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"L’éducation prioritaire souffre de problèmes de pilotage" (interview de Marc Douaire par le Monde du 20.12.20)

21 décembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

« L’éducation prioritaire souffre de problèmes de pilotage »
Pour Marc Douaire, qui dirige l’Observatoire des zones prioritaires, les écarts de niveaux restent trop importants entre enfants issus de réseaux REP et les autres.

Propos recueillis par Violaine Morin

Ancien enseignant, directeur d’école et coordinateur de réseau en zone d’éducation prioritaire, Marc Douaire dirige aujourd’hui l’Observatoire des zones prioritaires, une association indépendante qui milite pour une évaluation transparente des politiques d’éducation prioritaire.

Le lancement des « contrats locaux d’accompagnement » à la rentrée 2021, interviendra tout juste quarante ans après la création des premières ZEP. Comment l’éducation prioritaire s’est-elle transformée au cours du temps ?
L’histoire des ZEP est faite de multiples ruptures. Quand Alain Savary met en place cette promesse de campagne de François Mitterrand, en 1981, on part du constat qu’il existe en France des poches de pauvreté où le service public ne remplit plus ses missions. Il faut donc différencier les moyens. C’est une rupture du dogme égalitaire, qui ne fait pas l’unanimité à l’époque. Certaines municipalités communistes ont refusé que leurs écoles en bénéficient !

La première carte de l’éducation prioritaire ne concerne pas que les zones urbaines. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 qu’elle s’adosse aux politiques de la ville. Plus tard, les REP et les REP + sont aussi dans une logique de territoire. La droite a essayé d’autres initiatives, pour « exfiltrer » les élèves les plus méritants. On voit bien qu’il y a des changements réguliers, qui sont des choix politiques.

Au bout de quatre décennies, qu’est-ce qui coince encore ?
Dans son rapport d’octobre 2018 sur le sujet, la Cour des comptes rappelle que l’éducation prioritaire est la seule politique publique de lutte contre les inégalités qui a permis que les écarts ne s’aggravent pas, quand les situations sociales, économiques et culturelles se dégradent par ailleurs. Mais les écarts de résultats restent trop élevés entre les enfants de REP et les autres.

L’éducation prioritaire souffre aussi de problèmes de pilotage : certains recteurs sont très investis, d’autres moins. Il y a des disparités dans la gestion au niveau de chaque réseau, qui regroupe à chaque fois un collège et plusieurs écoles : dans certains endroits, les gens ne se parlent pas. Or pour un enfant qui n’a pas les codes de l’école, la cohérence du système du début de l’école élémentaire jusqu’à la fin du collège est essentielle.

Les enseignants nous signalent enfin de gros problèmes de formation initiale. Ils voudraient apprendre à travailler par cycles d’apprentissage, savoir comment gérer des classes de niveau hétérogène et des situations de violence… En fait, leur capacité à se former sur ces sujets dépend de l’équipe qu’ils vont intégrer.

Qu’est-ce qui, au contraire, a fonctionné et mériterait d’être préservé ?
Dans les enquêtes que nous menons sur le terrain, on perçoit une forte culture commune, qui s’est installée malgré les revirements politiques. D’abord, les enseignants croient profondément en l’éducabilité de chaque enfant et de chaque jeune, à rebours d’une vision qui consiste à sortir les plus méritants des quartiers. Là où les choses fonctionnent bien, les enseignants opèrent également un savant équilibre entre bienveillance et exigence. Ils savent ne pas rabaisser les exigences et encourager la coopération.

Extrait de lemonde.fr du 20.12.20

 

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