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Les projets interétablissements et interdegrés (Rencontre OZP)

juin 1997 Version imprimable de cet article Version imprimable

 -----LES RENCONTRES DE L’OZP-----

Observatoire des zones prioritaires
www.ozp.fr

n° 3 - juin 1997

 Les projets interétablissements et les projets interdegrés

Compte rendu de la réunion publique du 4 juin 1997

Les projets interétablissements et interdegrés sont, en principe, un élément essentiel des ZEP depuis leur création. Mais qu’en est-il en pratique ?
A partir de témoignages, parfois contrastés, un certain nombre de pratiques peuvent être identifiées.

La ZEP de Saint-Etienne-du-Rouvray

Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) est une ZEP dont le fonctionnement s’appuie sur le décloisonnement et le partenariat.
Cette situation a été facilitée par une longue histoire un peu atypique.
La ZEP est récente puisqu’elle a été créée en 1989. Mais les deux collèges, les écoles et les associations de quartier (confédération syndicale des familles, association de prévention spécialisée...) travaillaient en partenariat avant cette date. Une culture partagée et des pratiques de communication entre les acteurs du terrain existaient réellement.

"Le collège Robespierre et les écoles environnantes s’étaient lancés dans un "projet interétablissements"... sans réellement le savoir, avant même d’être en ZEP.
Beaucoup de projets d’action éducative ont vu le jour, sous forme par exemple d’enseignements mutuels du Français langue étrangère entre d’une part le collège et d’autre part les écoles primaires. Une pédagogie différenciée, à laquelle les élèves plus âgés ont été associés, et des expériences de communication entre les différents degrés d’enseignement pour construire ou reconstruire des apprentissages (analyse de la production de phrases des petits par des élèves de 5e en difficulté en Français...) ont également été mises en place.
Sur un plan moins directement pédagogique, des ateliers de pratique artistique avaient également été créés, à partir d’une action théâtre mais également autour de l’écriture.

La communication sociale a été un thème très fédérateur.
Ainsi, sur le plan de la multiculturalité, un projet d’action éducative nommé "Moi et les autres", datant de 1986 et s’étalant sur deux années successives, a eu comme objectif de décliner toutes les cultures présentes dans le collège à travers des semaines spécifiques consacrées à une culture étrangère ou régionale.
La communication sociale s’est donné un outil important, le journal "Spirale", à la périodicité fluctuante, témoignage de tous les thèmes sur lesquels la ZEP travaillait."

Les projets interétablissements et les différents partenariats ont été un ciment ; ils ont permis de démarrer le travail de la ZEP et de lui donner une identité qui aurait été, sans eux, difficile a établir.
"La ville entière aurait dû être en ZEP, mais seuls l’ont été les établissements retenus par le développement social des quartiers.
La ZEP est finalement très disparate et possède deux pôles, ce qui rend nécessaire un grand travail de communication.

La méthodologie a été d’insister chaque année sur un thème fort afin que dans la ZEP tous les acteurs s’approprient par la suite cette orientation en y inscrivant durablement leurs actions. Le premier thème, en 1990, s’intitulait "Santé, toxicomanie, sida".
La deuxième, en 1991 était l’intégration (le quartier avait été choisi comme site pilote d’intégration dans la politique de la Ville).
En 1992, on a travaillé sur le thème "Loi et sécurité". Une collaboration, s’appuyant largement sur des pratiques théâtrales, a démarré avec la police et la justice.

Cette méthodologie doit être souple : les thèmes doivent être relancés périodiquement car il y a un renouvellement des personnels, de la population et parfois du contenu du thème lui-même.
Le sujet Intégration a ainsi été repris récemment (par une entrée particulière : les religions) après avoir été délaissé ; la multiculturalité est une donnée qui évolue vite.
Il est très important de trouver des entrées qui puissent toucher tous les publics, de la maternelle jusqu’aux adultes.

La coordinatrice, à sa nomination, a posé comme principe de visiter tous les groupes de travail que la ville mettait en place dans le cadre de son développement social et économique La tâche a été difficile, mais cela a permis de mieux prendre conscience des différentes réalités dans toute leur complexité.
Il existe à présent un maillage dans tout le quartier et une interpénétration entre la ville, les jeunes et l’école.
Un partenariat avec la commune a ainsi été organisé autour des services publics de proximité. Une formation des acteurs des services publics a été mise en place et le « théâtre-forum" leur a permis de rencontrer des élèves de tous âges.
Le "théâtre-forum" est apparu comme un outil de communication tout à fait essentiel permettant aux enseignants de savoir ce que les jeunes vivaient vraiment en donnant à ceux-ci l’occasion et des outils pour s’exprimer.
On fait appel à des professionnels compétents pour redresser l’image que les enfants ont d’eux-mêmes ou de l’institution.
Il s’agit d’un instrument permanent, qui est la culture commune de la ZEP.
Par ailleurs, un comité d’environnement social ouvert à tous a été créé. Il va au-delà du strict cadre de la ZEP.

Un concours d’affiches pour les élèves de 3e a été organisé autour du problème de la toxicomanie et ce travail a touché tous les niveaux.
Plus généralement, le thème de la santé a permis d’initier une collaboration avec les parents qui se sont sentis très impliqués et concernés.
Il est important d’atteindre les familles, les parents. L’interdegrés permet d’aller plus loin et, à l’échelle du quartier, d’avoir une action concertée intergénérations."

Le partenariat extérieur, très fort, induit nécessairement une collaboration au sein de 1’institution scolaire entre les différents établissements et niveaux qui doivent travailler en synergie. Tous les thèmes concernent tous les niveaux.

"La médiation, issue d’un travail sur la citoyenneté, paraissait peu envisageable avant l’entrée des élèves au collège. Nous essayons pourtant de la pratiquer dès l’école primaire et cela peut même exister dès la maternelle."

La question de l’évaluation des actions reste posée et est liée à celle du lien qu’elles ont avec les apprentissages.
Toutes ces activités contribuent-elles à créer un meilleur climat scolaire ?
Les projets qui ont donné lieu à partenariat dans la ZEP de Saint-Etienne-du-Rouvray sont avant tout culturels mais une interaction existe souvent avec des apprentissages fondamentaux, notamment celui de la langue française."

"Plus spécifiquement, des projets interdegrés ont été mis en place autour de la lecture et de l’écriture. Les ateliers d’écriture ont même joué à une époque un rôle de détonateur au sein de la ZEP.
Concernant l’évaluation, on essaie de se donner quelques indicateurs : les enseignants évaluent de façon comparative la réceptivité des élèves..."

Mais une évaluation strictement scolaire d’actions qui existent à l’échelle d’un quartier et qui touchent les familles et de nombreux acteurs sociaux semble de toute façon impossible ou resterait lacunaire.

La ZEP de Colombes

La ZEP de Colombes (Hauts-de-Seine) pratique moins de partenariat car les relations avec la municipalité et autres partenaires sont souvent conflictuelles.
Les projets interdegrés sont dans ce contexte un enjeu important. La communication ne pourra être qu’endogène.

"La ZEP est de très grande taille puisqu’elle compte 5000 élèves. Il est a priori difficile de faire travailler tout le monde ensemble.
Pour fédérer la ZEP, une première méthode a été de déterminer un thème commun sur lequel tout le monde travaillait.
A la fin de l’année, une grande manifestation rassemblant tous les travaux réalisés sur ce thème a été organisée.
Ce principe a été fortement décrié, la manifestation finale apparaissant à certains comme une simple vitrine de prestige n’ayant concerné les élèves que de trop loin.
La manifestation a alors pris d’autres formes : celle d’ateliers auxquels les élèves participent, parallèlement à l’organisation d’un colloque et à la tenue de formations d’enseignants, l’ensemble durant une semaine.

Le travail interétablissements prend davantage la forme d’une somme de projets sur un thème que celle d’un projet unique...
Le seul véritable projet commun est le journal de la ZEP.

La formation des enseignants est une priorité : les stages ZEP sont vraiment des lieux de formation.
Des stages sur la citoyenneté organisés avec des universitaires et l’institut des droits de l’Homme ont été proposées.
Ces formations pourraient être faites à l’échelle d’un établissement ou par le biais de la MAFPEN et pas nécessairement à l’échelle de la ZEP. Mais les formations sont plus intéressantes quand elles font intervenir des acteurs locaux. La formation à l’échelle de la ZEP permet d’être plus proche du terrain"
.

Les projets les plus importants au sein de la ZEP sont des collaborations pédagogiques interdegrés.
"Un professeur de physique a souhaité travailler avec des élèves de C.P.. Des groupes ont été formés avec deux lycéens et trois petits. Les élèves de C.P. ont découvert le lycée ; les élèves de première ont été promus au rôle de "savants".
Les jeunes ont fait une visite commune du Palais de la découverte. L’ensemble a produit des échanges chaleureux et intéressants.
Cette action a eu un impact très important sur les lycéens, qui ont été mis de l’autre côté de la barrière, et ont été l’objet d’une indiscutable revalorisation, y compris ceux qui étaient en difficulté scolaire.
A l’échelle de la ZEP, cela a l’avantage de créer une continuité entre les degrés."

Des partenariats extérieurs existent même s’ils ne sont pas l’essentiel de la vie de la ZEP.
"Le partenariat local fonctionne sur les plans de la prévention en matière de justice et de santé... Un partenariat scientifique existe avec Météo France, le Palais de la découverte, la Cité des sciences, le CDDP..."

Conclusion

L’Education nationale reste le lieu d’un important cloisonnement entre premier et second degré et il y a là un important chantier à mener. Même s’il existe des actions communes, il demeure deux cultures différentes.
Les obligations et la gestion du temps ne sont pas les mêmes.
On en est réduit à s’appuyer sur des éléments aléatoires à défaut de structures : la configuration géographique, les rencontres humaines et les affinités, la bonne volonté du personnel...

La ZEP de Saint-Etienne-du-Rouvray est une illustration de l’idée qu’il est parfois plus facile pour l’institution scolaire de travailler avec des partenaires extérieurs qu’à l’intérieur de l’Education nationale.

A l’intérieur même d’un établissement, il existe des cloisonnements contre lesquels il faut lutter, notamment entre les catégories de personnels.
Des collaborations méthodologiques entre le collège et l’école primaire concernant le cycle CM2-6e ont pu voir le jour efficacement grâce à des intervenants extérieurs, mais ce type d’action reste fragile et tributaire des personnalités de chacun.
Il est important pour le suivi éducatif que les personnels des différents degrés se connaissent tout d’abord, communiquent ensuite et éventuellement collaborent.

Parmi les freins à une meilleure collaboration, il reste le symbole de la souveraineté de l’enseignant face à sa classe. Pouvoir s’appuyer sur un texte paraît dérisoire mais aide à promouvoir les partenariats nécessaires.

La question de l’éventuelle relance des ZEP doit s’alimenter de cette problématique.
Ainsi la question du maintien des lycées et lycées professionnels au sein du dispositif ZEP trouve une réponse évidente quand on connaît mieux les pratiques éducatives et culturelles interdegrés. Au-delà des blocages, la présence des lycées est un moyen d’interaction éducative supplémentaire entre les âges et avec le quartier.
On peut considérer même que la ZEP ne s’entend que comme un territoire sur lequel la scolarité inclut de manière visible le second cycle du secondaire.
La notion de pôle d’excellence est peut-être pertinente.

La question, provocante, qui se justifierait davantage en regard de ces remarques, serait celle de l’inclusion de l’enseignement supérieur dans le dispositif ZEP...

Enfin, pour terminer sur une note positive, si les cloisonnements paraissent encore très forts, le dispositif ZEP aide tout de même à un décloisonnement relatif qui n’existe pas ailleurs, et permet des partenariats, des échanges, des expériences et une certaine accumulation de savoir et de méthodes.

Ci-dessous une version PDF à la mise en page identique à l’original papier

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