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La mixité sociale à Paris (suite) : - Nouveau communiqué du Snes-Paris - Entretien avec l’économiste Julien Grenet...

4 février 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Monsieur le Recteur,
Dans les collèges de l’expérimentation des secteurs multi-collèges, l’incertitude règne. Le CDEN s’est tenu avant le vote du Conseil de Paris sur la sectorisation des collèges et dans les établissements : les DHG des collèges concernés - bien que provisoires - ne présentent pas de différence notables par rapport à l’an passé, certaines affichant même des baisses.

L’expérimentation des secteurs multi-collèges à Paris se fait sur un périmètre limité à 6 établissements des secteurs les plus populaires de Paris. Les arrondissements les plus bourgeois sont écartés, alors que certains jouxtent des arrondissements avec des établissements fortement ségrégués. Comment ne pas entendre les équipes des collèges Marie Curie, Henri Bergson et Edouard Pailleron, des établissements qui restent très proches en terme de composition
sociologique, lorsqu’ils demandent qu’un établissement plus attractif fasse partie de l’expérimentation ? Nous n’avons
eu cesse de dénoncer l’absence de concertation en amont sur ce projet. A l’étude depuis plus d’un an, il s’est fait sans
concertation avec les principaux intéressés, ce qui a abouti à une situation de blocage et souvent de rejet de la part de la
communauté scolaire.

Frein majeur à la mixité dans les collèges, 40% des élèves des collèges parisiens sont scolarisés dans l’enseignement
privé. Ils étaient 33% en 2002. Cette explosion est en passe de faire passer l’académie de Paris devant celle de Nantes.

Les trois quarts des élèves de ces collèges sont issus de classes très favorisées et plus de 75 % vivent à Paris. Sans
contrainte financière, toute tentative d’amélioration de la mixité sociale sera inopérante.
Les études montrant que les parcours scolaires des élèves français sont fortement corrélés à l’origine sociale, ce qui est
encore plus saillant à Paris, nous pensons qu’il faut interroger les politiques éducatives menées depuis 20 ans, notamment l’assouplissement de la carte scolaire, les sous-financements en DHG des collèges publics mais aussi à Paris, l’absence de plan d’investissement dans les collèges publics.

Alors, quels leviers rendraient possible des expérimentations réussies ?
Les établissements privés qui reçoivent des financements publics doivent être soumis aux mêmes obligations de mixité que les établissements publics : nous revendiquons une contrainte financière forte qui agirait notamment sur le forfait d’externat.
Proposer des options attractives comme les bilangues, afin de conserver voire attirer les familles socialement favorisées
est une stratégie qui a déjà porté ses fruits, mais elle reste insuffisante, ces options concernent peu d’élèves et ne
permettent pas à elles seules de réduire les inégalités scolaires.

Une politique d’amélioration de la mixité dans les collèges ne doit pas se borner à une simple rencontre entre classes
sociales, cette conception, correspondrait à une représentation condescendante des différences de classes : ainsi on
espérerait qu’en fréquentant les enfants des classes supérieures, les classes populaires apprennent les bonnes pratiques et attitudes, et se conforment aux normes des classes dominantes. Le bilan de l’affectation affelnet à l’entrée en lycée à Paris, montre bien que, même lorsque les élèves des différentes classes sociales sont scolarisés ensemble, les résultats scolaires ne marquent pas d’amélioration significative et en particulier pour les élèves les plus éloignés de la culture scolaire.

Si nous voulons que les expérimentations aient un objectif social de lutte contre les inégalités, il faut donc agir sur les conditions d’apprentissage :
- engager une réduction drastique des effectifs par classe. Ce qui n’a malheureusement jamais été suffisamment fait, y
compris en éducation prioritaire, comme l’a révélé récemment un rapport du CNESCO. Il faut également comptabiliser
l’inclusion des élèves allophones - parfois non scolarisés antérieurement - qui au cours de leur scolarité seront tous à
terme inclus dans les classes ordinaires. Il faut aussi prendre en compte l’intégration, lorsqu’elle est possible, des élèves
en situation de handicap.
- multiplier les demi-groupes par semaine. Nous demandons la généralisation de groupes à effectifs réduits en français,
langues vivantes, mathématiques, sciences et technologie. Il est inacceptable qu’à ce jour, dans des collèges de
l’expérimentation, y compris en REP, les cours soient dispensés chaque semaine en classe entière, alors que les élèves
accumulent des difficultés en maîtrise de la langue ou en mathématiques.
Nous vous demandons donc d’abonder les Dotations Horaires Globalisées des collèges de l’expérimentation, pour que
chaque élève puisse bénéficier chaque semaine, de cours en demi-groupe : c’est une demande forte des équipes
mobilisées des collèges Hector Berlioz et Pierre et Marie Curie.

Il faut agir également sur l’accompagnement des équipes éducatives par le biais d’une formation continue de qualité
s’appuyant sur le concours de la recherche universitaire, mais également sur la mise à disposition de temps de concertation pour les échanges et le travail en commun au sein des équipes.
Nous pensons que dégrader les conditions de travail des collègues, c’est dégrader les conditions d’enseignement dans
les classes. Pour rappel, les secteurs de recrutement des élèves des collèges Janson de Sailly et Eugène Delacroix ont
fusionné à la rentrée 2015 à la demande de la mairie du 16e arrondissement appuyée en celà par la mairie de Paris. Ce
que nous dénoncions à l’époque s’est confirmé : une dégradation des conditions de travail avec une multiplication des
services sur deux établissements, des demandes de mutation massives, une situation de souffrance au travail réelle.

Nous continuons à nous opposer à la fusion des collèges de l’expérimentation, ce qui correspondrait, de fait, à la
création d’annexes et dégraderait considérablement l’organisation pédagogique et administrative des établissements.
Pour les collèges Hector Berlioz et Antoine Coysevox, la montée alternée correspond à une organisation complexe des
enseignements : la totalité des 6èmes sur le collège Antoine Coysevox, et les 3èmes à Hector Berlioz. Comment assurer
le suivi pédagogique entre la quatrième et la troisième ? Comment inclure les élèves d’ULIS, UPE2A dans les classes
ordinaires en particulier sur les niveaux sixièmes et troisièmes de l’année prochaine ?
Nous tenons à rappeler que la stabilisation des équipes est également un levier important pour la réussite des élèves. Or
la plupart des collèges de l’expérimentation subissent déjà un fort renouvellement des équipes chaque année. Au collège
Hector Berlioz par exemple, les conditions de travail étant tellement dégradées, c’est plus de la moitié de l’équipe qui
demande sa mutation chaque année.
Une politique de mixité sociale à l’Ecole est un facteur important de réduction des inégalités. Elle ne doit pas reposer
sur une simple refonte des secteurs de scolarisation des élèves mais doit s’engager avec ambition dans la lutte contre
l’échec scolaire, la volonté de contraindre le privé et tout cela passe par l’assurance de garanties de bonnes conditions
de travail aux équipes.
Veuillez croire, Monsieur le Recteur, à notre dévouement pour le service public d’éducation

Extrait de paris.snes.edu du 27.01.17 :
Communiqué

 

Trois secteurs de collège "élargis" sont expérimentés à la rentrée 2017 dans les 18e et 19e arrondissements. L’un d’eux fait polémique. Entretien avec l’économiste Julien Grenet.

[...] Les statistiques de répartition sociale devraient être publiées pour l’ensemble des collèges de Paris. Cette opacité est contre-productive. A telle enseigne que des élus du 13e arrondissement ont refusé de s’associer à l’expérimentation, en s’abritant derrière l’argument du manque de statistiques officielles pour fonder leur décision.

Cette absence de chiffres fiables fait le lit d’argumentaires fallacieux. Les parents de Coysevox estiment par exemple que leur collège est "déjà mixte" et "fragile sur le plan scolaire". En réalité, avec 11% d’élèves défavorisés en 2015-2016, ce collège fait partie des 20% de collèges publics parisiens qui comptent le moins d’enfants d’ouvriers, de chômeurs ou d’inactifs. Quant au taux de réussite au Brevet des collèges de Coysevox - 80% en 2015, soit le taux de réussite moyen parmi les collèges publics à Paris -, il n’a rien de surprenant lorsqu’on considère l’évolution de la sociologie de ce collège. [...]

Extrait de nouvelobs.com du 02.02.17 : Carte scolaire à Paris : "L’absence de chiffres fiables fait le lit d’arguments fallacieux"

 

Destiné à favoriser la mixité sociale, un projet de rapprochement entre deux collèges du même quartier, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, suscite la désapprobation d’une partie des parents, qui le jugent mal pensé. Mais pour ses défenseurs, la réticence du camp adverse est en réalité due à un refus de mélanger les enfants.

Extrait de mediapart.fr du 02.02.17 : Paris. L’union de deux collèges divise parents et enseignants

 

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