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10.08.04 - Le cas emblématique d’une jeune issue de l’immigration admise à Sciences Po

25 août 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Monde » du 10.08.04 : où l’on reparle de Sciences-Po

L’emblématique entrée à Sciences-Po de Nadia Besseghir

C’est une excellente élève de Bondy (Seine-Saint-Denis), qui, à l’école, a toujours caracolé en tête de sa classe ou presque. Elle entrera en septembre à l’Institut d’études politiques de Paris, en première année, grâce au "recrutement ZEP" ouvert par Sciences-Po, il y a trois ans, pour élargir le profil de ses étudiants et pallier une évidente discrimination sociale. La petite nouvelle fera tout pour garder son anonymat. Nadia Besseghir est en effet la sœur de la victime d’une terrible erreur policière, judiciaire et médiatique. Son frère, Abderrezak Besseghir, est l’ancien bagagiste de l’aéroport de Roissy qu’un complot organisé a désigné pendant deux semaines comme un terroriste, en décembre 2002.

Sur la foi d’un ancien militaire, qui agissait pour le compte de sa belle-famille, la police avait découvert dans le coffre de la voiture de ce jeune homme de 27 ans cinq pains d’explosif, des détonateurs et deux pistolets. Dans sa boîte à gants, un tract de propagande propalestinienne. Malgré ses farouches dénégations, Abderrezak Besseghir avait passé dix jours en prison, avant que les auteurs du complot ne soient confondus. Il a bénéficié d’un non-lieu, en mai 2003, tandis que cinq amis et membres de son ex-belle-famille étaient condamnés en juin 2004 à des peines de cinq mois de prison ferme à quinze avec sursis par le tribunal correctionnel de Bobigny.

Dans son entrée à Sciences-Po, Nadia Besseghir ne voit "vraiment pas ce qu’il y a d’exceptionnel" - "une suite logique dans sa scolarité, une nouvelle étape, rien de plus", dit pour elle son autre frère, Issem Besseghir.

Forte de ses bonnes notes, elle a profité du dispositif qui permet, depuis 2001, aux lycéens venus de zones d’éducation prioritaires (ZEP) d’entrer sur dossier rue Saint-Guillaume.
Pas question surtout de parler de revanche. A peine si les Besseghir admettent le symbole. Abderrezak, victime de l’imagination malfaisante de ses ennemis, mais aussi de la psychose de l’après-11-Septembre, ne s’est pourtant pas encore remis de son cauchemar. Il n’a pas retrouvé de travail ; consulte toujours un psychologue ; on ne lui a pas encore rendu sa voiture. Et il n’a toujours pas été indemnisé pour le préjudice de son séjour en prison. Nadia Besseghir ne raconte pas tout ça. On sait seulement qu’au terme de ses cinq ans passés à Sciences-Po, la jeune fille ne veut pas préparer l’Ecole nationale d’administration (ENA), mais l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). Pour devenir juge.

Ariane Chemin.

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