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Faire de la géographie concrète et citoyenne chez soi, au collège REP Kennedy d’Allonnes (Sarthe). Quelle histoire-géo après un mois de confinement au collège REP Guillaume de Normandie à Caen ? (le Café)

27 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Karl Zimmer : On peut faire de la géographie concrète chez soi

Peut-on faire de la géographie sans sortir de chez soi ? Professeur d’histoire-géographie au collège Rep Kennedy d’Allonnes, dans la banlieue populaire du Mans (Sarthe), Karl Zimmer demande à ses élèves de 6ème de prendre en photo le paysage depuis leur fenêtre et de le lire avec les yeux du géographe. Cela donne des descriptions où se mêle naïveté et regard de géographe. Ces fenêtres donnent aussi un aperçu sur le vécu des élèves. .

Une géographie du confinement

"Cet exercice montre aussi les limites de l’enseignement à distance". Dans ce collège populaire (Rep), Karl Zimmer n’envisage pas de lancer les élèves sur un nouveau chapitre et de nouvelles méthodes. "Les élèves vivent des situations compliquées. Il faut les suivre et les appeler quotidiennement", rappelle t-il. "Il fait partir du concret et des méthodes déjà vues e classe, comme la description de paysage".

Les collégiens de 6ème prennent une photo du paysage vu depuis leur fenêtre. Ils le décrivent, plan par plan, en font un croquis et tentent de lui donner du sens. Ca nous vaut des surprises. Ainsi près du Mans un lotissement "à l’américaine" sans trottoirs. D’autres élèves vivent à la campagne et décrivent des paysages complexes : habitat, prairies, château avec son parc. D’autres ont une fenêtre qui donne sur le parking d’un centre commercial ou de la barre HLM. Un élève est chez son père en région parisienne , un coin qu’il juge très joli…

Une géographie citoyenne

"Dans leurs travaux il y a toujours un coté émotion", explique K Zimmer. "On peut voir comment ils appréhendent les lieux". Ainsi le lotissement aux rues sans trottoir est jugé plus joli que le Vieux Mans. "Et puis il y a une analyse plus géographique qui rentre dans les apprentissages des élèves pour les rendre conscient du monde qui les entoure". Ainsi la décision de ne pas faire de trottoir est une décision des urbanistes pour casser la circulation automobile.

"On est clairement dans une géographie visant à construire une forme de citoyenneté critique", explique K Zimmer. "Elle amène les élèves à construire une conscience du pourquoi". Elle amène aussi le professeur à voir l’impact social sur les travaux des élèves : les (néo)ruraux ont davantage produit que les élèves des quartiers ouvriers.

Ces regards géographiques des collégiens de 6ème ont intéressé la société de géographie qui publie plusieurs travaux d’élèves. "Au retour en classe il y aura une séance sur leur travail pour leur montrer comment on produit du savoir. Ils ont fait œuvre de géographe et maintenant c’est un objet pour tous les géographes". A vos fenêtres !

François Jarraud

Sur le site de la société de géographie

Extrait de cafepedagogique.net du 24.04.20

 

Quelle histoire-géo après un mois de confinement ?

"Il va falloir dire aux enfants qu’ils ont bien travaillé". Mathilde Souef enseigne dans un collège Rep à Caen. Sébastien Lambert travaille dans un collège rural à Marquise (62). Après un mois d’enseignement à distance et alors que s’annonce un nouveau mois avant la reprise, ils tentent un point sur ce qui a marché et ce qu’ils envisagent pour cette seconde période.

Ancrer l’enseignement à distance dans les pratiques déjà installées

"Ca fait trois ans qu’on réfléchit sur le travail personnel des élèves. On est dans cette continuité". Au collège Guillaume de Normandie de Caen, Mathilde Souef et ses collègues inscrivent leur enseignement à distance dans la continuité du travail scolaire déjà installé et aussi dans la continuité de la relation avec les élèves. "On est un collège Rep. On a des liens particuliers avec les élèves", nous dit-elle.

Le collège a décidé dès le vendredi 13 mars de sa stratégie pendant la période de fermeture. "On a décidé de fractionner les tâches et de donner du travail tous les jours et non une fois par semaine. Et de limiter à 30 minutes de travail à la maison par discipline". On a ainsi un maximum de 3 heures de travail par jour. C’est insuffisant pour faire le programme. Mais c’est beaucoup pour des élèves de Rep dont les conditions de travail sont souvent difficiles. La plupart des élèves n’ont que leur smartphone pour le travail scolaire.

"Je fais beaucoup de classes virtuelles", explique M. Souef."Les élèves sont contents de se voir , de s’entendre. Ils regrettent la classe". Le travail demandé repose sur des compétences acquises. Il est simple. "Les élèves ne doivent pas être bloqués par des questions de méthode".

Et les enseignants restent très joignables. "Les deux premières semaines on a beaucoup appelé les parents des élèves qui ont perdu pied". Un système d’envoi du travail par la poste est mis en place.

Malgré tout, M Souef constate un essoufflement au fil des 3ème et 4ème semaines de confinement. "Il va falloir imaginer des activités différentes et ludiques pour le retour des vacances", nous dit-elle. "Les appeler tous pour leur rappeler le retour au travail.

Le retour en classe est attendu. "On sera content de se revoir. ON fera attention. Il faudra organiser les classes autrement. Surtout il faudra réfléchir pour trouver comment les faire coopérer sans mettre en danger leur santé." Il faudra aussi faire le bilan :"Il va falloir dire aux enfants qu’ils ont bien travaillé. Et qu’ils le disent à leurs parents".

Retrouver le sel du métier

"Je suis IAN et le numérique ne me fait pas peur. Dans ce contexte dramatique j’ai retrouvé le sel du métier" : l’artisanat pour continuer à enseigner à distance.

Sébastien Lambert a misé sur un outil peu connu:Tactileo. "C’est un outil qui permet de construire des parcours avec des exercices, des textes à trous et une trace écrite finale. Tactiléo leur envoie un feedback sur leur travail immédiatement", nous di -il. Autre avantage de Tactileo : comme à Caen, l’outil s’inscrit dans la continuité de ce qui se faisait déjà en classe. Chaque parcours représente environ 30 minutes de travail. Le parcours à faire est envoyé chaque lundi avec remise en fin de semaine.

Même si Tactileo est bien accepté par les élèves, S Lambert observe un essoufflement en 3ème et 4ème semaine de confinement. Des élèves ont été perdus de vue. La perspective des dernières semaines est difficile. "Je n’ai jamais cru totalement à l’enseignement à distance. Cette période nous rappelle l’importance de la relation enseignant - élève".

Propos recueillis par François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 17.04.20

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