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Formation des enseignants. - Interview de Bénédicte Robert, directrice de l’Ecole des hautes études de l’éducation et de la formation (ToutEduc) - Les changements à venir dans la formation (VousNousIls)

9 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Pourquoi l’Esen devient l’IH2EF (Institut des hautes études de l’éducation et de la formation). Entretien exclusif

Un arrêté du 24 décembre 2018 abroge l’arrêté qui avait créé l’ESEN (Ecole supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche) et crée l’IH2EF (Institut des hautes études de l’éducation et de la formation). Bénédicte Robert, qui le dirige, répond à nos questions.

ToutEduc : Le service que vous dirigez a changé de nom. Pourquoi ?

Bénédicte Robert : Il s’agit de bien plus qu’un changement de nom. L’ESENESR avait pour principale mission la formation des cadres, inspecteurs et chefs d’établissement. L’Institut garde cette mission, mais, au même titre que ses homologues de la Défense (IHEDN), de la sécurité intérieure (IHESI), de la sécurité et de la justice (INHESJ), pour la science et la technologie (IHEST), il assurera le rayonnement de la réflexion sur les questions d’éducation.

ToutEduc : Comment, concrètement ?

Bénédicte Robert : Comme vous le verrez sur notre site, nous mettons en place, dès la prochaine rentrée, un cycle annuel de séminaires ouvert à des auditeurs issus d’autres ministères, d’entreprises, des collectivités territoriales, mais aussi des journalistes, des responsables de l’OCDE, des conseillers de la Cour des comptes, des hauts fonctionnaires et des cadres supérieurs qui n’appartiennent pas à l’Education nationale, mais qui travaillent sur les questions d’éducation. Les candidatures sont ouvertes, une vingtaine d’auditeurs seront nommés par arrêté des deux ministres en charge de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, ils participeront à une dizaine de rencontres, une par mois, de deux ou trois jours, à chaque fois dans un lieu différent en partenariat avec une académie ou un établissement d’enseignement supérieur, autour d’experts de haut niveau, d’acteurs de terrain et autour de différentes questions parmi lesquelles : Comment apprend-on à lire ? comment améliorer les relations école - parents, notamment autour de l’orientation ? Quelles relations avec le monde professionnel ? L’inclusion, jusqu’où ? Quelle autorité sur les jeunes d’aujourd’hui ? Nous prévoyons des rencontres avec des sociologues comme Laurent Mucchielli, des visites de laboratoires comme NeuroSpin, et même d’aller en Californie afin d’explorer les possibilités offertes par l’intelligence artificielle...

ToutEduc : Il s’agit de faire connaître les solutions trouvées par l’Education nationale à divers problèmes ?

Bénédicte Robert : Les questions d’éducation sont complexes et il n’y a jamais "LA" solution, il s’agit d’objectiver à plusieurs, le plus possible, les problèmes et les solutions. Nous demanderons d’ailleurs à chaque auditeur non pas un rapport de stage, mais de participer à l’écriture collective, avec les autres membres de la promotion, d’un "rapport d’étonnement". L’un des rôles de l’institut sera ensuite d’animer le réseau des anciens auditeurs.

ToutEduc : L’IH2EF conserve sa mission de formation initiale des cadres de l’Education nationale. Comment comptez-vous la faire évoluer ?

Bénédicte Robert : C’est une école professionnelle de la fonction publique. Des personnels, enseignants ou CPE passent un concours, et ils ont un an pour préparer leur titularisation dans un autre corps, IEN, IA-IPR, personnel de direction. Cela ne changera pas, même si cette année de stage peut évoluer pour davantage s’ancrer dans les problèmes du quotidien. C’est de pair à pair qu’on peut évoquer la fabrication des emplois du temps ou la gestion de conflits dans un établissement... Mais le bagage qu’on peut donner en un an n’est pas suffisant pour les 20 ans d’une fonction d’inspecteur ou de chef d’établissement, d’autant que cette fonction évolue avec le système éducatif, et nécessite d’être capable de prendre de la hauteur.

ToutEduc  : Pouvez-vous donner un exemple ?

Bénédicte Robert : Oui, je pense à une actualité toute récente et à cet amendement qui a créé les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux. Le principal du collège qui va se retrouver à la tête d’un tel établissement devra avoir une idée des questions liées à l’apprentissage de la lecture et du calcul... Il faut donc aller plus loin dans la formation, l’adosser à la recherche universitaire, permettre aux personnels de direction ou aux inspecteurs d’approfondir.

ToutEduc : L’année de stage est déjà bien pleine...

Bénédicte Robert : En effet, mais cet approfondissement interviendrait en troisième année. Nous pensons à un mémoire de recherche, par exemple en management, ou en numérique éducatif, ou psychologie cognitive... un peu sur le modèle du M@dos, un master en 2 ans que nous animons avec un consortium d’universités (Angers, Cergy-Pontoise, Lille, Limoges, Poitiers, Versailles-Saint-Quentin), mais en plus pointu et avec plus de présentiel. Ce serait un diplôme de master intéressant dans un CV pour une évolution de carrière, dans un autre ministère ou dans le secteur privé. Les candidats au concours de chef d’établissement sont de plus en plus jeunes (l’âge moyen des reçus concours est de 41 ans), et il est important d’ouvrir le plus possible les perspectives de carrière.

ToutEduc : Un proviseur a-t-il le temps de se former par la recherche ?

Bénédicte Robert : C’est effectivement compliqué de lui demander de sacrifier ses rares loisirs... C’est pourquoi nous réfléchissons aussi avec les universités de Poitiers et de Marne-la-Vallée, avec d’autres aussi, à des formations plus légères, sous forme de "blocs de compétences", qui ne déboucheraient pas sur un diplôme mais sur un certificat... Nous devons être attentifs au maillage territorial, nous rapprocher par exemple du CNAM et de ses antennes, pour que la partie présentielle des formations soit à distance raisonnable des lieux de travail. Notre souci est d’ouvrir des portes, de permettre à nos cadres de préparer, s’ils le souhaitent, des évolutions de carrière dans et hors de l’Education nationale, mais aussi à des personnalités externes de rentrer, ne serait-ce que comme auditeurs.

ToutEduc : Et vous vous ouvrez aussi à l’international ?

Bénédicte Robert : Oui, nous nous rapprochons des associations professionnelles de personnels de direction du Québec, de l’Ontario. Grâce à un projet Erasmus + auquel nous participons, nous nous rapprochons aussi des associations d’inspecteurs en Estonie, où ils ont une forte tradition en matière de littératie, au Pays de Galles, en Flandres où ils ont modifié, il y de cela deux ans, du tout au tout leur approche de l’inspection, qui devient davantage accompagnement.

ToutEduc : Reste donc à présenter tous ces projets...

Bénédicte Robert : En effet. Nous préparons une refonte complète du site pour la rentrée. Le projet stratégique 2018-2022 et le catalogue de nos formations organisé autour de trois axes, le management, les valeurs de l’Education et le pilotage pédagogique sont d’ores et déjà disponibles sur notre site (ici).

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par B. Robert

Extrait de touteduc.fr du 08.03.19 : Pourquoi l’Esen devient l’IH2EF (Institut des hautes études de l’éducation et de la formation). Interview exclusive

 

Les changements à venir dans la formation des enseignants

Avec l’adoption, le 19 février dernier, de la loi « pour une école de la confiance », la formation des enseignants change. Objectif : assurer un meilleur suivi des contenus de formation sur tout le territoire.

[...] La réorganisation des ESPÉ
La disparition des ESPÉ au profit des INSPÉ (instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation) illustre elle aussi la volonté de Jean-Michel Blanquer et de Frédérique Vidal de « faire évoluer la qualité de l’enseignement ». Dans ces futurs instituts nationaux, la volonté première est certes d’homogénéiser au niveau national la formation, mais aussi et surtout de reprendre en main la formation des enseignants par le ministère de l’Éducation nationale. Cette reprise en main s’accompagne notamment de la nomination des directeurs d’INSPÉ par arrêté conjoint des ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.

Extrait de vousnousils.fr du 05.03.19 : Les changements à venir dans la formation des enseignants

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