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"Les politiques d’éducation prioritaire en question", sous la direction de Barbara Fouquet-Chauprade, Marion Dutrévis et Marc Demeuse, Revue Éducation Comparée n°13, février 2016

24 février 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

"Les politiques d’éducation prioritaire peuvent être extrêmement variées d’un pays à l’autre, voire au sein d’un même pays, comme c’est le cas en Suisse, en Belgique ou dans tout système non centralisé. Pour autant, les comparaisons ne sont pas impossibles et les politiques elles-mêmes peuvent se nourrir l’une de l’autre", soulignent les chercheurs Barbara Fouquet-Chauprade, Marion Dutrévis et Marc Demeuse, dans la Revue Éducation Comparée n° 13, consacrée à ce thème et publiée en février.

Comment ces politiques s’influencent-elles ? Les auteurs précisent : "Si la France du début des années 1980 s’est inspirée de la politique anglaise des années 1970, elle a, à son tour, influencé la politique belge francophone dans les années 1990 et plus tard, celle de l’Etat de Genève. Mais une politique ne s’applique jamais de façon totalement identique. Ainsi, la mise en place d’un réseau d’enseignement prioritaire à Genève s’est-elle efforcée de prendre acte des limites et effets pervers de la politique d’éducation prioritaire du système éducatif voisin, la France, pour en éviter les écueils. L’entrée dans le réseau, par exemple, s’y fait à la demande de l’équipe enseignante qui s’engage à son tour à y rester au minimum trois années".

France : "les logiques politiques et scientifiques ont été concurrentes"

L’un des articles de la revue dresse un bilan de la politique française, sous la plume du sociologue Pierre Merle, professeur à l’Éspé de Bretagne et à l’Université européenne de Bretagne. La refondation de la politique de l’éducation prioritaire ne doit pas constituer "une simple relance aussi vaine que les précédentes", avertit-il. Si l’éducation prioritaire consiste à apporter un "plus" à ceux qui ont moins, il faut tenter de mesurer l’effet de ce "plus" par rapport à des élèves comparables qui n’en ont pas bénéficié.

Quels sont les résultats des évaluations scientifiques ? "À l’aune des recherches disponibles les plus solides, la politique de l’éducation prioritaire n’a pas atteint son objectif principal de réduire les effets de conditions sociales défavorables aux apprentissages", résume Pierre Merle. Et de préciser : "Les diverses actions entreprises depuis 1982 n’ont pas globalement permis de combler le fossé entre les établissements relevant de l’éducation prioritaire et les autres. La probabilité est même forte pour que ce fossé se soit creusé notamment en raison de la croissance de la ségrégation scolaire." Et sur cette question, le chercheur relève que "les bilans scientifiques, globalement négatifs, sont édulcorés, travestis, (...) par la nécessité de légitimer l’action politique". "Les logiques politiques et scientifiques ont été concurrentes", affirme-t-il.

Une organisation scolaire qui "donne souvent moins à ceux qui ont moins"

Première faiblesse de la politique française : un financement "problématique", dont l’analyse est difficile, du fait de la diversité des moyens alloués. "Le fameux adage ’donner plus à ceux qui ont moins’ n’a un sens que s’il est possible de compter ce qui est précisément donné après avoir défini clairement ce qu’il faut compter. Pour l’instant, il est avéré que cette organisation scolaire donne souvent moins à ceux qui ont moins", écrit Pierre Merle. "Toutes ces raisons montrent que la question du financement est centrale : sans révolution comptable, pas de réformes possibles de l’éducation prioritaire", poursuit-il.

Autre dysfonctionnement : la multiplication des modalités d’action et de labels qui "ne présente pas seulement l’inconvénient majeur de rendre peu lisibles les modalités de financement de l’éducation prioritaire", mais est "aussi structurellement inadaptée". Ainsi, "il existe un décalage structurel et dynamique entre les catégories de l’action administrative et les établissements destinataires, si bien que certains établissements qui deviennent éligibles aux actions d’aide sont exclus et d’autres qui devraient sortir du dispositif y demeurent".

"Partir des spécificités scolaires et sociales des établissements"

Comment résoudre cette situation ? Le chercheur suggère une piste de solution : "Le double problème enchevêtré constitué par l’opacité du financement et la multiplication des modalités d’intervention impose une redéfinition des établissements de l’éducation prioritaire, non plus établie par rapport à des catégories administratives conçues en amont des établissements, style RRS, RAR ou ECLAIR, en additionnant des critères scolaires et extrascolaires définis par les ministères de l’Education nationale et de la Ville, mais en partant des spécificités scolaires et sociales centrales des établissements". Dans ce cadre, le pilotage de l’éducation prioritaire "pourrait se focaliser sur un nombre réduit d’indicateurs de financement, cohérents et globaux, pertinents pour l’ensemble des établissements qu’ils relèvent ou non de l’éducation prioritaire".

Ainsi, la refondation pourrait "transformer de façon conjointe la comptabilité de ce qui est alloué aux établissements, les moyens et modalités d’intervention et le public concerné en augmentant l’attractivité des établissements de l’éducation prioritaire et/ou en réduisant l’attractivité des établissements au recrutement aisé". Plus globalement, Pierre Merle se prononce en faveur des politiques dites "d’inclusion" préconisées par l’OCDE (favorisant la mixité sociale et académique des classes) : "En dehors de situations limitées, ces politiques, qui devraient être prioritaires, n’ont pas réellement été poursuivies en France sur les dix dernières années", remarque-t-il.

Revue Éducation Comparée n°13, "Les politiques d’éducation prioritaire en question", sous la direction de Barbara Fouquet-Chauprade, Marion Dutrévis et Marc Demeuse.

Extrait de touteduc.fr du 19.02.16 : Éducation prioritaire : la refondation ne doit pas être "une simple relance aussi vaine que les précédentes" (Pierre Merle, revue Éducation comparée)

 

Ce numéro 13, sous la direction des rédacteurs invités Barbara Fouquet-Chauprade, Marion Dutrévis et Marc Demeuse, questionne l’éducation prioritaire dans plusieurs aires géographiques : Argentine, Genève et canton de Vaud en Suisse,
France et Afrique du Sud.
Deux thématiques principales retiennent en outre l’attention : la question de la place des evidence-based policies (ou prise en compte des résultats de recherche dans le pilotage des systèmes éducatifs) d’une part et la question de la délabellisation (ou de l’effet du label) d’autre part.
Education comparée - Nouvelle série - N°12

Extrait de mediateam.fr : Les politiques d’éducation prioritaire

 

Note du QZ : Nous publierons le sommaire de ce numéro dès qu’il sera en ligne sur Internet

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