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B* Apprendre la géographie en CM1 en cartographiant son quartier à l’école REP Pierre et Marie Curie de Floirac (Forum des Enseignants innovants décembre 2015, avec longue interview du Café)

30 octobre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Ajout du 10.12.15

Projet présenté au Forum des enseignants innovants des 4 et 5 décembre
Cartographions notre quartier

Descriptif :
L’école Pierre et Marie Curie de Floirac se trouve au cœur d’un vaste projet de rénovation urbaine. Des changements profonds altèrent l’identité du quartier, les relations et les représentations des familles et des élèves. Afin de leur permettre de se réapproprier leur territoire et d’utiliser le contexte de leur environnement comme objet d’apprentissage, je propose aux élèves chaque année depuis trois ans un projet en géolittératies. Poésies, portraits, nouvelles policières sont rédigées et enregistrées ; un travail nourri et éclairé des recherches documentaires menées par les enfants sur le patrimoine de leur quartier. Les productions sont mises en ligne sur une carte géographique à laquelle les élèves ont contribuée en la modifiant et en y apportant des précisions. Ils participent ainsi au projet mondial de cartographie contributive et libre OpenStreetMap. Ils découvrent le numérique comme nouvelle forme de partage des savoirs, de coopération à l’élaboration d’un bien commun. Ils collaborent, créent de la donnée et de l’information dans une démarche participative. Ils découvrent les principes de l’open data.

Niveau(x) concerné(s) : Primaire

Discipline(s) concernée(s) : Documentation - HG - SVT - Lettres - EnsArts - Autre

Établissement(s) : Ecole élémentaire Pierre et Marie Curie

Bilan général :
On remarque une évolution positive chez tous les élèves d’une plus grande autonomie, d’un engagement fortifié, et d’un désir de faire ensemble. Les exigences propres aux apprentissages sont mieux vécues et acceptées. Enfin, un premier passage vers la culture numérique du partage et la construction de la notion de bien commun se fait et se vit.

http://www.enseignants-innovants-2015.net/projets.php

 

8ème FEI : Les écoliers cartographes de Céline Souleille

Céline Souleille enseigne à l’école Pierre et Marie Curie dans un quartier en rénovation de Floirac près de Bordeaux. En liaison avec des enseignants du collège Nelson Mandela, elle a mené un travail original de géolittératie pédagogique et poétique : les élèves partagent des photos via le réseau Babytwit et s’en inspirent pour écrire des haïkus, ils enregistrent des mises en voix de leurs créations avant de les épingler avec Umap sur la carte OpenStreetMap du quartier par eux actualisée. Le projet s’avère particulièrement formateur et stimulant : les élèves deviennent acteurs de leur territoire et de leur langue, les écoliers et les collégiens collaborent pour découvrir la culture du partage et du bien commun propre à internet. Une autre carte contributive a été lancée autour des « recettes du monde » : la grammaire s’y fait savoureuse et la géographie, vivante. A travers ce projet présenté au Forum des Enseignants Innovants 2015, l’Ecole fortifie joliment une de ses missions : apprendre à habiter le monde.

Dans quel contexte ce projet pédagogique de cartographie a-t-il été élaboré ?
L’école Pierre et Marie Curie de Floirac où je travaille se trouve au cœur d’un vaste projet de rénovation urbaine. Les chantiers de démolition et de construction se succèdent à proximité de l’école depuis plusieurs années faisant subir au paysage de profondes mutations. Certains repères familiers comme des immeubles, des chemins, des squares ont disparu tandis que d’autres apparaissent : des rues nouvelles, des commerces et des bâtiments publics. Ces changements altèrent l’identité du quartier, les relations et les représentations des familles et des élèves.

Nous souhaitions à la fois leur permettre de devenir acteurs de leur territoire, de se rapproprier l’espace dans lequel ils vivent et recentrer les apprentissages dans un contexte familier pour l’enfant où les compétences pourraient être réactivées en dehors du contexte scolaire. Parallèlement, nous réfléchissions avec des enseignants du collège Nelson Mandela de Floirac à un projet qui permettrait de faire vivre une liaison cycle 3 / collège autour d’un projet collaboratif. Le choix s’est porté sur la création d’une carte multimédia du quartier support d’une déambulation poétique autour de l’école.

Quels ont été les partenaires aux différentes étapes de ce travail collaboratif ?
Nous avons d’abord établi un échange entre les classes via Babytwit, l’équivalent de Twitter en libre et dédié aux scolaires, un projet développé par l’association AbulEdu-fr. Les élèves publiaient des photos du quartier qu’ils avaient prises et ceux qui les recevaient écrivaient des haïkus.

Dans un second temps, nous nous sommes aperçus que la carte du quartier sur OpenStreetMap n’était pas à jour. Il fallait donc modifier la carte pour pouvoir y insérer les poèmes écrits par les élèves. Vincent Bergeot qui travaillait alors comme coordinateur Gironde pour les Petits Débrouillards et Martin Guérin, animateur, ont accompagné les deux classes de CM dans la modification de la carte. Cette phase du projet animé par les Petits Débrouillards a été financée par les Juniors du Développement Durable de la Communauté Urbaine de Bordeaux.

Ensuite, les enfants ont travaillé à la mise en voix des haïkus et les ont enregistrés. Nous avons la chance d’avoir juste à côté de l’école un studio d’enregistrement dont le projet de soutien artistique aux jeunes artistes floiracais est mené par la Rock School Barbey en partenariat avec la mairie de Floirac. Achraf Es-Sayeh, coordinateur de « Musique et quartier » nous a accompagnés dans cette phase. Enfin, les élèves ont mis en ligne sur une carte numérique de l’interface umap leurs textes et leurs enregistrements.

Plus précisément, comment les élèves ont-ils composé et partagé leurs « twaikus » ?
Les élèves de CM ont commencé par prendre des photos du quartier. Ils les ont ensuite publiées sur Babytwit. Les collégiens leur répondaient en écrivant des haïkus. Nous les lisions en classe. Il y avait un véritable entrain et un enthousiasme particulier à lire les productions de leurs anciens camarades. Chaque matin, il fallait vérifier la « time line » et voir si de nouveaux haïkus avaient été publiés.

Assez rapidement, mes élèves ont voulu en savoir plus sur cette forme poétique qui leur semblait étrange. Babytwit était alors le support idéal pour demander des informations, se documenter, échanger. Le nom du poète Basho est apparu dans un tweet, point de départ à une recherche sur la vie de l’homme et son œuvre. Certains élèves se sont passionnés pour le personnage et sont entrés en lecture par cette porte. L’envie d’écrire en a découlé naturellement. De nombreuses séances ont suivi à jouer avec les mots, leurs sonorités, les images qu’ils évoquent et leur mise en forme selon les règles que nous avions repérées.

Au-delà de la qualité littéraire des productions des élèves, ce qui m’a marquée en les observant écrire, c’est le plaisir de nouer avec la langue une intimité, le désir de dire quelque chose de soi tout en le laissant voilé. Le fait de publier les textes leur a permis également de vivre une expérience nouvelle faite d’exigences, de recherches, de doutes, qui pour une fois n’étaient pas imposés par l’enseignant mais librement consentis. Je ne sais pas si ce projet d’écriture aurait été autant investi sans la publication sur Babytwit et la participation des collégiens. Le fait de se savoir lus, d’avoir un échange avec d’autres sur les textes qu’ils écrivaient rajoutaient du sens à leur projet. Les enfants étaient particulièrement sensibles au fait que des « grands » veuillent prendre le temps d’échanger avec eux. De leur côté, les sixièmes continuaient d’être vus par leurs anciens camarades de primaire comme des grands, ce qui permettait de relativiser leur statut de « petits » en ce premier trimestre de sixième.

Les élèves ont ensuite créé leurs paysages sonores à partir de ces twhaikus : pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Par groupe de trois ou quatre, mes élèves ont choisi les haïkus qu’ils préféraient pour en proposer une mise en voix. Ils ont mené un travail sur le sens, la diction et ont élaboré une proposition d’interprétation. Ils ont appris à prendre appui sur le texte et ses indices pour exprimer par la voix ce qu’il leur semblait essentiel. Ils ont réfléchi également à l’ambiance sonore que suggéraient les poèmes. Les sons ont ensuite été récoltés, soit enregistrés dans le quartier, soit crées par les élèves eux-mêmes, soit recherchés et téléchargés dans une banque de sons libres de droit.

Ils ont ensuite enregistré les productions dans un studio et ont construit un paysage sonore mêlant mots, sons et musique. Cela a été l’occasion pour eux d’une première initiation au montage. Le passage par un studio d’enregistrement a été un vrai plus. Les exigences d’un travail abouti, sérieux étaient portées par l’enthousiasme des élèves, leur engagement et leur motivation. Au-delà de la qualité du son qui était évidemment bien meilleure que ce que l’on aurait pu produire en classe, les élèves ont dû se confronter aux critiques et remarques du technicien qui les accompagnait et retravailler la diction, les silences, la respiration, l’intonation. Ils sont allés beaucoup plus loin que ce que nous avions prévu au départ.

Pour la partie cartographie, vous utilisez OpenStreetMap : de quoi s’agit-il ?
J’ai découvert OpenStreetMap, il y a deux ans lors d’un Open Bidouille Camp sur Bordeaux. La personne qui présentait le projet a commencé par me dire : « si chacun cartographie son quartier, nous aurons une carte libre du monde ». Je trouve cette idée très belle et assez fascinante. OpenStreetMap est l’équivalent de wiképédia dans la cartographie. Le projet, né en 2004, a pour but de constituer une base de données géographiques libres du monde. Il s’appuie sur des milliers de contributeurs qui jour après jour améliorent, enrichissent, précisent la carte mondiale. Véritable alternative à Google Map qui reste la propriété de Google ou à d’autres cartes mises en ligne et accessibles gratuitement mais dont la réutilisation est soumise à des conditions restrictives, OpenStreetMap qui s’inscrit dans le courant de la culture libre nous permet de participer et de constituer une carte libre du monde qui appartient à tous. Il y a plusieurs degrés de contributions qui vont de l’ajout d’une note comme suggestion de modifications reprise plus tard par un autre contributeur expert à la modification directe de la carte (ajout ou suppression d’un bâtiment par exemple). On peut contribuer à OpenStreetMap sans être un expert. L’ajout d’une suggestion de modification, par exemple, est déjà un acte de contribution.

Via OpenStreetMap, vous avez mené avec vos élèves une cartographie du quartier : quelles ont été les différentes étapes de ce travail ?
Après avoir écrit les haïkus sur des endroits précis du quartier, les élèves ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas placer leurs poèmes sur la carte numérique car celle-ci n’était pas à jour. Le collège qui venait d’être construit par exemple n’était pas représenté. Modifier la carte était devenu une nécessité pour finaliser leur projet. Au passage, c’est le statut de l’erreur que les enfants mettent au travail. Beaucoup sont surpris de constater qu’une carte mise en ligne puisse être inexacte. Ils sont juste stupéfaits quand on leur propose de la corriger et comprennent de manière intuitive que sans erreur, il n’y a pas de connaissance possible. C’est ainsi qu’ils sont « entrés » dans OpenStreetMap : d’abord parce qu’il y avait un intérêt pour eux ; plus tard, ils ont compris la force et la philosophie du projet.

Concrètement, nous avons passé quatre séances avec Vincent Bergeot et Martin Guérin qui travaillaient alors pour les Petits Débrouillards à cartographier le quartier. Les élèves, lors de sorties, notaient sur une carte papier nommée « field papers » les modifications qu’ils souhaitaient apporter : ajouts de rues, de commerces, de lieux et suppression de bâtiments détruits etc. Les premiers relevés de terrain nous conduisaient essentiellement vers ce qui les touchait personnellement : le nouveau city stade et la piscine récemment rénovée, les passages piétons, le centre social où beaucoup se retrouvaient le soir et les mercredis, la CAF dont ils entendaient parler à la maison, la nouvelle résidence flambant neuve. Le quartier devenait objet de connaissance et d’échanges. Au fur et à mesure de nos balades, les compétences nécessaires pour lire une carte se construisaient.

De retour en classe, ils saisissaient sur OpenStreetMap les éléments à modifier et collaboraient ainsi au projet mondial. Les différents niveaux et degrés de contribution étaient découverts au fur et à mesure du déroulé des séances. Les exigences formelles de ce qu’est être un contributeur étaient appréhendées et vécues : la publication, la responsabilité, le partage. Ils construisaient également leur propre représentation de ce que peut être Internet, la culture contributive du réseau, la connaissance comme bien commun élaboré collectivement.

Un des moments forts qui a permis de faire comprendre à la classe l’essentiel du projet OpenStreetMap a été vécu à l’issue de la première séance. Les enfants avaient saisi une quarantaine de notes pour suggérer les premières modifications, celles qui leur semblaient prioritaires. Le lendemain matin, toutes les notes avaient été reprises et les modifications faites par un contributeur que nous ne connaissions pas. A ce moment là, beaucoup de choses ont bougé. La toile, le web devenaient pour les enfants la possibilité de faire lien entre des personnes, de partager et de construire autour d’un bien commun avec les compétences de chacun : je connais mon quartier, d’autres ont une expertise cartographique numérique, ensemble nous pouvons améliorer une carte visible par tous, appartenant à tous. Une fois la carte du quartier mise à jour, il ne nous restait plus qu’à mettre en ligne sur une carte Umap les textes, les photos et les productions sonores : un jeu d’enfants !

Les élèves élaborent aussi une carte « Recettes du monde, recettes de nos origines » : comment menez-vous ce travail collaboratif ? quels sont ses objectifs spécifiques ?
L’idée d’une carte qui rassemble des recettes de nos pays d’origine est arrivée en début d’année. Alors que nous travaillions en classe sur les écrits à consignes et plus particulièrement sur les recettes, lors d’un conseil de classe, une élève a suggéré que nous fassions un site Internet de recettes auquel toutes les personnes qui le souhaitent pourraient contribuer, une sorte de « marmiton.fr »…Ce moment inaugure un passage décisif, une énergie nouvelle dans la classe. J’ai cru entendre dans ces propos le désir de partager et de transmettre aux autres des recettes essentiellement vécues à la maison dans l’oralité de la langue.

J’ai alors proposé que nous utilisions l’interface Umap, un logiciel open source, qui reprend les fonds de carte d’OpenStreetMap et auxquels on peut ajouter très aisément du contenu. Utiliser une carte de géographie nous convenait parfaitement car notre projet était de rassembler les recettes de nos pays ou régions d’origine.

S’en suit alors un long travail autour de la langue. Chaque matin, les élèves arrivaient avec des recettes écrites par les parents ou piochées dans un livre. Ils les offraient au reste de la classe, non sans fierté. Ces objets issus de la famille deviennent alors dignes d’apprentissage et de connaissance. Nous les observons avec attention : la mise en page, les verbes, le lexique. La grammaire et la conjugaison deviennent savoureuses et je remarque avec satisfaction l’ardeur et l’engagement y compris sur des points aussi ardus qu’arides que la conjugaison et la grammaire.

Les élèves ont commencé par réécrire les recettes qu’ils souhaitaient publier. Très rapidement, l’investissement a débordé le temps de la classe. Le soir, le week-end, sans que ça leur soit demandé, certains continuaient de publier. Nous avons fait connaître notre projet sur Babytwit qui a eu un certain écho puisque dans les jours qui ont suivi nous avions plusieurs dizaines de contributions notamment celles de la classe de Gilliane Simonin. Chaque matin, impossible de couper au rituel de l’installation du vidéo projecteur. Les élèves voulaient voir si nous avions des nouvelles recettes. A chaque fois, un peu la même hystérie, une joie et une excitation particulière de constater que d’autres avaient lu nos recettes et en avaient ajouté de nouvelles. Les élèves étaient très fiers, très heureux de voir leur projet repris, prolongé, enrichi par d’autres. C’était l’occasion également pour moi, d’amener mine de rien un peu de géographie vivante dans la classe : identifier le lieu où avait été postée la recette, chercher des images de paysages à étudier, positionner l’endroit dans une région, un pays, se documenter sur la langue, les coutumes…

De manière générale, quelles satisfactions tirez-vous de ces expériences pédagogiques ? quels conseils donneriez-vous à des collègues intéressés par de telles démarches de cartographie ?

Indéniablement, quand les enfants ont découvert que d’autres contributeurs pouvaient s’intéresser à leur quartier, c’est aussi la représentation de leur propre territoire qui a changé. Leurs tours, leurs squares, leur centre commercial étaient devenus dignes d’intérêt. Parmi mes petites satisfactions, il y a celle très nette d’une évolution positive chez tous les élèves d’une plus grande autonomie, une émulation et un engagement dans les apprentissages, une meilleure estime d’eux-mêmes aussi. Le plaisir d’apprendre revient régulièrement dans le discours que les enfants portent sur le projet. Ils plébiscitent également l’ouverture de la classe : la collaboration avec d’autres enfants, d’autres enseignants et des adultes extérieurs à l’école. Le numérique est un formidable vecteur de liens entre les personnes. C’est ce que je souhaitais faire découvrir aux enfants : publier, contribuer, partager, créer de l’information. Babytwit, OpenStreetMap, Umap sont des projets remarquables, chacun à leur mesure, essentiellement parce qu’ils permettent une culture du partage et du bien commun. Je ne peux qu’encourager tous ceux qui le souhaitent à les découvrir et surtout à ne pas hésiter à solliciter les communautés sur les réseaux sociaux, il y a toujours quelqu’un dans le coin pour répondre aux questions.

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

La carte de haïkus des CM1 et des 6èmes de Floirac

La carte des recettes du monde

Les cartes papier field papers

Tutoriel : Créer une carte personnalisée avec UMAP

Le site de Céline Souleille

Un dossier du Café sur la cartographie

 

Pour apprendre à lire une carte, les CM1 de Céline Souleille contribuent à une carte participative, sur OpenStreetMap. Relevés de terrain et création de cartes interactives rendent la géographie "plus concrète".

Pour apprendre à lire une carte, quoi de mieux que le terrain ? C’est en partant de cette idée que Céline Souleille, institutrice à l’école [REP] Pierre et Marie Curie de Floirac (Gironde), a mis en place en 2013 un projet visant à cartographier le quartier alentour.

Cartographier le quartier
Un projet de rénovation urbaine bouleverse alors le quotidien des écoliers. “Ils vivaient au rythme des chantiers, le quartier s’était transformé, ils avaient du mal à se repérer”, note l’enseignante qui décide “d’organiser un apprentissage” dans ce contexte.

La professeure opte pour l’utilisation d’OpenStreetMap (OSM), un service de cartographie libre, qui permet à tout internaute d’améliorer et de réutiliser une carte du monde.

Accompagnée par 2 animateurs de l’association Les Petits Débrouillards (qui organise des ateliers autour des sciences), elle entraîne ses CM1 dans les rues situées autour de l’école. Les élèves y réalisent des relevés de terrain, afin de mettre à jour la carte du quartier en informant sur l’existence d’un nouveau parking, par exemple.

Relevés de terrain et haïkus
Les CM1 notent leurs “relevés” sur des cartes papiers. Une fois en classe, ils ajoutent en ligne des “notes” sur la carte libre du quartier, qui seront analysées (pour validation) par un membre de la communauté OSM. “Ces notes renseignaient sur les endroits à modifier. En 24h, la carte du quartier a radicalement changé”, note l’enseignante.

A travers ces séances, “les enfants ont vite eu une idée intuitive de ce qu’était la contribution : j’ai une connaissance de mon quartier, une autre personne que je ne connais pas a une expertise au niveau de la cartographie, et on va se compléter, chacun apportant ses connaissances et compétences”, explique Céline Souleille.

En parallèle, les écoliers ont travaillé en collaboration avec les 6e du collège voisin sur un projet de “cartographie littéraire” : sur BabyTwit, micro-blog réservé au monde scolaire, les collégiens ont rédigé des haïkus à partir de photos prises par les CM1 lors de leurs relevés. “Cela a permis de créer une carte interactive, regroupant des contes sous la forme de texte ou de sons https://soundcloud.com/celinactuelle/01-la-cit-du-midi, ainsi que des photos”, explique l’enseignante.

« Tout était plus concret »
L’année dernière, Céline Souleille a mis en place un autre projet, qui consistait à nourrir une carte du monde de recettes de cuisines, tout en cartographiant, dans le quartier, les lieux ayant trait à l’alimentation (potagers, commerces, restaurants).

“Là aussi, les CM1 ont appris ce qu’était le travail collaboratif, au point que le projet leur a échappé et que leurs familles, des voisins du quartier et d’autres classes ont publié leurs propres recettes”, raconte l’institutrice.

A travers ces différents projets, les élèves “ont appris à lire une carte et à s’orienter d’une façon bien plus efficace qu’autrefois”, indique Céline Souleille. “Avant, je passais 2-3 séances à essayer, difficilement, de développer ces compétences, qui demandent une grande capacité d’abstraction”, se souvient-elle.

“Les élèves ont appris bien plus vite à situer un lieu, à légender une carte, ou à suivre un itinéraire”, remarque Céline Souleille. “Tout était plus concret, ils étaient davantage motivés : il y avait un objectif final, qui les a poussé à développer des compétences, sans lesquelles ils n’auraient pas avancé”, ajoute-t-elle.

Sortir de l’école
Pour Céline Souleille, de tels projets permettent de rendre les élèves davantage “acteurs”, mais aussi de favoriser une ouverture sur “la culture contributive d’Internet et le partage des savoirs”. Ainsi, “les enfants collaborent avec d’autres classes, mais aussi avec des adultes extérieurs à l’école, et découvrent que leurs compétences sont utiles à d’autres”.

La professeure des écoles constate que “pour certains élèves en difficulté, le travail sur le terrain est un moteur”. Ainsi, l’un d’entre eux “est passé, lors d’un relevé de terrain, d’un enfant effacé à celui qui prenait les choses en main”. En sortant de l’école, “les élèves comprennent que le savoir ne se limite pas à la salle de classe, mais peut aussi se construire dehors”, remarque Céline Souleille.

Cette année, l’enseignante compte bien retenter l’expérience, et pousser sa classe à cartographier les ressources locales : avec ses CE2 / CM1, elle participera bientôt à un dispositif de l’Académie de Gironde, baptisé “autour de mon école, il y a”, dont l’objectif est de faire présenter par les élèves leur quartier à d’autres écoles.

“Mes CE2 / CM1 ont pour projet d’écrire un polar, qui devrait prendre la forme d’une carte OSM interactive, avec des sons, des photos et du texte… et pour réaliser cette carte, il faudra bien sûr effectuer des relevés de terrain”, conclut-elle.

Extrait de vousnousils ;fr du 12.10.15 : Apprendre la géographie en CM1 en cartographiant son quartier

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