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B* Un poulailler pédagogique en 6ème dans le cadre d’un projet académique Développement durable au REP Frédéric Mistral à Avignon (entretien avec le Café)

31 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Léonard Ponteri : Un poulailler pédagogique au collège

Comment faire réfléchir des collégiens au défi de nourrir l’humanité ? Pour Léonard Ponteri, professeur de SVT au collège REP Frédéric Mistral à Avignon (84), en installant un poulailler pédagogique au collège. De la pesée des déchets collectés au nourrissage des volatiles, ses collégiens de 6ème s’impliquent fortement dans la démarche. Concerné également par la liaison école-collège, Léonard Pontéri responsabilise ses 6ème en créant des binômes écoliers-collégiens. Rencontre avec un enseignant aussi engagé dans un groupe de travail académique sur l’Education au développement durable (EDD).

Quelle est l’origine de ce poulailler pédagogique mis en place dans votre établissement ?
Le mot « origine » peut avoir ici une double signification. Du point de vue pratique toute la structure a été conçue par nos agents (anciens ATOSS, à présent Agents Régionaux des Lycées). J’avais initialement imaginé un mécénat, j’avais pour cela pris contact avec une grande enseigne de jardinerie afin de voir s’il y avait une possibilité qu’elle soit notre partenaire sur ce projet en nous offrant un poulailler. Malgré l’appui de l’antenne locale de cette enseigne, notre projet n’a pas été retenu à l’échelle nationale. Toutefois je pense que cette démarche n’est pas à écarter totalement.

Nos agents m’ont donc proposé de nous construire notre poulailler, et je dois dire qu’ils en ont été particulièrement fiers et ont acquis auprès des élèves qui désormais les identifient un grand capital de sympathie. Le coût total pour un poulailler en bois autoclavé, avec un toit étanche et un enclos grillagé d’environ 12m2 est d’approximativement 300 euros.

Du point de vue du cheminement intellectuel, les choses ont évolué plus lentement. Faisant partie du groupe de travail académique sur l’EDD, nous sommes régulièrement amenés à aborder les problématiques des déchets et celle de l’alimentation. Aussi, l’idée de lier fortement les deux a germé lentement. Le « déclic » est venu de l’appel à projet lancé par le ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer « 10000 coins nature dans les écoles et les collèges ». Dans le cadre de cette opération la possibilité de création d’un poulailler pédagogique est évoquée et ouvre droit à un financement. J’ajoute que dans le cadre de la mise en place de l’EIST en 6è, ce projet est particulièrement adapté puisque nous avons dans mon établissement choisi de lier les trois disciplines autour de la problématique suivante : « comment au regard des prévisions d’accroissement démographique d’ici à 2050 relever le défi de nourrir l’humanité ? ».

Concrètement, comment les poules sont-elles nourries ? Quels sont les relevés effectués ? Par qui et quand ?
Ce sont les élèves de 6è qui nourrissent les poules. Sur l’ensemble des classes la liste des élèves volontaires a été établie (ils sont quasiment tous volontaires). Nous avons préalablement, classe par classe, établi une liste des restes de plateaux repas qui pouvaient servir d’aliment. Chaque jour du lundi au vendredi un élève demi-pensionnaire (DP) accompagné d’un externe ou d’un autre DP collecte, après avoir fini son repas, des restes dans les plateaux d’autres collégiens. Pour cela ils récupèrent à la « plonge » de la cantine deux bidons, l’un dans lequel ils mettent des restes compostables et l’autre des restes consommables par les poules. Certains restes appartiennent aux deux catégories, d’autres pas (les poules peuvent avoir en petite quantité dans leur ration des déchets carnés). J’ai dans un premier temps accompagné les élèves au réfectoire lors de leur collecte afin de les guider et d’expliquer aux autres collégiens notre action.

Une fois quelques restes collectés, les élèves passent à l’accueil de l’établissement où se trouve une balance. Là ils pèsent leurs déchets et en font une brève description. Ces indications sont inscrites sur un tableau qui se trouve précisément à l’accueil et sur lequel figurent également le nom des élèves qui vont assurer ce nourrissage et la date.

Les élèves se rendent ensuite au poulailler (après être passés par le composteur), ils y déversent les restes de cantine, complètent le niveau d’eau de l’abreuvoir à l’aide d’un arrosoir et collectent les œufs tout en les datant. Ils rincent ensuite leurs deux bidons, repassent par l’accueil où ils déposent les œufs et notent sur le tableau le nombre d’œufs collectés, puis, enfin, ils ramènent les deux bidons à la cantine. Le vendredi des graines sont données en complément pour le week-end.

Pour les « petites » vacances, les poules restent au collège, un nourrissage étant organisé par différentes bonnes volontés tous les trois ou quatre jours. Pour les vacances d’été elles seront placées « en pension » et récupérées en septembre.

Votre idée est d’extrapoler ces données sur l’ensemble des déchets produits par l’établissement, et même au-delà de voir les villes comme des lieux de productions alimentaires. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Notre poulailler est un poulailler « pédagogique » parce qu’il constitue un objet d’étude, sinon il s’agirait d’un poulailler tout court. L’EDD est une éducation au choix, aussi l’intérêt de ce projet est de mener une réflexion autour de notre alimentation. La pesée des déchets collectés, mise en perspective avec le nombre de plateaux repas qui ont fourni ces déchets permet d’imaginer à l’échelle de l’établissement la masse totale de déchets produits quotidiennement. Cela permet au passage de parler de moyenne, d’extrapolation et de statistiques, donc de faire des mathématiques appliquées. Les observations réalisées au poulailler permettent de quantifier la ration moyenne dont une poule a besoin. Ainsi il est facile d’imaginer combien nous pourrions en nourrir si l’ensemble des déchets étaient collectés. Nous abordons aussi les difficultés qu’un tel élevage pourrait causer, les risques sanitaires, etc. Nous abordons la problématique dans sa globalité en tenant compte des avantages et inconvénients. Ensuite il est possible d’extrapoler à l’échelle d’une ville ou d’un ensemble d’établissements scolaires. Cet aspect du projet me semble particulièrement intéressant car il permet de sensibiliser à l’aspect prédictif des sciences et de comprendre comment l’extrapolation de données à partir d’un échantillon que l’on juge représentatif peut servir de base de réflexion pour aborder certains problèmes à une plus grande échelle.

Comme je l’ai dit précédemment nous avons choisi en 6è de travailler autour de la thématique de l’alimentation humaine et des enjeux de santé, d’économie, d’environnement, qui gravite autour de cette thématique. Parmi ces enjeux la question des surfaces allouées à l’agriculture est une dimension importante. Nous partons avec nos élèves du constat que plus de la moitié de la population humaine vit dans les villes, qui donc aujourd’hui, représentent des lieux de consommation. Nous essayons de voir dans quelle mesure et avec quelles contraintes les espaces urbanisés pourraient devenir des lieux de production. Le jardin pédagogique hors sol du collège participe également de cette réflexion. Je n’ai toujours pas « enterré » totalement si l’on peut le dire ainsi un projet de jardin sur les toits de l’établissement ; projet qui évidemment soulève des questions de sécurité mais qui permettrait de mener une réflexion intéressante sur l’occupation des toitures dans les agglomérations. Les œufs collectés représentent la production nette, les déchets la ressource.

Quelles sont les recommandations données par les services vétérinaires vis-à-vis du poulailler ? Par votre hiérarchie ?

Ma hiérarchie m’a encouragé et épaulé dans ce projet. La seule crainte formulée l’a été par le chef cuisinier qui a craint au départ que la collecte des déchets soit problématique. Cette crainte a été rapidement dissipée car cette collecte est effectuée par les élèves, en autonomie totale. En outre, elle représente de faibles quantités et ne génère donc aucun désagrément ni ralentissement à la demi-pension.

Les services vétérinaires nous ont simplement demandé de couvrir notre poulailler à l’aide d’un filet de volière afin d’éviter les contacts, directs ou indirects, entre oiseaux sauvages et domestiques. Evidemment si des cas avérés de grippe aviaire étaient signalés dans la région il se pourrait que des mesures plus contraignantes soient à appliquer. Pour l’heure ce n’est pas le cas et si cela arrivait cela deviendrait également un objet d’étude et de réflexion.

Quels retours avez-vous ce projet ? Quel premier bilan tirez-vous cette innovation ?

Ce projet suscite un vif intérêt dans l’établissement et en dehors. Je suis surpris de l’enthousiasme des élèves à l’idée que leur tour vienne d’aller nourrir les poules, collecter les œufs et simplement les regarder. L’appétence scolaire est un élément difficile à quantifier mais il me semble que chez des enfants pour qui parfois l’école est synonyme d’échec et de conflits, c’est une dimension essentielle, celle qui permet ensuite à certains de devenir élèves. Il ne se passe pas une journée sans que la demande de se rendre au poulailler me soit exprimée.

Sur le fond, la diversité des remarques et questions émanant des élèves montre qu’un tel projet permet d’aborder le concept de Développement Durable dans sa globalité et sa complexité, d’en cerner les enjeux majeurs et donc de former à l’écocitoyenneté. Le recul nous manque pour en faire un bilan plus poussé mais déjà les portes ouvertes sont nombreuses et permettent à de nombreuses disciplines de s’agréger autour de ce projet.

En quoi contribuez-vous à la liaison école-collège ?
Notre collège est classé REP ; aussi, et même avant qu’il obtienne cette qualification, nous avons travaillé de concert avec les enseignants du premier degré afin de mettre en place une liaison école-collège. J’insiste sur le fait qu’il s’agisse d’une liaison école-collège et non pas CM2/6è. Si cette dernière possibilité existe, elle n’est pas la seule, loin de là. J’ai choisi après l’avoir expérimentée de ne plus mettre en place de liaison CM2/6è mais d’augmenter l’écart d’âge. Ainsi, j’ai conduit en collaboration avec les professeurs des écoles des liaisons CM2/4è, CE2 ou CM1/6è, maternelle/6è et cette année maternelle/CE2/6è.

Au regard du profil de nos élèves, creuser l’écart d’âge s’est avéré plus judicieux en terme de qualité des actions entreprises, l’écart ainsi créé permettant notamment de fonctionner selon un principe de tutorat des plus jeunes par leurs aînés. Ainsi, l’idée est de placer les élèves de 6è en responsabilité. Pour cela nous faisons des binômes constitués d’un collégien et d’un écolier. Le collégien doit utiliser les compétences qu’il a acquises afin de permettre à l’écolier dont il a la « responsabilité » de mener à bien l’activité proposée sans l’effectuer à sa place !

Les bénéfices de cette modalité de liaison sont multiples et différents selon que l’on se place du côté du collégien « passeur de savoirs/savoirs-être/faire » ou bien de l’écolier. Notons que pour ces derniers le fait de multiplier les actions de liaison au cours de leur cursus à l’intérieur du premier degré permet « d’apprivoiser » progressivement l’entrée au collège puisqu’aussi bien les locaux que certains visages d’adultes référents leur deviennent ainsi familiers.

La mise en place d’un conseil école/collège et la tenue de trois réunions de travail annuelles regroupant professeurs des écoles et de collège permettent d’assurer la préparation, le suivi et la pérennité de ces actions de liaison.

Je suis cette année engagé dans deux actions de liaison, l’une impliquant trois niveaux (moyenne section de maternelle/CE2/6è) et l’autre deux (CM1/6è). Les modalités sont celles que j’ai décrites plus haut, seuls les contenus diffèrent.
Entretien par Julien Cabioch

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