d’électricité et d’eau, mais ils n’ont pas droit à un terrain à bail. Pour certaines personnes, il est important d’avoir ce bail car ce serait une garantie qu’elles ne seront pas expulsées un jour comme les Chagossiens.

Agaléga a aussi une petite communauté de fonctionnaires mauriciens travaillant à la météo, à la police, à l’hôpital et dans le secteur de l’éducation. L’isolement est le mal qui ronge ces fonctionnaires. Ils doivent toujours respecter le contrat d’un an qu’ils ont signé avant de mettre le cap sur l’île. Beaucoup ont craqué. Un infirmier qui est parti sur l’île la semaine dernière a fondu en larmes quelques heures après avoir déposé ses valises.

Quelques-uns ont souffert ou ont prétendu souffrir de dépression pour rompre leur contrat afin de rentrer chez eux. Ces fonctionnaires aimeraient bien un break après chaque six mois pour visiter leurs proches. Ils voudraient aussi que l’administration leur donne certaines facilités pour qu’ils se sentent chez eux.

Le médecin de l’Etat affecté sur l’île est le seul qui ait un contrat de deux mois. Le Dr Wsy Chu Sang affecté actuellement à Agaléga s’occupe des deux centres de santé dont le principal comporte six lits. Les blessures et des maladies bénignes sont traitées localement alors que les accouchements difficiles ou autres complications sont traités à Maurice.

C’est l’éducation qui est la parente pauvre dans l’île. Les deux écoles sont classées dans la Zone d’éducation prioritaire, mais sans les mêmes facilités que celles de Maurice. Il n’y a qu’une dizaine d’élèves qui fréquentent les deux écoles. Et il n’y a que deux enseignants dans chacune d’elles. L’un d’eux se charge des élèves des classes de Std I à III alors que l’autre s’occupe de ceux de la quatrième au CPE. “Il n’est pas évident de faire trois curriculum pendant une journée”, confie l’un d’eux.

Le taux de réussite est très bas. Selon l’enseignant, quelques parents n’encadrent pas académiquement leurs enfants après l’école. Les enfants qui réussissent aux examens du CPE poursuivent leurs études secondaires à Maurice. Mais beaucoup ont du mal à quitter le cocon familial. Ils ont une mauvaise perception de Maurice. Ils ont entendu dire par d’autres jeunes qu’il y a beaucoup de crimes dans l’île. Ces nouvelles les découragent. D’autres préfèrent arrêter l’école avant la Form V pour rentrer à Agaléga. Pour ce qui est des tout petits, depuis quelque temps, les puéricultrices sont formées à Maurice pour mieux les encadrer.

Quoi qu’il en soit, les Agaléens mènent une vie paisible loin de la pollution. Il y a la mer, la plage et des chaînes satellitaires. Il y a aussi des terrains de sport. Il faudrait peut-être qu’ils s’organisent entre eux pour rompre la monotonie des jours trop pareils et ne pas sombrer dans l’alcool.

Patrick St.-Pierre

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Extrait de « L’Express.mu » , le 01.12.06 : Ile Maurice : Question à Hervé Aimé, président de l’Outer Island Development Corporation

Interview

30 Novembre 2006

(...)

Quel est le plan de l’OIDC en ce qui concerne l’éducation ?

Nous avons eu plusieurs réunions pour une nouvelle direction. Il faut un système qui donne des résultats. Il concernera la maternelle comme le primaire. Nous donnerons aux écoles primaires les mêmes facilités que les établissements ZEP de Maurice. Les parents doivent aussi encadrer leurs enfants. Nous songeons aussi à recruter un supporting staff pour soutenir les enseignants.
J’ai proposé que les écoliers fassent leur nine year schooling à Agaléga. Ils choisiraient ensuite s’ils veulent poursuivre des études académiques ou techniques à Maurice.

Ces écoles auront-elles les facilités pour des classes de "Form I" à "Form III" ?

L’OIDC fournira bâtiments et infrastructures. Ce sera le devoir de l’Education de nous faire avoir les équipements et les enseignants.

Pourquoi pas un personnel retraité ?

La Public Service Discipline Commission pourrait accorder priorité aux Agaléens ayant réussi le SC ou le HSC
J’ai contacté divers ministères, des organismes publics et parapublics oeuvrant dans le social pour leur dire qu’Agaléga existe. Par exemple, pour la fête de l’Indépendance, les autorités avaient oublié l’île, alors j’ai appelé le ministère des Arts et de la culture pour lui en faire part.

Pourquoi le gouvernement n’embauche-t-il pas des jeunes Agaléens ayant terminé leurs études pour remplacer les fonctionnaires mauriciens ?

J’ai contacté le ministère de l’Education pour former des jeunes comme supporting teachers. Il y a 23 étudiants à Maurice que je suis de près. Nous cherchons l’oiseau rare pour la formation.

Le BEC a aussi un rôle à jouer grâce au Prevokbek ?

Le BEC, qui donne une éducation valable et est une institution bien rodée, pourrait nous donner un coup de main dans un établissement financé par l’Etat.

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