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"Le rôle d’une municipalité dans le fonctionnement des REP+, REP et PRE" : comptes rendus de Tout Educ et du Café pédagogique de la Rencontre OZP du 13 janvier 2016

15 janvier 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

De quels moyens disposent une commune pour "faire bouger les lignes dans l’Education nationale" alors que ses missions obligatoires se limitent à assurer le clos et le couvert des écoles ? C’est la question posée hier 13 janvier lors d’une rencontre organisée par l’OZP (Observatoire de l’éducation prioritaire) avec l’élu à l’enseignement et la coordinatrice du PRE (programme de réussite éducative) de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). C’est depuis son premier mandat la préoccupation de Richard Merra, qui était professeur de mathématiques, et qui en est à son troisième mandat d’adjoint délégué à l’enseignement.

La Ville finançait déjà les études dirigées, mais elles n’avaient "aucun effet sur les progrès des élèves", constate l’élu qui s’inquiète de l’absence de direction pédagogique. Contrairement aux enseignants qui les assurent, il estime que ce n’est pas d’abord une question de moyens, et plutôt que de diminuer les effectifs des groupes, il propose une aide uniquement quand ils dépassent 24 élèves, ou de mettre trois enseignants pour deux sections lorsqu’y sont accueillis des enfants qui sont en difficulté pour organiser leur travail. Pour ceux qui sont en grande difficulté, des ateliers à effectifs très réduits (6 à 8 enfants) et usant d’une pédagogie du détour sont mis en place. Intervient alors un universitaire, Stéphane Bonnery, qui évalue le dispositif et conclut qu’ "on travaille à l’aveugle, faute de connaître les attentes de l’école". Du coup, les enseignants acceptent de travailler sur la nature du travail attendu des élèves, et de préciser leurs demandes. La négociation est plus difficile pour la prise en charge du travail scolaire des enfants qui ne restent pas à l’étude et vont au centre de loisirs : "les relations avec les animateurs ne sont pas suffisamment apaisées." R. Merra est certain d’une chose, il faut "attendre que les sujets soient mûrs".

Enrichir l’offre éducative des écoles : langues, culture, musique...
La Ville met également le pied sur le territoire de l’Education nationale avec l’enseignement des langues. Elle a récupéré les appartements de fonction des instituteurs devenus professeurs des écoles, elle fait venir en échange du logement des étudiants Erasmus qui proposent aux enfants des jeux et des moments de conversation : ça ne coûte rien à la municipalité qui répond à la demande d’une offre éducative diversifiée, ramène l’allemand qui avait disparu du premier degré et provoque la création de classes bilangues dans les collèges. Richard Merra crée aussi un lien entre les BCD des écoles et le personnel des bibliothèques autour d’une autre intervention de S. Bonnery.

La réforme des rythmes éducatifs a bien sûr été l’occasion d’une intervention dans l’école de la municipalité. Celle-ci a négocié dès l’origine avec l’Education nationale la possibilité de concentrer les activités périscolaires sur l’après-midi, de façon qu’elles soient sur les mêmes horaires que pour ceux qui, ce jour-là, ont classe normalement. Elles sont gratuites et suivies par 97 % des enfants... Un redécoupage de la carte scolaire, incluant une cité, a provoqué des réactions très négatives de la partie favorisée de la population, jusqu’à ce que l’élu fasse intervenir un professeur de musique du collège qui a créé une chorale, et qu’il développe une offre culturelle de grande qualité dans l’école, dont le blason a été redoré ! Autre initiative, un "fil continu" pour accueillir les élèves exclus temporairement d’un collège (ou définitivement, le temps qu’ils soient inscrits dans un autre établissement). Gennevilliers a aussi, depuis longtemps, un PRE (programme de réussite éducative) avec une équipe de 12 personnes pour gérer quelque 500 "parcours" dont 70 à 80 sont particulièrement complexes.

Un "conseil économique et social" de proximité pour les questions d’éducation
Mais surtout, la Ville a mis en place, à côté de son service de gestion un "service de développement éducatif" de 5 personnes pour ces contenus renouvelés, et elle a favorisé la création d’un "conseil local éducatif", une sorte de "conseil économique et social de proximité" qui sert d’intermédiaire avec la société civile. Y participent des enseignants, des éducateurs, des animateurs, des parents..., qui débattent, assistent à des conférences (la prochaine sur les ambitions des filles et des garçons), et remettent à la mairie, en fin d’année, un rapport.

Le site du conseil

Extrait de touteduc.fr du 14.01.16 : Comment une commune peut-elle avoir une politique éducative au-delà de ses missions obligatoires (l’exemple de Gennevilliers)

 

Comment une ville peut-elle accompagner, voire développer, l’éducation prioritaire ? L’Observatoire des zones prioritaires (OZP) choisit la ville de Gennevilliers, une commune historiquement liée à l’histoire de l’éducation prioritaire. Des actions proches du terrain qu’il faut savoir construire entre familles, parfois méfiantes, et enseignants, pas toujours coopératifs...

C’est Gennevilliers qui a servi de laboratoire de l’éducation prioritaire au début des années 1980. Plus de 30 ans plus tard, l’OZP reçoit le 13 janvier Richard Merra, adjoint à l’éducation, et Magali Lelay, responsable du Programme de réussite éducative (PRE). Gennevilliers a longtemps eu toutes ses écoles en éducation prioritaire. Aujourd’hui deux collèges, 18 écoles sont en REP, mais la ville continue à considérer tous els établissements comme prioritaires.

Des études dirigées évaluées
"Comment une ville peut-elle s’impliquer dans l’éducation prioritaire ? En associant volonté politique et moyens", explique R. Merra. Mais la ville a aussi la volonté de remettre en question les dispositifs et de les évaluer. "L’idée qu’empilant des moyens on aira un effet mécanique sur les élèves, ce n’est pas démontré", dit R. Merra. La vile a choisi de s’impliquer aussi dans le secondaire au delà de ses obligations, mais elle entend le faire avec clairvoyance.

Gennevilliers a développé des études dirigées mais en en redéfinissant le modèle. Les élèves sont divisés en 4 catégories selon leur niveau d’autonomie le travail avec un encadrement plus ou moins important par des enseignants pour les aider. "Les enseignants demandaient moins d’élèves. Mais réduire le nombre ne suffit pas pour avoir des effets positifs. J’ai lié la réduction du nombre à un projet pédagogique", explique R. Merra. Les élèves peu autonomes ont 3 enseignants pour deux groupes. Les élèves en difficulté travaillent en tous petits groupes.

"J’ai demandé à S. Bonnery d’évaluer les dispositifs", explique R Merra. "Son rapport dit qu’on travaille à l’aveugle sur les attendus supposés des enseignants des enfants. Il faut donc ne pas en rester là". Mais aller plus loin c’est obtenir des enseignants qu’il ’y ait plus de devoirs le soir...

La ville a aussi développé l’allemand dès le primaire en logeant gratuitement des étudiants assistants de langues. "Ca répond à la demande des nouvelles classes moyennes", explique R Merra

La ville a aussi financé les BCD (bibliothèque) des écoles. Ca permet de développer la lecture . "Une étude de S Bonnery nous montre que la littérature jeunesse suppose de vraies compétences pour s’approprier les albums. Il ne suffit pas distribuer les albums".

L’accueil des élèves exclus
Magali Lelay, responsable du PRE, présente "le fil continu", un dispositif d’accueil des élèves exclus à travers le cas de Martin. Elle montre aussi comment le PRE mobilise des partenaires. Ainsi Martin, un élève de 6ème bagarreur, est accompagné par une vingtaine d’associations ou d’intervenants qui interviennent en accompagnement scolaire mais aussi comportemental, médical et culturel . Au final Martin arrivera difficilement en 2de. Le "fil continu" a réussi à faire passer le nombre d’élèves exclus de 380 à 110 cas par an.

"C’est le dispositif du fil tendu qui nous a permis d’entrer dans les établissements scolaires", explique M. Lelay. Sinon nous nous heurtions à des résistances". "Aujourd’hui le PEDT est alimenté par la ville uniquement" déplore R. Merra. "C’est le résultat du mouvement des enseignants. La refondation est arrivée par la réforme des rythmes scolaires. Aujourd’hui seuls les enseignants des REP+ participent à la réflexion. Les autres n’ont aucune confiance dans l’Education nationale".

Extrait de cafepedagogique.net du 14.01.15 : Gennevilliers : L’éducation prioritaire vue de la ville

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