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Le métier de chef d’établissement dans les quartiers en difficulté vu par Anne Barrère et Agnès Van Zanten (extraits d’un dossier du Café pédagogique)

28 septembre 2012 Version imprimable de cet article Version imprimable

Auteure de "Sociologie des chefs d’établissement, professeure à Paris 5, Anne Barrère éclaire pour nous les tensions que connait le métier de chef d’établissement en France.

Comment voyez-vous l’évolution du métier de chef d’établissment ?

Dans une enquête menée en Seine Saint-Denis, j ’ai découvert des chefs d’établissement très réticents à l’idée de la compétition scolaire, très sensibilisés aux inégalités territoriales. Ils sont à distance d’une certaine culture de résultats. Ils ne rêvent pas du modèle anglo-saxon ou managerial. Ils sont plutôt hostiles au double système actuel ou une lourde bureaucratie les exhorte à l’autonomie. Ils aimeraient une clarification du type de contrôle dont ils sont redevables.

Ils sont pris entre deux autorités ?

Ils sentent les collectivités locales moins pesantes que l’Etat. Mais ils sont pris dans une organisation hybride qui multiplie les contrôles. C’est le rapport aux enseignants qui reste le plus impensé. Certains construisent une professionnalisation en articulation avec les enseignants. D’autres pas. Aujourd’hui le métier est au coeur de contradictions qui dépassent les chefs d’établissement.

Extrait de cafepedagogique.fr du 27.09.12 : A Barrère : "Le rapport des chefs d’établissement aux enseignants reste le plus impensé"

 

N’y a-t-il pas conflit de valeurs à ce niveau entre deux conceptions de l’établissement scolaire, celui de l’institution républicaine et les exigences de pure gestion qui renvoient à d’autres valeurs ?

Si, et les chefs d’établissement sont au centre de ces tensions justement, parce qu’une partie d’entre elles ne sont plus du tout régulées d’en haut par la hiérarchie. Elles viennent aussi largement des configurations locales, de la capacité d’action et de pression des familles, ou d’un état de concurrence larvaire entre établissements créé d’ailleurs en large partie par la diffusion des indicateurs chiffrés. Moderniser, manager au mieux son établissement, cela peut être alors protéger certaines parties du public et non d’autres, ou accepter des élèves en dérogation qui manqueront au collège voisin plus en difficulté...

Les chefs d’établissement se réclamant malgré tout de l’égalité des chances et de la mixité sociale, sont amenés à faire des arbitrages plus ou moins faciles au quotidien, et à la limite plus facile d’ailleurs dans les établissements difficiles ou de relégation. Quand on dirige un collège REP, il s’agit souvent de se battre contre une disqualification, de chercher plus de mixité sociale dans l’intérêt même des plus faibles. Les nouveaux modes d’action - travail en équipe, inquiétude pour les résultats et l’image- peuvent trouver dans cette lutte un point d’ancrage, une légitimité. Bref, il y est plus facile d’être républicain...

Extrait de cafepedagogique.net du 27.09.12 : Les chefs d’établissement face à l’autonomie des établissements - Entretien avec Anne Barrère

 

Agnès Van Zanten, de son point de vue de sociologue, va prendre ses distances avec la problématique. Elle insiste sur le "construit organisationnel fragile" qu’est l’établissement, "dans lequel le chef n’est pas vraiment le chef, et où les usagers sont très lointains".

Pour elle, dans l’enseignement secondaire, le principal enjeu de la concurrence, ce sont les élèves, qui sont la ressource à partir de laquelle on calcule les moyens dont dispose l’établissement. Il faut donc avoir « suffisamment d’élèves », mais aussi « des élèves de bon niveau » pour le confort, le prestige, les résultats. La concurrence est souvent portée par le chef d’établissement, plus que par les enseignants, ce qui renforce le découplage entre le pilote et les personnels, et réduit encore les collectifs.
La concurrence renforce la polarisation, aggrave les inégalités et les hiérarchies entre établissements,démotive les enseignants."Le risque d’enseigner uniquement ce qu’on évalue est renforcé,sans que pour autant le niveau des élèves n’augmente. Le chemin vers l’autonomie me semble irréversible, mais ne peut pas plaquer une autonomie formelle sans repenser la culture dominante de l’institution, aujourd’hui tournée davantage vers les filières d’excellence que vers le socle commun. Les textes ne sont rien sans leur mise en oeuvre. La façon de sortir du piège, c’est de comprendre ce qui se passe à la base, et d’abord permettre, avec un regard fin, de penser comment on renforce les collectifs internes pourqu’ils gagnent en efficacité et en organisation."

Extrait de cafepedagogique.net du 27.09.12 : Quelle autonomie pour les établissements ? Il y a peu d’espoir, conclut le Colloque IREA

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