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Echos de la journée du MEN sur l’expérimentation de la mixité sociale : Le Café et Le Monde pointent "les limites" de l’opération

14 décembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Mixité sociale : Les petits pas de N. Vallaud Belkacem

Faut-il aller lentement mais surement ou bruler les étapes au risque d’un retour de flammes en 2017 ? A l’occasion de la de retours d’expériences sur la mixité sociale au collège organisée par le ministère de l’éducation nationale le 13 décembre, c’est la première solution qui est à l’honneur. Le mot clé c’est "consensus", qui est toujours recherché avec les parents et les collectivités territoriales. Quand on l’atteint on construit des politiques en béton. Mais du coup le bénéfice politique pour la ministre qui impulse cette politique et pour la collectivité y perdent du poids. Alors que les inégalités sociales dans le système éducatif sont, d’après Pisa, la caractéristique du système éducatif français, seulement une vingtaine de projets, concernant une quarantaine de collèges, sont engagés à cette rentrée. Evidemment, à ce rythme là combien de quinquennats pour changer les choses ? C’est l’autre revers de la médaille...

Un consensus imposé par la loi
"Il faut des classes plus hétérogènes, plus riches et plus profitables pour les progrès des plus faibles sans affecter les progrès des autres", explique en ouverture Florence Robine, directrice de l’enseignement scolaire. "L’éducation nationale peut agir pour la mixité sociale mais pas seule. La collaboration avec tous les acteurs de l’Ecole est indispensable".

C’est que la loi de refondation a inscrit la mixité sociale dans son article 2. Mais une autre loi a donné aux collectivités locales la responsabilité de définir la sectorisation scolaire, laissant à l’Etat la décision d’affectation. La mixité sociale a donc besoin d’une collaboration des différents niveaux institutionnels selon le schéma classique, t pas très efficace, du système éducatif français.

Ou alors le ministère peut seul fortement améliorer l’offre éducative des collèges défavorisés. Par exemple en y installant des filières prestigieuses. Cela marche. Mais c’est couteux pour l’Etat...

Une urgence pour l’Ecole
Il y a pourtant une certaine urgence à traiter la question. Le récent Pisa confirme que les système éducatif français est le plus inégalitaire socialement des pays de l’OCDE. Une série d’études réalisées ces dernières années (C Ben Ayed, P Merle, A van Zanten, A Riegert, Son Thierry Ly, E Maurin..), une conférence du Cnesco ont permis de connaitre l’ampleur du phénomène et ses effets.

Le ministère de l’éducation nationale le reconnait. " La ségrégation sociale entre collèges est très forte : 10 % des collèges accueillent moins de 15 % d’élèves issus de milieux défavorisés ; 10 % des collèges accueillent plus de 63 % d’élèves issus de milieux défavorisés". Le système éducatif est bien en train de se diviser socialement et cela explique en partie les faiblesses des résultats dans Pisa.

Cela ne l’empêche pas de renvoyer la question à l’enseignement catholique, très présent aussi lors des Journées. Une étude récente de la Depp, publiée dans Education & formations, souligne le fait que le pourcentage d’élèves venus des milieux populaires est le double dans le public par rapport au privé. Pour elle le taux de ségrégation sociale baisse dans le public mais continue à progresser dans le privé.

La ségrégation ne touche pas tout le territoire. Par contre elles est très présente dans les zones urbaines. Et le ministère s’est doté d’une cartographie précise qui mesure l’écart entre la ségrégation urbaine et celle des collèges pour faire ressortir les zones à traiter en urgence.

Des projets limités
Mais malgré l’ampleur du phénomène, les projets de lutte contre la ségrégation scolaire sont encore rares. Le ministère annonce 82 projets dans 84 communes. Seulement une vingtaine est réellement engagée , concernant de près ou de loin une cinquantaine de collèges ce qui est peu par rapport aux 7000 collèges du pays.

Le ministère compte sur 4 leviers pour changer la donne dans les établissements ségrégués. D’abord en jouant sur l’affectation des élèves. Un décret autorise de créer des secteurs multi collèges . Dans ces secteurs, l’administration affecte selon ses critères les élèves entre deux collèges. Il peut aussi jouer sur l’offre pédagogique. On en trouvera de bons exemples dans le Café. Il peut aussi jouer sur les parcours dans les établissements. Enfin il peut également utiliser des ouvertures ou fermetures d’établissement pour rééquilibrer socialement les élèves entre les collèges.

Qui s’y oppose ?
Mais qui s’opposerait à un tel objectif social ? La Journée avait aussi pour but de montrer des collectivités locales agissant en collaboration avec l’éducation nationale et les parents. Et on a bien vu des représentants des collectivités témoigner de cet accord avec l’éducation nationale, par exemple le département de l’Hérault ou la ville de Toulouse. Mais moins de la moitié des départements ont répondu à l’appel du ministère même quand celui ci ne concerne que 1 ou 2 communes.

Le même jour un collège parisien était en grève contre un projet de secteur multi collège dans le 18ème arrondissement. A Saint Malo, comme à d’autres endroits, ce sont des parents qui font bloc contre ce genre de projet.

L’enseignement catholique a une position particulière. Il est considéré comme un facteur aggravant de la ségrégation sociale et les Dasen n’hésitent pas à parler de "sa politique offensive". Par suite sa collaboration est très recherchée. Lors de la Journée, Pierre Marsollier, représentant le secrétariat générale de l’enseignement catholique met les points sur les i. "Entendre le vocabulaire sur "l’offensive du privé" ne contribuera pas à faire avancer les choses. L’association d’accord, pas l’injonction". Il annonce consacrer une cinquantaine de postes à la rentrée 2017 à des dispositifs "se rapprochant de l’éducation prioritaire".

Pourquoi ne pas aller plus vite ?
En concluant la Journée, la ministre déclare que "la mixité sociale ne se décrète pas. Elle ne s’impose pas. Elle se construit, elle s’élabore, patiemment, en concertation avec l’ensemble des personnes concernées, depuis les personnels de l’éducation nationale jusqu’aux élèves et à leurs familles, en passant par les élus".

Pour elle, la mixité "doit devenir un consensus". " Il faut arrêter d’opposer égalité et réussite scolaire, mixité sociale et excellence. Les deux vont de pair", affirme t-elle. Elle est fondamentale car " elle favorise une meilleure connaissance de chacune et de chacun, et c’est cette connaissance qui assure la solidité des liens qui nous unissent. Fondamental, enfin, parce que nous sommes dans une République, et que la devise inscrite aux frontons de nos établissements n’ont pas vocation à rester lettre morte !" En fait les études existantes montrent surtout que la mixité fait progresser les élèves faibles.

Qu’importe, la ministre juge le consensus durable. "IL n’y a pas un responsable politique qui n’ait consciences des maux de notre société comme la ségrégation sociale", explique-t-elle. "Je ne doute pas que ce consensus perdurera quelque soit la majorité. Je demande que tout ce qui vient de l’institution scolaire soit maintenu".

Interrogée par le Café pédagogique sur le rythme de ce combat, la ministre le justifie. "J’ai compris qu’il faut être patient en éducation.. et avoir l’énergie pour que les choses bougent". Quant au meilleur levier, elle estime que "la politique de l’offre est intéressante" mais que "ce n’est pas le seul". Mais c’est seulement en 2021 que les chercheurs feront connaitre l’impact en terme de compétences scolaires et sociales auront eu les politiques impulsées en 2016-2017. Ce qui nous renvoie à un autre quinquennat...
François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 14.12.16 : Mixité sociale : Les petits pas de N. Vallaud Belkacem

Voir aussi
Le dossier du Café sur la conférences du Cnesco sur la mixité sociale

 

Une vingtaine d’expérimentations ont été lancées en septembre 2016. Soixante autres attendront la rentrée 2017, voire la suivante.

[...] Reste à savoir si, sur le terrain, ces expérimentations sur la base du volontariat peuvent suffire à modifier l’équation sur laquelle la communauté éducative bute : si 10 % des collèges accueillent moins de 15 % d’élèves d’origine sociale défavorisée, 10 % en accueillent plus de 63 %. Parmi les sociologues, nombreux à participer au comité scientifique qui accompagne ces projets, on salue des « progrès » sans éluder des « limites ».

[...] Autres limites mises en avant dans les cercles universitaires : les « tensions » d’ores et déjà perceptibles tant parmi les parents d’élèves que les enseignants, de Paris à Marseille en passant par Toulouse ; le « degré d’implication » des collectivités territoriales et des autorités locales ; ou encore la « variété » des expérimentations qui n’ont vraisemblablement pas toutes la même « ambition ».

Extrait de lemonde.fr du 14.12.16 : Mixité sociale au collège : le ministère tire le bilan vers le haut

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1 Message

  • « Catégories défavorisées » et mixité sociale : un concept qui stigmatise !
    La mixité sociale fait l’objet de nombreux débats et reportages. Régulièrement, journalistes ou interviewés se référent au % d’élèves issus des « catégories défavorisées ». Ce % est d’ailleurs aussi utilisé pour le classement en ZEP (il faut au moins 64 % d’élèves ainsi catégorisés.) Lorsque des enseignants ou des parents disent « Dans notre collège, nous avons 70% d’élèves défavorisés », beaucoup comprennent : « Il est très difficile d’y faire classe et/ou les élèves ne peuvent y bénéficier du même enseignement que les autres, nous avons droit à un traitement d’exception ! » La présence de ces élèves ressemble alors à une anomalie. Pourquoi ne pas parler de « classes populaires » qui seraient tout à fait chez elles dans l’école de la République ?
    Catégorie défavorisée est un terme trop englobant, qui ne peut être utilisé dans le débat public sans créer de malentendus. Les statistiques publiques répartissent les élèves selon leur origine en 3 catégories : « favorisés, moyens et défavorisés. » On oublie ainsi qu’à l’entrée en 6ème, 43% des élèves sont classés dans cette catégorie et parmi eux tous les enfants de la classe ouvrière. Ce qui justifie l’éducation prioritaire, c’est l’existence de quartiers où sont concentrées des familles en grande difficulté sociale, économique et culturelle à qui le service public doit offrir un enseignement permettant de réussir. Les fichiers nationaux ne contiennent pas, heureusement, les informations caractérisant cette grande difficulté. La répartition en 3 catégories ne peut constituer qu’une première approche qui doit être complétée par une connaissance précise du terrain par les services académiques. F R Guillaume

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