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Etudier le temps en demandant à chaque élève de la classe de CP en REP d’apporter des photos de lui-même bébé (chronique de Vincent Papalion dans le Web pédagogique)

16 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Étudier le temps…
Le trombinoscope

Comme il faut travailler sur le temps qui passe irrémédiablement – je ne me rappelle plus l’intitulé exact, les instructions officielles m’oppressent – et que je suis sujet à la nostalgie de la matinée quand elle a fait place à l’après-midi, j’ai proposé un petit projet peu coûteux en temps mais bien marrant à mes petits CP : nous avons apporté des photos de nous bébé.

Il doit il y avoir plus « étayant » comme affichage, mais une vingtaine de trombines de bébés qui louchent dans la classe, c’est réjouissant. Bon pour le moral. Les élèves et les parents ont joué le jeu. C’est déconcertant parfois, les parents d’élèves. Récolter deux euros pour le théâtre, signer un document, honorer un rendez-vous, ce n’est manifestement pas évident pour tout le monde. En revanche, radiner la photo du petit quand il était encore plus petit n’a pas posé de difficulté. Je soupçonne certains élèves d’avoir extrait la photo de l’album au nez et à la barbe de leurs parents. M’est égal : j’ai eu les photos.

Enfin presque toutes. Celles coincées dans le téléphone portable, je ne les ai pas eues. Je dois avoir aussi un ou deux parents qui n’ont jamais pris leur enfant en photo.

… en prenant du bon temps

J’ai pris le parti de prendre du bon temps avec les élèves, ce n’est pas inscrit dans les instructions officielles, c’est officieux, ça devrait pourtant être écrit en très gros en préambule, plutôt que réformer au bulldozer on devrait imposer aux enseignants de s’amuser un peu avec les gamins. Nous, on a bien ri. Ce n’est pas facile tous les jours, ce n’est pas le cas à longueur de journée, on crie, on jure, on blasphème, on n’est pas toujours au top de la vigilance, on préfère parfois ne pas savoir, mais moi si je n’ai pas un peu de bon temps je démissionne, alors je m’octroie des créneaux « bon temps ».

J’ai demandé à mon père de m’envoyer une photo de moi bébé. Je ne m’y suis pas trouvé très beau mais ça les a impressionnés que le maître ait été un bébé. En couleur en plus. J’ai accroché aussi une photo de John quand il était bébé. John, c’est notre mascotte australienne, un petit koala en fibre polyester. Je soupçonne un ou deux de mes élèves de douter qu’il s’agisse d’une marionnette. J’entretiens ce doute avec la photo du bébé koala. Nous sommes de grands bébés.

Ils ont chacun disposé sur leur photo une petite étiquette à soulever à l’envers de laquelle ils ont écrit leur prénom. Même John. Ainsi nous avons joué à deviner qui pouvait bien être qui. Les élèves des autres classes passent à la récréation pour jouer à soulever les étiquettes. C’est assez facile car ce sont tous encore des bébés, mes élèves. Les reconnaître est assez aisé.

Mes anciens m’ont reproché de ne pas leur avoir proposé cet affichage lorsqu’ils étaient au CP avec moi. J’en ai un qui m’a apporté une photo de lui bébé. Il est au CM1 à présent. Avec regret, je lui ai expliqué que je n’afficherai pas sa photo.

« Que veux-tu, lui ai-je dit, le temps passe irrémédiablement. »

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Vincent Papalion, professeur des écoles en ZEP qu’on appelle à présent REP et qu’on appellera HELP, un jour. Pas de recette miracle sinon l’opiniâtreté et le sens de la dérision. Et l’amour du métier, bien entendu. Allez les enfants, au travail !

Extrait de lewebpedagogique.com du 16.04.19

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