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Suivi du projet « Bals en liance » à l’école REP+ Amundsen de Reims (Entretien d’Animation & Education)

22 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Suivi de projet Acte 2
« Voilà, cette démarche est exactement ce que je cherche pour mes élèves »

Depuis le mois d’octobre, Christelle Ducroo-Counord guide avec enthousiasme et conviction ses élèves de CE2 de l’école élémentaire [REP+] Amundsen de Reims sur les nombreux chemins de l’action « Bals en liance ». C’est pourtant la première fois qu’elle se lance dans cette aventure artistique. D’où lui vient cette confiance ?

Animation & Education : Vous avez accepté de participer avec vos élèves de CE2 à l’action nationale de l’Office central de la coopération à l’école (OCCE) « Bals en Liance » (B-e-L). Quels objectifs pédagogiques vous êtes-vous fixés ?

Christelle Ducroo-Counord : Les objectifs de B-e-L s’inscrivent dans les domaines 1, 2 et 3 du socle commun. Le domaine 1 (« les langages pour penser et communiquer »), évidemment, puisque les élèves vont être amenés à comprendre, s’exprimer et communiquer en utilisant les langages des arts et du corps. Le domaine 2 (« les méthodes et les outils pour apprendre et comprendre ») est fortement investi, car nous allons coopérer à la réalisation d’un projet collectif et à sa transmission. En ce sens, ce projet danse contribuera à « la formation de la personne et du citoyen » (domaine 3) puisque les élèves vont se confronter à des préjugés, comme la relation garçons-filles, et devoir exprimer
leurs sentiments, sensations ou opinions. Des temps et des
espaces d’expression sont prévus pour leur permettre
d’exercer une distance critique sur leur pratique, leur ressenti,
leurs difficultés… Un travail sur le lexique sera mené pour enrichir leurs échanges.

A&E : Une formation à destination des adultes de la Marne
impliqués dans cette action est prévue. Qu’en attendez-
vous ?

C. D-C : J’attends des nouvelles pistes à explorer avec les
élèves. J’attends de l’artiste qu’elle nous fasse entrer en
danse, en création et qu’elle nous fasse vivre les situations
que nous allons faire vivre, ensuite, à nos élèves. Ainsi, nous
allons prendre conscience de notre ressenti, nos difficultés,
nos réussites afin d’adapter et moduler notre approche avec
nos élèves. Éprouver nous-mêmes les exercices est la meilleure
méthode pédagogique à mes yeux.

A&E : En attendant cette formation, avez-vous déjà défini
la façon dont vous allez procéder ?

C. D-C : J’ai eu la chance d’assister au bal final de la première
édition B-e-L dans la Marne en mai 2016 et d’observer
une ou deux étapes l’année suivante. Donc, même si c’est la
première fois que je me lance dans cette action, je ne suis
pas complètement néophyte. J’ai commencé le travail par
des projections de quelques extraits du film documentaire
Dancing in Jaffa(1). Comme mes collègues de CP et CE1 parties
prenantes du projet, je vais entreprendre avec les élèves
l’exploration de l’oeuvre culturelle Carmen, fil rouge de
cette action pour 2018-2019. Nous allons découvrir le thème
de l’histoire et la musique dans toute sa diversité grâce aux
différentes façons de l’interpréter (plutôt rock, plutôt classique,
avec différents types d’instruments, d’orchestration…).
Ces explorations seront rythmées par des moments de
discussion sur les grandes questions que soulève cet opéra :
la liberté, les rapports hommes-femmes, etc. En parallèle,
nous allons conduire un travail sur le corps : apprendre à se
mouvoir à travers l’espace, moduler ces déplacements, interpréter
une sensation… Ce travail ne se fera pas forcément sur
la musique de Carmen. Il y aura d’un côté exploration de
l’oeuvre, et de l’autre de son corps. Évidemment, au bout
d’un moment, ces deux activités vont se rencontrer grâce au
travail avec l’artiste chorégraphe Agnès Pancrassin qui interviendra
dans nos classes. En janvier, nous allons assister au
Manège, scène nationale de Reims, au spectacle de danse de
Christian Rizzo D’à côté. Ce sera une double découverte :
celle d’une oeuvre qui va nous nourrir et celle de l’environnement
dans lequel nous viendrons nous produire.

A&E : Pour une novice dans cette action, votre projet
semble déjà bien pensé et cadré et vous savez quels chemins
emprunter avec vos élèves. D’où vous vient cette
confiance ?

C.D-C. : Ce n’est pas la première fois que je me lance dans
un projet de l’OCCE ! Lorsque j’ai souhaité pratiquer le
théâtre avec mes élèves, j’ai tâtonné seule dans mon coin,
puis j’ai eu la chance de découvrir l’action nationale Théâ(2).
J’ai été immédiatement séduite et je me suis dit « voilà,
cette démarche, c’est exactement ce que je cherche pour
mes élèves ». Le parallèle est fort entre ces deux actions.
Les approches artistiques sont intéressantes pour elles-mêmes
(éprouver les arts du théâtre et de la danse) mais
sont aussi prétexte à l’apprentissage de la coopération. La
qualité première de ces deux projets, c’est qu’ils reposent
sur une démarche pédagogique bien particulière visant à
travailler la coopération, la solidarité, l’autonomie, la
confiance en soi et la responsabilité par la création artistique.
C’est une démarche qui aide l’enfant à s’exprimer et
à parler de lui, qui lui apprend à travailler en groupe, à
porter un regard bienveillant sur l’autre et à accepter les
différences. Dans ce climat, l’enfant est en confiance pour
essayer, explorer, créer. Et ce ne sont pas que des mots !
Ainsi, comme je vous le disais, j’ai commencé le projet en
consacrant trois séances, sur trois semaines, au visionnage
d’extraits du documentaire Dancing in Jaffa. Il raconte l’histoire
de Pierre Dulaine, originaire de Jaffa, qui, devenu
champion de danse de salon, revient dans sa ville natale
dans le but de faire danser ensemble des enfants juifs et
musulmans d’écoles primaires et d’organiser un concours de
danse. Je n’ai pas tout montré aux enfants, car il y a des
enjeux politiques qui les dépassent, mais je leur ai expliqué
la situation. Ils ont surtout vu les réticences des garçons à
danser avec les filles et réciproquement. Ces visionnages ont
évidemment été l’occasion d’échanges sur les relations
filles-garçons et les différences de culture. Les réactions ont
été diverses sur cette difficulté, en effet, à danser en couple
et sur l’amalgame entre « danser en couple » et « être en
couple ». J’ai notamment eu une élève qui m’a assurée ne
pas pouvoir danser avec un garçon car sa religion le lui interdit.
J’ai reprécisé notre projet en expliquant qu’il y aurait
sûrement des contacts, en effet, mais qu’il ne s’agissait pas
de danser en couples.

A&E : Vous pensez que cette élève va finalement accepter de danser avec des garçons ?

C.D-C. : Je ne sais pas, mais en tous cas, je l’y prépare. Elle m’a confié avoir visionné, avec ses parents, d’autres extraits du documentaire. Donc elle est interpelée ! Je la laisse réfléchir. Nous allons bien sûr en reparler en classe et, en même temps, continuer à travailler sur la musique de Carmen, pratiquer des exercices qui engagent le corps… Je suis assez confiante car son attitude n’est pas fermée. Elle annonce son opposition mais dans le même temps va voir plus loin, donc s’intéresse au projet. J’ai rencontré parfois la même difficulté dans le cadre du projet Théâ et, grâce à la démarche, nous l’avons dépassée.

A&E : La différence avec le théâtre, c’est que l’on joue un rôle. Ce n’est pas vraiment nous qui disons, touchons… mais le personnage. La danse n’induit-elle pas un engagement de soi plus intime ?

C.D-C. : L’une des originalités de l’action théâtre de l’OCCE, c’est que les mêmes rôles sont partagés. On ne demande pas aux élèves d’incarner chacun un personnage mais de le porter à plusieurs et de se mettre en scène ! Dans Théâ, les
enfants sont donc toujours eux-mêmes et je trouve que,
finalement, l’engagement du moi intime est aussi profond !
Lorsque survient un problème, on le pose, on en discute, on
cherche des solutions… Nous ferons de même avec celui qui se présente cette année et trouverons collectivement une
issue !

Interview Marie-France Rachédi

1. Film documentaire israélo-américain réalisé par Hilla Medalia
sur un scénario de Philip Shane et Hilla Medalia (2013).
2. Théâ est une action nationale d’éducation artistique, conçue et
mise en oeuvre par l’Office central de la coopération à l’école.
http://www.occe.coop/~thea/

Suivi de projet Acte 2 (2 pages)

 

Le projet pédagogique BALS EN LIANCE

Extrait de occe.coop : Le projet pédagogique BALS EN LIANCE 2018-2019 de l’OCCE

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