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Refus et refusés d’école. France, XIXe-XXe siècle, sous la dir. de Julien Cahon et Youenn Michel , PUG, 2020

10 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Julien Cahon : Refus et refusés d’école

Attention ! Terra incognita ! C’est à la découverte d’un continent inconnu que nous invitent Julien Cahon et Youenn Michel qui coordonnent, aux PUG, "Refus et refusés d’école". C’est celui de tous ceux qui devraient être à l’école mais qui n’y sont pas, des dizaines de milliers de jeunes pour chaque génération qui soit ont été poussés dehors, soit ont choisi de ne plus la fréquenter. De l’école buissonnière au décrochage, c’est un monde que révèlent les auteurs, celui du coté obscur de l’Ecole. L’ouvrage étudie aussi les réactions des pouvoirs publics face à ce phénomène. Si des progrès ont été faits contre le décrochage, la politisation des débats sur les refus d’école ne favorise pas une réelle prise en compte du phénomène, pas plus d’ailleurs que la promotion actuelle de la forme scolaire traditionnelle. Refus et refusés d’école ont un passé. Ils ont aussi un avenir. Découvrons le.

Quel sens donner à l’instruction à domicile ?

Longtemps on s’est peu soucié des refus d’école. Soit parce qu’ils prenaient la forme de la scolarisation à part, entre soi, chez les plus aisés, soit parce qu’ils devenaient travail des enfants pauvres et que ça arrangeait tout le monde, soit parce qu’on ne savait pas quoi faire à l’école des enfants "attardés" ou "différents".

C’est le progrès de la scolarisation , dans la seconde moitié du 20ème siècle, et la lente montée d’un système scolaire unique qui pose autrement la question des refus et refusés.

Sylvain Wagnon montre par exemple comment l’instruction à domicile devient quelque chose d’ambigüe. Si le phénomène est modeste (environ 25 000 enfants soit 0.3%), son interprétation par l’Etat évolue. D’un coté, par peur de dérives sectaires voire terroristes, il multiplie les lois de controle et celui ci a encore été renforcé par la loi BLanquer. De l’autre l’Etat écoute les familles qui refusent le paradigme scolaire dans la lignée d’Ivan Illich.

Ou à la montée des hors contrat ?

La situation est la même vis à vis du hors contrat. Ces écoles (60 000 élèves) sont à la fois défendues, particulièrement par la droite du Sénat, qui veille à leurs intérêt. L’éducation nationale trouve son compte dans la multiplication d’écoles proposant une autre offre pédagogique (Montessori ou autre). De l’autre, la peur du développement d’écoles musulmanes entraine des controles étroits et maintenant une autorisation d’ouverture. Ce secteur devrait se développer avec l’apparition de groupes internationaux qui gèrent déjà des academies ou des free schools dans le monde anglo saxon. Car le refus de l’école se situe dans un mouvement mondial : celui de la privatisation de l’Ecole.

L’impossible réflexion sur l’absentéisme scolaire

Du coté des refusés de l’Ecole, l’ouvrage analyse le cas picard. Il montre comment les pouvoirs locaux et l’Etat ont construit dans les années 70 et 80 une représentation du jeune picard comme rétif à l’école. Ils ont ainsi dirigé les investissements vers du professionnel. Xavier Pons signe un intéressant article sur le débat public sur l’absentéisme scolaire. Il montre comment le débat sur l’absentéisme des élèves est devenu un enjeu de rivalité politique et est totalement accaparé par les débats sur la loi Ciotti de suppression des allocations familiales. Les refusés deviennent "soit de potentiels délinquants soit des victimes futures de la loi de la rue, occultant les multiples causes et les manifestations de ce phénomène". Ce débat rend inaudible une véritable confrontation des connaissances. Avec la valorisation de la forme scolaire traditionnelle, la privatisation montante, la paupérisation de la population, on a là une autre raison de l’avenir des "refus et refusés de l’école".

"On n’attend de ce livre qu’il puisse donner matière à réflexion aux politiques sur ce sujet", nous a dit Julien Cahon, coordonnateur de l’ouvrage. "Surtout l’ouvrage insiste sur la complexité des refus d’école. On ne peut pas les traiter avec une recette. Il faut éviter de généraliser certains types de refus".
François Jarraud

Julien Cahon, Youenn Michel (directeurs de publication), Refus et refusés d’école. France, XIXe-XXe siècle, PUG, ISBN 9782706145605

Extrait de cafepedagogique.net du 07.02.20

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