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15.06.07 - Réforme de la carte scolaire : peu d’effet dans un collège ZEP de Drancy

15 juin 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Figaro » du 14.06.07 : Mère cherche grand lycée pour fils "doué"

Depuis que Xavier Darcos a annoncé que 20 % des élèves pourraient être inscrits à la rentrée scolaire hors de leur secteur d’origine, une centaine de demandes de renseignements affluent chaque jour au rectorat de Paris ou à celui de Versailles. Les parents angoissés devront attendre le 14 juillet pour savoir où leur progéniture a été acceptée. D’ici là, tous les arguments sont bons pour obtenir satisfaction.

« Ma fille est une danseuse née, très douée. Pourrait-elle bénéficier d’une inscription à horaires aménagés au lycée Henri-IV ? »... « Mon fils est dyslexique. Je pense qu’il serait mieux dans un plus petit collège... »...« Mon enfant va être scolarisé dans son collège de secteur dans le XVIIIe arrondissement, savez-vous quelle est sa réputation ? » Des appels comme ceux-là, Catherine, Dominique, Gisèle, les trois conseillères d’orientation du rectorat de Paris, en entendent des dizaines tous les jours.

Car, depuis que le gouvernement a promis d’assouplir la carte scolaire à la prochaine rentrée scolaire, c’est la course pour intégrer un établissement prestigieux de la capitale.

Paris est en effet la ville la plus sollicitée de France par les parents désireux de bénéficier du nouveau système de dérogation. Les lycées qui ont le vent en poupe ? Molière, Jean-Baptiste Say, La Fontaine, Chaptal, Janson-de-Sailly, Louis-Le-Grand ou Henri IV. « Tout le monde veut aller dans des établissements du Ve, VIe, VIIe, XVe et XVIe arrondissement », résume Dominique. Le problème est que les murs de ces grands lycées parisiens ne sont pas extensibles, rappelle Roger Vrand, l’inspecteur d’académie chargé du second degré. Seules 130 places supplémentaires - soit quatre classes - seront ouvertes à la rentrée prochaine. Et pas dans ces établissements déjà pleins comme des oeufs avec des classes de plus de trente élèves.

Les trois conseillères, qui recueillent les demandes jusqu’au 30 juin, reçoivent parfois des coups de fil de la France entière, notamment de parents vivant dans le sud de la France qui veulent envoyer leur progéniture étudier à Paris. Quelques rares banlieusards viennent aussi en quête de renseignement : « Certains sont très déçus lorsqu’on leur explique que la carte scolaire n’est pas totalement supprimée mais assouplie pour cette année », expliquent les trois femmes qui sont aussi des psychologues. Et il en faut de la psychologie pour répondre aux parents déçus qui deviennent parfois agressifs au téléphone. Leurs inquiétudes et leurs attentes sont « énormes », soulignent-elles.

Du coup, tous les arguments sont bons. Comme cette mère de famille du XVe arrondissement qui a appuyé sa demande écrite de dérogation d’un certificat médical assurant que l’asthme de son fils rendait son inscription impossible dans un collège dont la cour est ornée de platanes... mais pas dans le lycée d’à côté, pourtant pourvu d’arbres identiques ! En désespoir de cause, une autre maman a simulé une dépression nerveuse, due selon son médecin à la crainte de ne pas voir ses deux garçons scolarisés dans l’école de son choix....

Même les expatriés sont gagnés par la fièvre de la dérogation. Un père italien, qui projette de s’installer à Paris en septembre, a appelé pour savoir s’il fallait mieux qu’il achète un appartement dans le IXe ou le XVIIIe arrondissement afin que son fils puisse s’inscrire dans un « bon » lycée ! De nombreux Français de l’étranger, revenant par exemple d’un séjour professionnel aux États-Unis, téléphonent pour demander s’ils font bien de signer leur promesse de vente dans telle rue de la capitale. En revanche, peu de familles s’informent pour savoir si leur enfant peut bénéficier d’une dérogation parce qu’il est handicapé ou boursier, les nouveaux critères retenus par le ministère. « C’est extrêmement rare », soulignent les conseillères.

Le profil type du parent qui souhaite déroger ? Souvent une mère de famille plutôt aisée qui cherche à inscrire son enfant dans un établissement public plus prestigieux que celui de son secteur alors qu’il fréquente aujourd’hui un collège privé. Gisèle déconseille à l’une d’elles de dire au collège privé dans lequel son fils est inscrit qu’elle cherche à en partir : « Gardez-lui une place au chaud dans le privé au cas où l’inscription dans le public ne fonctionnerait pas ! » Ce sont en effet des situations complexes, explique la conseillère d’orientation : « Les établissements privés n’aiment pas apprendre que des parents sont tentés par des désinscriptions... Sauf quand ils sont mauvais élèves, car ils plomberaient leurs résultats. Ils ne sont alors pas mécontents de les voir partir », sourit-elle.

Ces cas de parents désireux de rapatrier leurs enfants dans le giron du public sont « très nombreux », insistent les conseillères. Comme le sont les cas de ces parents qui justifient leur désir de partir en accusant un « collège de racaille » ou « mal fréquenté ». Des problèmes de bagarres ou de violence sont parfois évoqués ou encore le niveau des professeurs, « pas assez compétents » ou pas assez « attentifs ». Souvent « très au courant » des résultats au bac de tel ou tel lycée ou des classements parus dans les journaux, les parents voient à long terme. « Certains ont des stratégies très claires dès le collège pour que leur enfant aille plus tard dans une classe préparatoire aux grandes écoles. Ils savent qu’il faut apprendre le russe pour déroger à la carte scolaire dans tel arrondissement. Et à la limite, ils ne nous appellent que pour être confortés dans leur choix. »

La chasse aux dérogations à la carte scolaire serait-elle le sport préféré des bobos parisiens ? C’est la conviction de Daniel Rouault, principal du collège Anatole-France de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Classé en ZEP, situé à deux pas du RER et un quart d’heure de Paris, son établissement pourrait craindre la fuite des meilleurs éléments vers la capitale en cas de désectorisation. « Mais la plupart des parents souhaitent que leurs enfants soient scolarisés à proximité et n’ont pas les moyens de les envoyer ailleurs. Ils souhaitent qu’ils s’occupent des petits frères et soeurs... », note ce principal. D’ailleurs, depuis dix jours, le rectorat de Seine-Saint-Denis n’a reçu qu’une soixantaine de dossiers de dérogation.

Marie-Estelle Pech

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