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Rapport du Cnesco. Marc Douaire, président de l’OZP, interviewé par le Monde : "Sur les ZEP, c’est un message de désespérance jeté au visage des enseignants"

27 septembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Marc Douaire est président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), une association créée en 1990 pour favoriser les échanges sur l’éducation prioritaire, la lutte contre l’échec scolaire et l’exclusion. Il se dit « atterré » par les conclusions du rapport que le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) a dévoilé, mardi 27 septembre.

L’éducation prioritaire est mise en cause dans le rapport du Cnesco sur les inégalités du système scolaire français. Celui-ci la décrit comme un dispositif qui « ne marche pas », en énumérant ses « effets pervers ». Comment accueillez-vous ce rapport ?

Nous sommes atterrés. Ce rapport, s’il pointe des éléments que nous connaissons bien – des difficultés d’enseignement en ZEP notamment –, méconnaît complètement trois éléments.
L’histoire de l’éducation prioritaire d’abord, nécessaire pour comprendre les discontinuités dans la répartition des moyens, dans leur suivi, leur évaluation. Deuxième écueil, le refus de tenir compte de la concertation lancée à l’été 2012 par l’ancien ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon. Des points de consensus avaient alors émergé, en particulier le maintien de la labellisation de l’éducation prioritaire, mais avec une remise à plat de sa « carte », de ses dispositifs, de l’utilisation des moyens octroyés en plus pour faire évoluer la pédagogie. Troisièmement, le rapport semble ignorer qu’une refondation des ZEP a été amorcée en 2013 et mise en œuvre en 2014, pour faire évoluer les pratiques professionnelles, donner de la cohérence au travail en réseau [écoles, collèges], réinstaurer de la formation continue au bénéfice des enseignants – en particulier ceux des 350 réseaux REP +, où la difficulté est la plus aiguë…
Ce silence interroge.

Heures moindres consacrées à l’enseignement, stratégies peu efficaces, inexpérience… Les enseignants de ZEP ne sortent pas grandis du tableau qu’en livre le Cnesco. Diffuser un tel message, à quelques mois de la présidentielle, n’est-ce pas politiquement risqué ?

Posons-nous les vraies questions : les inégalités scolaires, sociales et territoriales sont-elles de la seule responsabilité de l’école, des enseignants ? Je ne crois pas. Le rapport n’invente rien. L’enquête PISA [qui tous les trois ans offre une photographie au sein de l’OCDE du niveau des élèves à 15 ans] a tout dit de notre système piloté par l’aval, la reproduction d’une élite, la voie « S », les prépas… Est-ce de la responsabilité de l’éducation prioritaire ? Non. Or sur ce terrain-là, le rapport est étrangement timide.

Vouloir de façon aussi violente – et sans nuances – tordre le cou à l’éducation prioritaire renvoie nécessairement à la période actuelle : une période politique où, avec la primaire des Républicains, on se saisira obligatoirement de cette problématique. C’est une manne pour la droite. Un rapport en or pour les partisans de la liquidation de l’éducation prioritaire.

Le rapport est très violent pour les enseignants, mais aussi les élus, les collectivités, toutes les associations dont l’investissement est ignoré. « A quoi bon ? », leur lance-t-on… C’est un message de désespérance qui leur est jeté au visage. [...]

[...] On sait que les effectifs croissants de l’éducation prioritaire (10 % des collégiens en 1982, 20 % en 2015), cette « dilution » pointée du doigt par le Cnesco, comptent parmi les écueils. Comment y remédier ? Peut-on délabelliser un établissement sans lui donner le sentiment qu’il y perd au change ?

C’était un point de dissension lors de la concertation de l’été 2012. Pour l’Observatoire des zones prioritaires, la demande d’adhésion en ZEP est un symptôme des dysfonctionnements du système. L’inscription en éducation prioritaire ne doit concerner qu’un nombre limité de territoires. Il faut garder la labellisation pour le cœur du dispositif.

Extrait de lemonde.fr du 27.09.16 : "Sur les ZEP, c’est un message de désespérance jeté au visage des enseignants"

 

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