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Les ZEP servent-elles à quelque chose ? (l’évaluation statistique de l’éducation prioritaire), par François-Régis Guillaume

13 mai 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Voir sur ce sujet l’important article "Faut-il supprimer les ZEP ?"

Les ZEP servent-elles à quelque chose ?

Cette question iconoclaste se pose paradoxalement au moment même où d’une part les ZEP deviennent le symbole unique de l’action publique dans le domaine de l’éducation vers les publics défavorisés et où d’autre part cette action publique se vide de son contenu.
Elle est posée par des travaux statistiques qui, ne constatant pas de rattrapage des performances ou des cursus des élèves de ZEP par rapport aux autres élèves, concluent d’une manière péremptoire à l’inefficacité des ZEP.
Ces études, faites dans la mouvance de l’INSEE, et autour du thème de la « fracture » sociale, spatiale ou ethnique, ou du remède supposé de la discrimination positive à laquelle l’éducation prioritaire se trouve assimilée un peu rapidement, proposent, à la suite des travaux de J. Donzelot,
d’abandonner les politiques dirigées vers les territoires pour des politiques fondées sur l’aide aux individus comme aux Etats-Unis.
C’est le cas de l’étude du CREST-INSEE (2003) ou du « Ghetto français » d’Eric Maurin (2004).

Comment évaluer l’éducation prioritaire ?

Même si la conclusion de l’inutilité des ZEP peut révolter ceux qui militent pour l’éducation prioritaire parce qu’ils connaissent tous des ZEP qui réussissent et qu’une telle conclusion nie le travail des acteurs de ces ZEP, la question mérite un examen sérieux. Peut-on aller plus loin que l’affirmation qu’il y a des ZEP qui réussissent. Remarquons au passage que les études de Donzelot citent, elles aussi, des cas de réussite aux USA, mais qu’elle ne montrent pas la réussite globale d’une politique).
Il est donc nécessaire de s’interroger sur la qualité de ces bilans mais aussi, inversement, sur la valeur d’arguments défensifs tels que « On ne voit pas beaucoup de progrès, mais les ZEP ont empêché une aggravation de la situation. »
L’hypothèse de ce texte est qu’on ne dispose pas des outils pour répondre correctement à la question de l’efficacité des ZEP, que cette question est mal posée (surtout si l’on s’imagine que les chiffres peuvent parler tout seuls, comme beaucoup de statisticiens voudraient le croire), et qu’elle appelle une réponse différenciée.

D’abord il importe de reformuler la question. En fait les études telles que celles d’Eric Maurin ou du CREST répondent à celle-ci : « Les moyens - importants, prétendent-ils - attribués aux ZEP sont-ils justifiés par l’augmentation des performances des élèves » ? Ce qui revient à réduire l’éducation prioritaire à une augmentation des moyens, comme le pensent aussi ceux qui réclament le classement en ZEP chaque fois qu’il y a le feu quelque part !
Les questions auxquelles il faut répondre doivent porter sur les constats, les objectifs et les propositions de l’éducation prioritaire depuis Alain Savary et la création des ZEP, trois approches qui sont aujourd’hui portées et développées par l’OZP.

- Constat : Il existe aujourd’hui, comme hier, des territoires où le service public est défaillant. Dans ces territoires les performances scolaires sont anormalement basses, les difficultés sociales se cumulent et l’exclusion se transmet d’une génération à l’autre.
La revendication d’une éducation prioritaire n’englobe donc pas l’ensemble de l’école populaire.

- Objectif : Dans ces territoires où les élèves connaissent le pire de l’Education nationale, il faut qu’elle leur offre le meilleur et, si elle ne peut leur donner le meilleur, qu’elle leur donne au moins ce qu’elle sait à peu près bien faire. Résorber toutes les inégalités ne peut pas être l’objectif du seul dispositif d’éducation prioritaire, c’est l’ensemble du système éducatif qui doit avoir cet objectif à long terme. Un dispositif d’éducation prioritaire a pour objectif de résorber en peu de temps des situations intolérables.

- Proposition : A partir d’un diagnostic partagé, il faut développer la mobilisation d’acteurs (au besoin affectés selon des procédures dérogatoires) autour d’un projet et en partenariat avec un milieu environnant dont ils sont solidaires.

Toute étude qui se limite à la corrélation entre moyens supplémentaires et évolution des performances reste à côté du problème posé. Se contenter de cette corrélation (ou s’appuyer sur les études qui se contentent de cette corrélation), c’est montrer que l’on ne connaît pas le terrain ou que l’on est indifférent à ces situations intolérables. Ce qui doit être évalué, c’est le résultat d’initiatives inspirées de ces propositions sur la base d’un tel constat avec cet objectif. Or actuellement seules des études de terrain le permettent, les statistiques nationales ne le permettent pas.

1 - La lacune principale de la plupart des statistiques nationales est qu’elles rassemblent en un bloc toutes les catégories « défavorisées » (44% d’une classe d’âge), en fait toutes les catégories populaires, alors qu’il faudrait pouvoir isoler les catégories très défavorisées : RMIstes, etc. Les enquêtes auprès des enseignants montrent que, pour eux, il y a un fossé entre les exclus et les élèves de milieu populaire. Savoir si et comment on peut réussir dans un contexte très difficile n’est possible que par des études de terrain, justement celles qui font apparaître la réussite de certaines ZEP.
Les statistiques nationales enregistrent cependant la disparition de toute mixité sociale dans certains collèges et fournissent une première approche.

2 - Les panels d’élèves, par la richesse de leurs informations, permettent d’opérer cette distinction (entre très défavorisés et catégories populaires). Ils sont un outil extraordinaire pour décrire la population des ZEP et les cursus de leurs élèves, mais le pourcentage d’un élève sur trente par collège est insuffisant pour caractériser les collèges, leur politique et leur environnement.

3 - Même si l’on disposait de ces informations plus fines, c’est-à-dire si l’on distinguait ces situations intolérables, le problème ne serait pas simple. En effet la méthode consiste toujours à comparer les évolutions en moyenne d’un groupe (de zones, de collèges ou d’élèves) à l’évolution d’un groupe de référence. Si on n’oublie pas que les collèges « ordinaires » peuvent heureusement aussi se mobiliser pour la réussite de leurs élèves, on s’aperçoit que les comparaisons entre deux groupes indifférenciés ne peuvent faire apparaître que des variations peu significatives.
Si l’on ne se contente pas de mesurer les effets de moyens supplémentaires mais si on évalue le résultat d’actions volontaristes, il faut pouvoir distinguer selon que ces actions sont mises en œuvre ou non, démarche qui demande des études de terrain.

4 - Le refus des conclusions trop sommaires doit s’étendre aux constats « favorables » à l’éducation prioritaire. Les comparaisons statistiques ne montrent pas globalement de rattrapage des collèges ZEP par rapport aux autres, mais elles aboutissent aussi à d’autres conclusions intéressantes : les élèves issus des catégories moyennes ou favorisées qui sont en ZEP ne pâtissent pas du tout de cette mixité sociale et ceux, issus des mêmes catégories, qui quittent un collège de ZEP ont des résultats plutôt médiocres aux évaluations d’entrée en 6ème et ne réussissent pas forcément mieux dans leur nouveau collège. Les études de terrain ou certaines enquêtes auprès des enseignants font apparaître que, même si l’on voit peu d’effets sur les performances scolaires mesurées, le comportement des élèves, le "civisme", l’estime de soi s’améliorent. Ce résultat est souvent considéré comme négligeable, or la perte de l’estime de soi est bien un des dégâts de l’école lorsqu’elle dysfonctionne.

Ces constats qui contredisent les préjugés dominants et les tendances ségrégatives mériteraient aussi d’être connus, mais ils sont entachés des mêmes insuffisances que les constats d’inefficacité car ils sont trop globaux et doivent être rapprochés d’autres critères. En effet, s’il y a des collèges ZEP qui réussissent, il y a aussi des collèges d’où il vaut mieux absolument partir ; par ailleurs la « protection » des élèves de la classe moyenne, dans les collèges qui pratiquent la ségrégation interne, se fait au détriment des autres élèves.

En définitive, l’OZP, qui condamne les dérives de l’éducation prioritaire et sa réduction à une question de moyens et d’indemnités et formule des propositions pour les territoires en détresse, ne devrait pas être embarrassée par des études montrant que la seule distribution de quelques moyens supplémentaires ne réduit pas les inégalités. Mais les travaux de certains statisticiens qui font, avec légèreté, des propositions péremptoires sur des questions qu’ils ne connaissent pas ne peuvent servir de base à des réflexions sur l’action à mener dans ces territoires.

FRG

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2 Messages de forum

  • oui elles servent à quelque chose !!!!!!!!!!! donnez la chance à certains élèves la possibilité de réusssirest certs une bonne chose en revanche partir tous d’une mème échellle en est une autre !!!! donc ne soyez pas si pessimistes que ça.... ne découragez pas ceux ui ont envie de réussir§§§§§§§

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  • L’analyse est précise et nuancée, rétablissant la réalité de cette situation.

    S’il est vrai que "nous n’avons pas à être embarrassés par des études montrant que la seule distribution de quelques moyens supplémentaires ne réduit pas les inégalités", nous déplorons l’impact médiatique de tels propos, qui représentent de véritables attaques sur un dispositif qui ne peut répondre car il n’a pas d’espace de parole direct. La réponse vient de manière "latérale" par le journalisme lui-même ou par une prise de défense des politiques, jamais directement par les acteurs eux-mêmes. Cette non réponse, ce silence obligé crée une sorte de poche de fantasme collectif qui rend ce qui a été "entendu" "comme" "vrai",
    puisque non démenti par le terrain.

    Gv di filippo

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