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30/09 - Hervé Hamon parle des profs de ZEP (Le Point)

4 octobre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Point » du 30.09.04 : Hervé Hamon parle des profs de ZEP

Interview - Hervé Hamon, écrivain  [1]

« Les pays étrangers sont sidérés par nos querelles. »

Le Point : D’un côté, notre système scolaire ne va pas si mal, comme en témoigne le pourcentage de bacheliers. De l’autre, écrivez-vous, il part en morceaux. Où voulez-vous en venir ?

Hervé Hamon : Le nombre de bacheliers a doublé en dix ans. Bien que tous les bacs ne se valent pas, on peut affirmer que le niveau moyen des connaissances a progressé. Il est vrai aussi qu’on assiste à la création de véritables zones de relégation. Avec cette circonstance aggravante que les laissés-pour-compte sont plus marginalisés que naguère. Bien sûr, l’école n’est pas seule responsable de cette situation. Elle est victime de la crise économique, de la montée du consumérisme scolaire chez les classes moyennes et supérieures, ainsi que d’une politique de la ville désastreuse. Mais elle ne fait pas assez pour corriger cela.

N’est-il pas paradoxal que l’école démocratisée soit plus injuste que le système d’antan, méritocratique ?

L’école d’antan n’était pas juste, même s’il y avait, dans les années 50, davantage de jeunes issus de milieux défavorisés dans les grandes écoles qu’aujourd’hui. Actuellement, seuls les initiés, enfants de cadres et d’enseignants, y accèdent parce qu’ils savent déjouer les ruses hypocrites du système. Résultat : les grandes écoles ratent des talents. La situation des filles le prouve. Elles sont meilleures élèves, mais leurs parcours scolaires sont moins diversifiés, moins brillants. Qu’on me comprenne bien : repérer les meilleurs élèves pour les emmener le plus loin possible me paraît tout à fait légitime. Simplement, je constate aujourd’hui que le tri s’opère amplement sur des critères sexistes, ethniques et sociaux.

Quelles solutions voyez-vous ?

Le problème crucial se pose au collège. Il est censé accueillir tous les élèves et leur offrir un enseignement « unique ». Or on constate que, par le jeu des options, des classes européennes, etc., les parents évitent la mixité pour que leurs enfants soient à l’abri dans des collèges où on cultive l’entre-soi. Il faut donc obliger le système à tolérer un peu de mixité sociale.

L’opinion semble moins convaincue...

Pourquoi l’école est-elle encore le théâtre de ces querelles dépassées entre parents et enseignants, enseignants et experts ?

Cela tient sans doute au fait que l’identité nationale s’est construite par l’école. Lorsque nous en débattons, notre identité est en jeu, d’où l’hystérie de certaines positions. Franchement, les pays étrangers sont sidérés par nos querelles. Ici, nous en sommes encore à nous demander s’il faut faire de la pédagogie ou transmettre des savoirs, comme s’il y avait lieu d’opposer le savant et le pédagogue ! En ZEP, certains jeunes profs l’ont immédiatement compris : un bon pédagogue n’est pas celui qui séduit son auditoire ou sait « tenir » sa classe. C’est celui qui transmet des connaissances en se souciant de savoir ce que les élèves ont effectivement et durablement compris.

Lois d’orientation, réformes des contenus, conseils et solutions, on a pourtant tout essayé...

Il faut en finir avec le saupoudrage des moyens et repérer les zones en grande difficulté, y investir massivement. Il faut réformer le métier d’enseignant, afin qu’il sorte de son isolement, travaille en équipe et apprenne à gérer l’hétérogénéité des élèves. Enfin, il faut qu’il soit encadré par des chefs d’établissement recrutés et évalués sur leur aptitude réelle et non, comme aujourd’hui, sur des critères académiques. Ce sont des réformes qui réclament un vrai courage. Or d’ici à 2011, 145 000 jeunes professeurs vont être recrutés. Une occasion rêvée

Propos recueillis par Marie-Sandrine Sgherri

Notes

[1Auteur de « Tant qu’il y aura des élèves » (Editions du Seuil)

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