Bonjour à vous,
Merci de l’intérêt que vous avez porté à mon étude. Il est une réalité que j’ai pu découvrir dans ma démarche de recherche : peu d’études ont été faites sur les élèves de SEGPA. La première des raisons est certainement leur effectif faible par rapport aux autres collégiens. La problématique des collèges situés en zone "ECLAIR" maintenant porte sur plusieurs points : une accumulation des difficultés sociales et démographiques...En fait, on assiste à un phénomène qui se situe dans le recrutement des élèves venant de quartiers défavorisés, de familles elles-mêmes de CSP défavorisées. Les enseignants qui interviennent sont souvent des personnels ayant peu d’expérience (avec des exceptions bien entendu mais les statistiques vont dans ce sens). Duru-Bellat avait ainsi montré que les enseignants dans leur pratique devenaient moins exigeants sur le niveau scolaire. On a alors à la fois la problématique scolaire qui se conjugue avec d’autres problématiques (comportementales en particulier...). Le jeu de la carte scolaire n’a fait qu’ajouter à ce poids là, portant les "bons" élèves à demander des dérogations pour des collèges de centre ville par exemple.
La question de l’orientation est une clé pour comprendre notre système éducatif via la trajectoire de ses élèves les plus en difficultés....
Sur l’avènement des "élèves à besoins éducatifs particuliers", on pourra y voir un peu plus clair avec la manière dont le projet EuroPEP a analysé l’évolution des politiques publiques de "prévention des exclusions éducatives", pour reprendre le titre du colloque de l’an dernier à l’INRP à l’occasion des 30 ans des ZEP, avec les 3 "âges" de ces politiques : les "élèves à besoins éducatifs particuliers" relèverai du "3ème âge".
Voici ce que j’en avais noté lors de la présentation de J.Y Rochex :
"3ème âge :
L’objectif devient de maximiser les chances de réussite de chaque individu : multiplication et fragmentation des cibles des politiques : les enfants de réfugiés, les enfants handicapées, les élèves doués, etc…
Emergence très forte d’une catégorie définie par un avantage que les systèmes éducatifs ne feraient pas fructifier, les élèves doués.
Logique des élèves à besoin spécifique dont il faudrait maximiser les chances de réussite en tenant compte des particularités de chacun, dans une approche individualisante voire naturalisante des différences : minorisation des processus sociaux et scolaires qui donnent forment à ces caractéristiques individuelles. Au nom de la diversité des catégories d’élèves (talents, aptitudes, excellence…), on renoue avec la problématisation de mobilisation des aptitudes individuelles, mais dans un but de fragmentation du fonctionnement du système éducatif. (cf le rapport Thélot)
Ex : CLAIR (socle minimal pour les perdants et lutte contre la violence) et internats d’excellence (pour les quelques qui ont un potentiel)"
Pour ceux qui veulent creuser, la suite est là
Pour information et sans prendre parti sur la validité de concept, je rappelle qu’il a été développé par l’OCDE en 1996, qui inclut dans cette catégorie « les besoins dus à des difficultés socio-économiques ou culturelles ».
Il est bien présent également dans un dossier récent de l’ESEN (MEN) mis à jour en février 2012.
On y lit que la notion de "scolarisation des élèves à besoins éducatifs spécifiques" est récente et qu’elle recouvre une population d’élèves très diversifiée : … parmi lesquels l’ESEN range « les enfants en situation familiale ou sociale difficile »
Enfin, de façon moins directe, le dossier de presse de la dernière circulaire de rentrée, dans un chapitre sur « les parcours personnalisés », consacre une partie « aux besoins particuliers de certains élèves » (pour lesquels elle propose les internats d’excellence, les ERS et Eclair), et une autre, distincte, aux « dispositions spécifiques en faveur des élèves handicapés.
L. M.
Vous avez raison de ne pas mélanger la scolarité des élèves malades ou porteurs de handicap avec l’éducation prioritaire. Dire les choses comme ça apparait évident mais une autre manière – répandue actuellement – de voir les choses – regrouper l’ensemble des « élèves à besoins particuliers » – apparait aussi évidente si l’on n’y prend garde.
Pourquoi faut-il ne pas tout rassembler ? C’est pourtant pratique pour la gestion du système : d’un côté les normaux, de l’autre les anormaux. Aux premiers la norme, aux seconds quelques avantages ou adaptations, ce qui semble équitable et même républicain. Sans distinguer la nature de ce qui fait la particularité.
Alors, imitons Jean-Noël Jeanneney avec son émission « Concordance des temps » sur France-Culture, et rappelons l’époque 1965-1982 où étaient regroupés dans une même catégorie « l’Enfance inadaptée » tous les élèves malades et porteurs de handicap, dont les « handicapés sociaux ». Ceux-ci, appelés habituellement « HS » n’étaient pas l’objet d’analyse individuelle comme les autres mais catégorisés là parce qu’on ne savait pas qu’en faire. C’étaient des élèves étrangers et/ou de familles socialement exclues, et les classes HS étaient implantées dans ce qui allait devenir des ZEP. Ces classes furent d’épouvantables « ghettos » et c’est pour contrer leur expansion (après le centre de formation de maîtres HS de Suresnes, un autre centre HS fut ouvert à Nantes) que la revendication de création de ZEP fut lancée.
Cette expérience ne doit pas être oubliée : regrouper tous les « élèves à besoins particuliers » en y incluant les élèves de l’éducation prioritaire ramène à considérer les élèves de ZEP (pour dire vite) comme des handicapés. Or ce dont ils souffrent ne tient pas à leur propre nature mais à l’environnement dans lequel ils vivent : qu’ils déménagent dans un environnement ordinaire et ils ne font plus partie des « élèves à besoins particuliers », sauf pour 7 ou 8% d’entre eux puisqu’il y a aussi parmi les élèves de ZEP des élèves malades ou porteurs de handicap.
Si je souviens bien, l’OZP a traité directement cette question lors d’une "rencontre de l’OZP". Ces temps-ci, ce ne sont plus les recteurs (comme celui de Paris en 1990) ou les ministres (comme plusieurs d’entre eux depuis 1999) qui remettent sur la table cette idée de regroupement des « élèves à besoins particuliers ». Sans doute en ont-ils perçu les dangers. De même pour les candidats à l’élection présidentielle. Mais ce sont des collègues à la base qui manient cette incongruité comme s’ils avaient entre les mains un pain de plastic en croyant que c’est de la guimauve.
Très juste ! Une recherche sur le Web confirme que la question des SEGPA est pratiquement absente dans les mouvements actuels de protestations des parents et enseignants contre les suppressions de postes.
Par contre, la suppression de postes RASED est très mobilisatrice, si l’on en juge par la presse régionale mais aussi nationale.
Quand la relation entre RASED et Education prioritaire est explicite, le « Quotidien des ZEP » répercute l’information. Quelques exemples récents :
– Daniel Calin : Les régles de l’Education nationale ont fait que les maîtres RASED "sédentarisés" ne sont pas allés dans les endroits les plus difficiles. Des postes RASED supprimés en ZEP : acad. d’Aix-Marseille, Bordeaux, Corse... http://www.ozp.fr/spip.php?article11573])
– Des suppressions de postes RASED en éducation prioritaire : acad. de Bordeaux, Montpellier, Nantes, Rennes. A Caen et à Nice, les responsables déclarent que les postes RASED seront protégés en ZEP http://www.ozp.fr/spip.php?article11498
– Selon le SNUipp, les postes de RASED seraient utilisés par certains IA pour conseiller les enseignants et non plus pour intervenir auprès des élèves en difficulté http://www.ozp.fr/spip.php?article11450
Le Quotidien des ZEP
Une analyse de l’origine des élèves des SEGPA de l’académie de Versailles (soit 1/10ème de la France) a été faite en 1994.
La conclusion en a été inattendue : en présentant les résultats sous forme de graphique, classant progressivement les communes ayant une SEGPA selon leur pourcentage d’élèves étrangers, de 0 à 95%, on s’aperçut que ce classement reflétait l’ancienneté d’implantation de l’immigration.
Si l’on admet que 8% de tous les élèves relèvent de SEGPA, on trouvait autour de ce pourcentage, par exemple Gennevilliers, ville qui a eu une majorité d’étrangers dès 1917, Argenteuil et Nanterre, villes de vieilles immigrations. En revanche, on trouvait des surreprésentations, jusqu’à 95%, et des sous représentations (jusqu’à 0%) dans des villes à immigration récente (pic de 1965).
Ainsi, on se demandait si la longue habitude de la fréquentation des élèves étrangers n’avait pas mené les enseignants à repérer ceux qui, vraiment, relevaient de SEGPA, alors que dans les villes à récente immigration, il y avait un affolement devant le problème qui amenait soit à refuser tout élève étranger en SEGPA soit à les y envoyer trop facilement.
Les auteurs de ce travail avaient demandé à ce qu’une même étude soit faite au niveau national pour voir si l’hypothèse était valable ou non. Mais le rectorat n’avait pas donné suite.
Voilà un aspect de la "carte scolaire" dont on ne parle jamais.
Constater sans chercher les causes est insuffisant. Nous lisons ici : "Nombre de SEGPA sont implantés en ZEP". Bien, si ce lecteur le dit, c’est vrai. Mais pourquoi ? Dans mon département, on a, systématiquement, ouvertement et avec justification publique, implanté les SEGPA dans les ZEP. On ne disait pas "SEGPA" alors et les ZEP n’existaient pas, mais c’était précisément cela et ça continue en 2012.
Ce n’est pas tout : dans les mêmes zones, on a ensuite, systématiquement, ouvertement et avec justification publique, ouvert les classes pour ENAF, du premier et du second degré. On ne disait pas "ENAF" alors mais c’était précisément cela et ça continue en 2012.
On pourrait ajouter que par la suite, on a trouvé intelligent de créer là les cours d’arabe en élémentaire et les premières langues arabe dans les collèges.
Et après on s’étonne que tous ces "aimants" aient donné une composition particulière de certaines écoles et certains collèges de ZEP. De là à conclure - on le voit - que la ZEP engendre le handicap, c’est facile.
Nombre de SEGPA sont implantés en ZEP et le rapprochement SEGPA/Question de l’origine est une vrai problématique en Education Prioritaire... Là où je travaille, je pourrais même dire que la SEGPA du collège RRS est presqu’exclusivement alimenté par des élèves venant des écoles RRS avec une proportion inquiétante d’anciens ENAF...
Autant l’enseignement spécialisé me semble légitime lorsqu’on est dans le champ du Handicap, autant le statut des SEGPA censé accueillir "la grande difficulté scolaire" me semble ambigu, ce qui ne dénigre en rien d’ailleurs le travail fantastique qu’y font les collègues permettant à beaucoup d’élève de se reconstruire...
Bonjour,
A-t-on des informations concernant la scolarité des élèves de CM ? L’expérience est-elle concluante ? Envisage-t-on de l’étendre à d’autres établissements ?
Merci
Je partage l’analyse, l’esprit et le message de ce commentaire.
Il faut réagir...!
Il ne faut pas laisser faire...!
Je suis seulement surprise qu’une seule pétition circule et encore pour la signer éventuellement, où la trouver ?
Pourquoi cette pétition n’est-elle pas rédigée au nom des très nombreuses associations du quartier, des commerçants...? la fermeture du collège Jacquard n’est pas seulement l’affaire d’un seul petit groupe de Parents d’Elèves.
Pourquoi n’y a t-il pas eu de réunions , d’appel plus précis pour organiser la riposte qu’il convient de donner à cette abbération ?
Je suis inquiète de ce repli sur soi et ce manque de confiance dans les actions unitaires, seules efficaces pour se faire entendre. Jamais rien n’a été obtenu autrement !
Dans les collèges "ZEP, zone sensible", tous les enseignants touchent la NBI : c’est le cas au collège Jean Rostand à Orléans.
Les préfets des études, qui devaient toucher l’IFIC, viennent d’apprendre qu’en lieu et place de cette indemnité, elles devront choisir entre la NBI (que tous les enseignants perçoivent et qui compte dans le calcul de la retraite )ou la part modulable. (montant ignoré )
– si elle font le choix de la NBI. : l’investissement de ces 4 collègues en plus de leur service n’est donc pas pris en compte puisque n’importe quel collègue la touche.
– si elle font le choix de la part modulable : le montant reste totalement aléatoire et incertain pour les années suivantes.
L’administration (I.A. , Rectorat) semble bien en peine pour apporter une réponse pour ce cas de figure.
Par cette obligation de choix, les collègues se trouvent particulièrement lésées au vu du travail déjà accompli et d’une mission dont elle vont malgré tout s’acquitter jusqu’à la fin de l’année scolaire.
Pour approfondir la question, on peut utilement voir les textes de Fabrice Dhume et de Françoise Lorcerie ainsi que voir les vidéos de leurs interventions à la journée d’étude consacrée par le Centre Alain Savary à la question de la discrimination selon l’origine le 3 octobre dernier.
mise en concurrence de l’école,
regroupements qui occasionnent des coûts de transport pour les parents et de la fatigue pour les enfants,
disparition des petites structures qui ont pourtant montré leur efficacité dans la réussite des élèves, évitaient les redoublements, acceptaient des enfants différents et économisaient des strates administratives gourmandes et paralysantes,
abandon de bâtiments et friches scolaires,
classes en sur effectifs et concentrations scolaires qui renforcent l’ échec des élèves. qui pallient le manque de personnel et ne donnent aucun résultat....
à ce jour qui nous prouve la garantie de meilleurs résultats scolaires, et aucune autre suppression d’établissement dans les années a venir.
Derrière cette politique et cette parité à supprimer l’enseignement, qui sont l’avant garde d’une école livrée aux entreprises, se cache une idéologie à la fois libérale et autoritaire qui vise la suppression de l’école de la République.
Il ne s’agit plus de former des sujets libres, singuliers et différents, habitant du chemin vert pour mieux combattre ensemble et protéger leur avenir qui égare les parents et les élus pendant que se mettent en place, les fermeture et suppression des collèges et des écoles.
Colère et incompréhension
Partout en France, des parents, des citoyens, des enseignants et des élus expriment leur colère :
« Tout le monde le sait : c’est le gouvernement qui décide du budget de l’Education Nationale et par là même des fermetures et des ouvertures dans les établissements scolaires sur tout le territoire. A tous les niveaux, les élu-e-s peuvent et doivent refuser ces fermetures, signe de régression du service public d’éducation. Pourtant, certains élus se permettent de devancer le mouvement et proposent eux-mêmes ces fermetures. C’est encore plus inadmissible ! »
« Les enfants sont mis à la porte de leurs écoles, collèges, lycées. L’éloignement et la lourdeur organisationnelles rallongent considérablement leurs journées et pénalisent gravement leur scolarité. » « Cette politique de fermeture est génératrice d’atteinte à la santé de l’enfant et de perturbations dans l’équilibre de ses rythmes biologiques, dans l’organisation de sa semaine scolaire et préjudiciable à l’agencement de ses activités de loisir , culturelles et sportives. »
« Les parents qui en ont les moyens déménagent ; ou prennent en charge des transports scolaires qui rallongent d’autant leurs journées de labeur ; ou bien financent la scolarité de leurs enfants dans des structures privées de proximité... »
« A l’heure des grands rendez vous sur la taxe carbone, multiplier déplacements, transports à risques, et surcroît de fatigabilité et de coûts réels et induits est insupportable ! »
Pourtant des alternatives existent
Et je fais appel aux parents, enseignants, associatifs, aux citoyens, aux commerçants, aux élus locaux et des collectivités territoriales, également aux élèves de défendre notre établissement, presse, télévision, radio et blocage ainsi que des manifestations, et pétitions, tractes.
Révoltés, les parents d’élèves se mobilisent et agissent pour garder notre établissement.
Remettons l’éducation au centre de nos projets de société
Ne nous laissons pas confisquer le service public d’éducation
Il en va du présent et de l’avenir de nos enfants.
Il en va de l’intérêt général.
Note du QdZ :L’école de Véronique Decker à Bobigny n’est pas située en éducation prioritaire mais figure dans ce que Luc Cédelle qualifie de "territoire scolaire intense"
Répondre
Euh, ben si, la cité Karl Marx est en Zone sensible, la ville de Bobigny en zone violence, et l’école Marie Curie est en ZEP. Elle n’est pas en RAR, car elle a été évitée par un inspecteur hostile qui a brusquement décidé de changer l’affectation des élèves qui allaient auparavant dans le collège RAR de la ville (et qui l’est devenu en partie grâce aux élèves de l’école...)
Actuellement, nous sommes obligés d’envoyer nos élèves dans 3 collèges différents, car chaque tour et chaque immeuble appartient à un secteur différent....
Véronique DECKER
Désormais le blog continue sur le site des cahiers pédagogiques. Je vous invite à lire la suite des aventures : la cité Karl Marx est en cours de destruction dans une opération ANRU, et l’école Marie Curie vit au rythme des engins de chantiers qui refont le monde...