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Interview de Pierre Merle : "le label Education prioritaire favorise la ségrégation et les inégalités". La réponse du Quotidien des ZEP

1er décembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

[...] En bref, les filières professionnelles, au recrutement majoritairement populaire, se prolétarisent ; et les filières générales, notamment la filière scientifique, au recrutement aisé, s’embourgeoisent.

[...] Par ailleurs, les établissements de l’éducation prioritaire ont un recrutement de plus en plus populaire. Inversement, ils sont de moins en moins présents dans les établissements privés, dans lesquels les catégories aisées sont surreprésentées.

Dans les faits, le collège unique n’existe plus : il existe de plus en plus de collèges où sont scolarisés les enfants des élites et, de l’autre côté de l’échelle sociale, des collèges de plus en plus populaires. L’image de l’apartheid est juste : l’école française est marquée par des phénomènes ségrégatifs croissants, une sorte de retour au 19e siècle.

[...] La suppression des classes européennes en collège est pour cette raison une bonne politique. Pour favoriser la mixité sociale et scolaire, l’égalité et l’efficacité, il ne faut pas différencier les collèges. Pourquoi aussi préserver le label « éducation prioritaire » ? Aucun label n’est nécessaire pour favoriser les établissements du centre-ville richement dotés en options, pourquoi en faudrait-il pour ceux qui scolarisent principalement des enfants d’origine populaire ? Ce label favorise la ségrégation et les inégalités. [...]

Propos recueillis par Martine Fournier

Extrait de scienceshumaines.com du 05.11.15 : Un nouvel apartheid scolaire. Trois questions à Pierre Merle

 

Note du QZ : Pierre Merle a exprimé à maintes reprises sa critique du label éducation prioritaire, jugé par lui "stigmatisant". Et pourtant :

Ce n’est pas le label qui fait la réputation
Sans méconnaître tout-à-fait l’effet négatif possible de ce label, nous pensons que la "réputation" d’un collège repose beaucoup plus sur une perception - vraie ou fondée sur des a priori idéologiques ou des rumeurs - des résultats scolaires, du climat scolaire, du nombre d’élèves issus de l’immigration, de l’image du quartier... que sur son appartenance au dispositif d’éducation prioritaire, souvent même ignorée des parents.
En ce sens, la suppression du label, en supposant même qu’elle parvienne à la connaissance des parents, ne changerait sans doute pas grand chose à l’image de l’établissement.

Quand l’étiquette officielle a disparu, l’image est restée
Les écoles et collèges récemment sortis du dispositif ont-ils vu leur image modifiée ? Cela reste à prouver. Cette sortie du dispositif a pu tout aussi bien être interprétée défavorablement comme le fait que l’établissement verrait désormais ses moyens diminuer. Dans le label Education prioritaire, le mot "prioritaire" fait en effet référence à des avantages en terme de taille des classes, de financement d’actions scolaires ou périscolaires, avantages auxquels les parents sont aussi sensibles...

Outre que le mot "zone" - considéré comme particulièrement stigmatisant en référence à "la Zone" des "fortifs", de sinistre réputation - a été remplacé il y a quelques années par le mot "réseau", il n’existe plus de lycées ZEP depuis 10 ans et les rares et nouveaux "lycées ECLAIR" ont disparu cette année.
Mais on continue et on continuera encore longtemps dans la presse, l’opinion et les salles de professeurs à parler de ZEP ou d’établissements "ghettos", ou "difficiles" ou "sensibles" ou simplement "de banlieues", tant il est vrai que ce n’est pas le label officiel qui règle le langage courant et qu’un nouveau terme administratif (REP par exemple) endosse très vite les perceptions négatives d’une réalité sociale inchangée.

Faudrait-il supprimer aussi les labels de la politique de la Ville ?
Enfin, et ce n’est pas le moins important, il ne s’agit pas seulement d’une affaire d’image : la suppression éventuelle du label ZEP (ou REP ou REP+) devrait en toute logique être accompagnée de la suppression des labels de la politique de la Ville : les ZUS, devenus récemment les "quartiers prioritaires de la ville", avec tout ce que cela impliquerait en terme de crédits de l’Etat en matière de logement, santé, emploi... et bien sûr d’éducation.
Faut-il rappeler d’ailleurs que la carte de l’éducation prioritaire est maintenant en correspondance très étroite avec la carte de ces quartiers de la politique de la Ville, une cohérence des labels peu connue du grand public mais essentielle au moment où les PEDT se généralisent.

Une politique de répartition proportionnelle en complément de l’éducation prioritaire
Pour le long terme, l’OZP s’est prononcé depuis longtemps en faveur d’une politique de répartition des moyens proportionnelle aux difficultés sociales - maintenant reprise comme objectif par le Ministère. Mais cette politique redistributive devrait selon nous constituer un complément de l’éducation prioritaire et non un substitut, cette dernière continuant à s’appliquer au petit nombre de territoires si dégradés que l’Etat (principalement le ministère de l’Education) n’est plus en mesure d’y exercer sa mission de service public.
Le Quotidien des ZEP

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