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Enseignement : les effets positifs de l’affectivité, un tabou en France... (thèse). Participation du collège REP+ La Marquisanne de Toulon à l’étude

18 juillet 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Une relation affectivement chaleureuse entre enseignant et élève serait bénéfique tant à l’école (réussite, persévérance, comportement, etc.) qu’en dehors (baisse de dépression, anxiété, délinquance, etc.). C’est ce que montrent de nombreuses études étrangères en psychologie de l’éducation, indique Mael Virat, dans une thèse en sciences de l’éducation soutenue à l’Université Paul Valéry Montpellier-III en décembre 2014. Néanmoins, en France, ce sujet reste "polémique, voire tabou" et aucune étude quantitative ne lui aurait été consacrée.

Mael Virat a donc choisi de s’y atteler, en développant une approche empirique basée sur des tests psychométriques auprès d’enseignants et d’élèves (217 collégiens dont 104 élèves de SEGPA).

Comment définir cette relation affective ? C’est une relation "fournissant un soutien émotionnel, où l’enseignant est sensible et répond aux signaux de l’enfant en faisant preuve d’acceptation et de chaleur affective."

Un "tabou institutionnel"

Ancien enseignant de collège puis à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), le chercheur relate qu’au cours de son expérience, la dimension affective dans les métiers de l’éducation lui est apparue "comme bénéfique, nécessaire et, plus encore, juste". À travers cette thèse, il a donc voulu savoir si sa perception était fondée. Mais sa démarche s’est heurtée parfois à de vives réticences.

Par exemple, une enseignante contactée pour son enquête a jugé son contenu "inquiétant" et en a informé l’inspectrice (IA-IPR) qui a réagi ainsi : "On se pose la question de la conscience ou plutôt de l’inconscience de ce genre de propos et si en plus ils viennent d’une université publique c’est très curieux pour ne pas dire grave ! Peut-on évoquer l’existence d’émotions des enseignants au contact des élèves ? [...] J’ai averti le cabinet de la rectrice au vu de ces propos complètement déplacés. Que dirait-on d’un enseignant qui s’exprimerait ainsi en classe ? Heureusement qu’un professeur de l’académie m’a alertée sur cette question."

Mael Virat constate le "tabou institutionnel" qui entoure cette thématique : "le terme d’affect, par exemple, n’apparaît qu’une fois au sein du code de l’éducation, non pour décrire une relation mais pour caractériser l’une des facettes du développement de l’enfant à l’école maternelle", relève-t-il.

"Une relation humaine avant tout"
Pourtant, les enseignants semblent conscients de la demande affective des élèves, tout au moins les enseignants spécialisés, comme l’explique cette jeune professeur dans une classe relais : "C’est une relation humaine avant tout, un enseignement dans une classe relais. S’il n’y a pas d’affect [...], il n’y a rien. Il n’y a rien de rien du tout. On a beau dire ce qu’on veut, les élèves viennent en classe parce qu’ils y sont bien, sinon ils n’y viennent pas. Et puis ils ne sont pas masos. Ils sont bien parce qu’ils savent qu’il y a une écoute, ils savent qu’il y a une confiance, ils savent qu’il y a un partage."

Cette thèse confirme les résultats des nombreuses études étrangères qui ont montré les bénéfices des relations affectivement chaleureuses entre enseignants et élèves.
Selon Mael Virat, l’impact positif concerne la "motivation d’innovation" (qui favorise l’autonomie et à la responsabilisation), l’empathie, le projet de poursuite d’études et, plus modérément, les résultats scolaires. Elles protègent aussi contre la "motivation d’addiction" (qui génère des conduites répétitives et quelquefois compulsives), contre l’indiscipline scolaire et la violence en dehors de l’école. Autre constat, les effets sont cumulatifs : meilleures sont les relations établies avec différents enseignants, meilleure est l’adaptation psychosociale des adolescents.

Consulter la thèse (243 pages)

Dimension affective de la relation enseignant-élève : effet sur l’adaptation psychosociale des adolescents (motivations, empathie, adaptation scolaire et violence) et rôle déterminant de l’amour compassionnel des enseignants

Résumé
A l’étranger, nombre de travaux longitudinaux en psychologie de l’éducation montrent que la relation affective enseignant-élève (RAEE) est bénéfique tant à l’école (réussite, persévérance, comportement, etc.) qu’en dehors (baisse de dépression, anxiété, délinquance, etc.) (Fortin, Plante & Bradley, 2011).
En revanche, ses déterminants ont été peu étudiés et le
rôle de l’engagement affectif des enseignants sur la RAEE n’a pas été évalué. Le présent travail, inspiré de la théorie de l’attachement (Bowlby, 1969), vise à combler cette lacune en mobilisant le concept d’amour compassionnel (Underwood, 2008).

En France, où aucune étude quantitative sur le sujet n’a été réalisée jusque là, la RAEE est polémique, voire tabou. Ses effets ne pourraient-ils pas être testés empiriquement ? La théorie des trois systèmes de motivation (Favre & Favre, 1993) permet ici de comprendre et de mesurer l’effet de la RAEE sur les adolescents.

Après validation auprès d’enseignants (N = 275) d’une version française de l’échelle d’amour compassionnel (Sprecher & Fehr, 2005) envers les élèves, il apparaît que celle-ci est prédictive de la RAEE (STRS, Pianta, 2001). Cette thèse valide aussi auprès de collégiens (N = 145) un outil psychométrique visant à évaluer trois systèmes de motivation. Complété par d’autres instruments évaluant l’adaptation psychosociale (empathie, variables scolaires et violence), il est soumis à deux échantillons (113 collégiens et 104 collégiens de SEGPA) : la RAEE favorise la motivation d’innovation, l’empathie et l’adaptation scolaire tout en protégeant contre la motivation de sécurisation parasitée (ou d’addiction), l’indiscipline scolaire et la violence. Cela plaide pour une approche relationnelle, telle que promue par les théoriciens du care en éducation, et, au-delà, pour une psychologie positive de l’éducation

Extrait de touteduc.fr du 16.07.15 : Enseignement : les effets positifs de l’affectivité, un tabou en France... (thèse)

 

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