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Français : Déconfiner les pratiques d’écriture ? : - Rituels créatifs au collège REP Paul Féval à Dol-de-Bretagne - Des poèmes de confinement en 4ème REP (le Café)

26 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Français : Déconfiner les pratiques d’écriture ?

Et si on libérait l’écriture du confinement que l’Ecole si souvent lui impose ? Et si on l’émancipait des codes traditionnels de la rhétorique, de l’exercice d’application, des pratiques d’évaluation ? A la lumière de nombreux projets menés par des enseignant.es de lettres, la période actuelle a libéré du temps et de la créativité pédagogiques pour faire écrire davantage les élèves, les amener à une écriture moins normée et plus vivante, travailler de l’intérieur même du langage la relation aux mots, au monde, à soi. Ecriture libre ou à contraintes, poétique ou autobiographique, textuelle ou vidéo : témoignent ici une dizaine d’enseignantes qui, au collège et au lycée, ont ainsi lancé des défis, mis en place des rituels ou proposé des projets de classe. Ces propositions, inspirantes, invitent peut-être, par-delà les temps présents, à emprunter de nouveaux chemins : à oser la « discontinuité pédagogique » ?

Estelle Plaisant-Soler - Julie Lerouvillois : Rituels créatifs en REP

« Nous enseignons toutes les deux au collège Paul Féval, à Dol-de-Bretagne. C’est un collège REP de zone rurale. Nombre de nos élèves doivent surmonter des difficultés matérielles importantes pour travailler en distanciel. Difficultés d’équipement : un seul ordinateur pour une famille de plusieurs enfants, pas d’imprimante, et même certaines familles pourtant bien équipées la connexion Internet en zone blanche est insuffisante pour une connexion convenable à une classe virtuelle. Difficultés d’accompagnement : parents au travail ou dans l’impossibilité d’expliquer à leurs enfants les notions qu’ils ne parviennent pas à comprendre seuls. Pour ne perdre ni décourager nos élèves, nous avons fait le choix de privilégier pédagogie modeste, très ritualisée, centrée sur l’expérience partagée du quotidien plutôt que la multiplication des polycopiés et des cours magistraux à distance. Nous entendions d’abord maintenir un lien étroit entre l’école et l’élève, malgré le confinement, par une implication positive et bienveillante des familles.

Estelle  : Pour maintenir un lien quotidien avec la littérature et l’écriture, j’ai choisi d’envoyer chaque jour un poème à lire en famille avec une activité d’écriture facultative, en commençant par des textes qui transfiguraient les objets ou les expériences familières des élèves en période de confinement : Fenêtres ouvertes de Victor Hugo, Regarder d’Eugène Guillevic, Le Savon de Francis Ponge, Le Buffet d’Arthur Rimbaud, etc.

Après quelques jours d’adaptation hasardeuse à la continuité pédagogique, les élèves se sont progressivement approprié ce rituel poétique. Trois d’entre eux ont apparemment inscrit la lecture et l’écriture poétiques au rituel du petit déjeuner, avec l’envoi d’un poème matinal en réponse. Beaucoup d’autres, qui n’ont que peu ou pas écrit, attendaient malgré tout le poème du jour. Enfin, j’ai eu plusieurs retours de parents qui ont apprécié de partager une activité scolaire créative avec leur enfant : écrire un poème sur le chat de la maison, ou, par exemple sur un dîner partagé en famille en s’inspirant du Repas de Guillaume Apollinaire. Les élèves qui le souhaitaient pouvaient ensuite lire les productions de leurs camarades publiées sur un blog. Une activité d’écriture poétique a eu plus de succès que les autres : l’écriture de devinettes métaphoriques inspirées des Histoires naturelles de Jules Renard, particulièrement ludique et collective, a donné lieu à beaucoup d’échanges.

Julie : J’ai privilégié des pratiques d’écriture quotidiennes. Partager son quotidien n’est pas chose aisée pour les élèves. Se livrer sur sa vie personnelle, son ressenti, … le tout avec une maîtrise du texte narratif qui peut se révéler être très inégalitaire, à l’image de la vie des élèves durant ce confinement… Alors pourquoi pas une bonne recette de cuisine ? J’ai donc invité les élèves à partager une recette :

- à la manière comique de Bernard Friot, dans « Recette de cuisine » que nous avions déjà lue dans les Histoires pressées avant le début du confinement,

- à la manière « perso » : écriture prescriptive ou injonctive, mise en forme libre, accompagnée de photos, d’illustrations, de conseils, de retours des testeurs.

- Il était possible aussi pour les élèves de jouer les animateurs cuisto-radio et d’envoyer un « tuto audio ».

Les idées n’ont pas manqué et les projets post-confinement non plus : recettes dans différentes langues, création d’un blog culinaire, présence de « like » ou encore recherche de recettes livrées dans divers romans. Ah la fameuse madeleine….

Ces activités d’écriture créatives, très modestes, ont permis de garder un contact régulier avec un certain nombre d’élèves, et pas forcément seulement ceux qui étaient étiquetés « bons élèves » avant le confinement. Mais le travail distanciel s’est avéré très inégalitaire et nous avons ressenti une perte de contact avec beaucoup trop d’élèves. Notre objectif prioritaire du retour sera de raccrocher au travail scolaire ces élèves égarés. »

Le blog « Les grands lecteurs » du collège Paul Féval, à Dol-de-Bretagne

 

Caroline Allingri-Machefer : Des poèmes de confinement en 4ème

« Les vacances pendant le confinement ont été l’occasion de revenir sur les acquis de l’année tout en permettant l’expression des ressentis du moment. Les élèves ont été amenés à écrire des « poèmes de confinés ». La consigne était ouverte pour permettre aux élèves de s’exprimer avec créativité : « Ecrivez un poème de forme libre qui s’attachera à un aspect de votre vie pendant le confinement. Vous pouvez être positif ou négatif. Evitez les listes, privilégiez le développement d’un élément. Pensez à votre lecteur et à tout ce qui a été lu/écrit pendant l’année sur la poésie. »

En effet, ce travail s’est appuyé sur des expériences de lecture et d’écriture faites au fil de l’année. A l’occasion de différentes séquences, les élèves de trois classes de quatrième d’un collège rural classé REP ont lu, entendu et écrit de la poésie. La première séquence sur Théophile de Viau et ses écrits de prison a donné lieu à une actualisation du recueil : les élèves se sont mis dans la peau de prisonniers du XXIe siècle et ont écrit des poèmes lyriques en alexandrin. La poésie a alors été vue comme expression d’un ressenti, de sensations, notamment grâce à des images venues d’un imaginaire personnel ou collectif. Parallèlement à une séquence sur l’écologie, les élèves-poètes ont écrit un haïku sur un arbre de la cour du collège pour renouveler notre vision de ce lieu auquel nous ne faisons plus attention. On avait alors insisté sur la conception de la poésie comme voix singulière qui porte une attention soutenue au monde. Enfin, l’écoute du slam « Dear futures generations sorry » de Prince E. A. ainsi que de poèmes contemporains a permis d’insister sur l’importance de la mise en page et du rythme en poésie. La poésie a aussi été vue comme lieu d’associations de mots, d’idées, de sons. Cela a donné lieu à des portraits poétiques de membres de la communauté éducative en guise d’article pour le journal du collège. On a engagé les élèves à s’écouter, à écouter les mots qui leur venaient spontanément, les uns en évoquant d’autres. Cette mise en activité de fin d’année a été facilitée par toutes ces expériences préalablement accompagnées en présentiel.

Les poèmes de confinés ont été écrits en autonomie, mais le numérique a permis un échange pendant les vacances via Pronote : il suffit souvent de relancer l’élève en faisant remarquer une trouvaille (une métaphore à filer, un son qui attend son écho, une bonne idée pas développée, un effet de ton à accentuer…). Cela peut aussi être fait sur Framapad. D’autre part, le travail a été valorisé par un Calaméo, liseuse qui permet de créer des livres numériques en quelques clics, publié sur le site du collège. La visibilité du travail est un facteur de motivation qui ne cesse de montrer son efficacité.

Le professeur sème souvent des petits cailloux dont il ne voit pas toujours où ils mèneront. Cependant, il semble que ce rythme de vie ralenti par la maladie et ces expériences de la parole poétique aient fait éclore des voix qui résonnent bien mieux qu’en début d’année. »

Le recueil

Caroline Allingri-Machefer dans Le Café pédagogique

Extrait de cafepedagogique.net du 25.05.20

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