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"La liberté pédagogique des enseignants est-elle nocive pour l’école ?", tribune dans le Monde de Philippe Champy, auteur de "Vers une nouvelle guerre scolaire " (La Découverte)

12 février Version imprimable de cet article Version imprimable

« La liberté pédagogique des enseignants est-elle nocive pour l’école ? »
Tribune
Philippe Champy
ancien éditeur scolaire, auteur de "Vers une nouvelle guerre scolaire" (La Découverte)

Philippe Champy, ancien éditeur scolaire et auteur de « Vers une nouvelle guerre scolaire » (La Découverte), rappelle l’histoire de cette très ancienne liberté des enseignants français, qui fait aujourd’hui face à un « procès » selon lui.

Dans l’école de la confiance que célèbre le ministre Jean-Michel Blanquer, la notion de liberté pédagogique devrait logiquement être portée au pinacle. Or ce n’est manifestement pas le cas, le ministre ayant laissé plusieurs fois entendre que la liberté de choix des méthodes et outils pédagogiques par les professeurs confinait à « l’anarchisme ». L’histoire de cette liberté pédagogique des professeurs est pourtant riche d’enseignements à l’heure des débats autour de la réforme de la formation des professeurs, du sens du métier ou de sa redéfinition, dans un contexte de tensions entre « la base » enseignante et la hiérarchie.

Instituée dans les années 1880 par Ferdinand Buisson, le directeur de l’enseignement primaire de Jules Ferry, cette notion fut au fondement de la relation hiérarchique qu’entendaient mettre en place les gouvernants républicains après les débuts chaotiques de la IIIe République. Cette nouvelle relation hiérarchique entre le sommet et la base du ministère en charge des écoles se voulait en rupture complète avec les pratiques de contrôle préalable de la Restauration ou de l’Empire, celles des monarchistes et des bonapartistes, dont la tendance était de suspecter les enseignants de « la communale », issus pour la plupart des classes populaires, d’être déloyaux. Ferry et Buisson accordaient ainsi aux institutrices et instituteurs une liberté inédite, assortie d’une claire responsabilité laïque et républicaine !
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Cette liberté revêtait trois aspects : liberté d’édition des manuels scolaires, souvent rédigés par des auteurs enseignants, cette liberté s’inscrivait dans le grand mouvement en faveur de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ; liberté de choix par les enseignants de leurs outils d’enseignement ; liberté de leur utilisation ou non en classe. Le contrôle hiérarchique ne devait intervenir qu’a posteriori pour éviter les éventuelles dérives de non-conformité aux programmes scolaires.

Fonctionnement collectif

Cette confiance dans la base enseignante reposait sur deux constats : tout d’abord, la formation que dispensaient les écoles normales aux institutrices et instituteurs durant plusieurs années était jugée robuste. Ensuite, les choix des enseignants devaient être le fruit de délibération collective organisée au niveau local pour s’assurer de l’adéquation entre les outils sélectionnés, les objectifs pédagogiques et les particularités des élèves. C’était le rôle de la hiérarchie de proximité d’organiser ce fonctionnement collectif qui devait assurer l’échange d’expériences entre pairs et une forme d’autoréflexion continue que Jules Ferry désigne explicitement comme un puissant levier de réforme du système éducatif.

Extrait de lemonde.fr du 11.02.20

 

Voir aussi Vers une nouvelle guerre scolaire. Quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale, par Philippe Champy, La Découverte, août 2019. Entretien du Café avec l’auteur et présentation par ToutEduc

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