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Etablissements des savoirs fondamentaux : - Une évolution du ministre ? (le Café) - Une réflexion de Jean-Paul Delahaye sur Mediapart

21 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

EPSF : Blanquer cède ?

La forte mobilisation des enseignants du premier degré dans le mouvement du 19 mars a-t-elle déjà porté ses fruits ? Dans une vidéo postée sur Facebook, le ministre de l’éducation nationale semble revenir sur la mise en place des établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) et le maintien des directeurs d’école. Des points qui irritent fortement les professeurs des écoles. Le ministre semble amorcer un pas en arrière. Mais il a aussi tenu des propos différents à l’Assemblée le même jour. Et les enseignants ont-ils encore confiance dans ses déclarations ?

L’avis des conseils d’école demandé pour ouvrir un EPSF ?

"J’ai tenu à donner aux communautés éducatives une liberté nouvelle", explique JM Blanquer dans une intervention vidéo sur Facebook. Le regroupement des écoles et d’un collège dans un établissement public des savoirs fondamentaux (EPSF) ne sera "pas obligatoire... Les communautés de manière consensuelle peuvent choisir", dit-il.

JM Blanquer semble donner une garantie nouvelle : "la création (des EPSF) doit résulter de la demande de la communauté éducative et aussi de la communauté scolaire. On pourra faire évoluer le texte sur ce point". Le texte de la loi adoptée par l’Assemblée prévoit que la création de l’EPSF soit décidée par le préfet sur demande du département et des communes après avis du représentant de l’éducation nationale. En parlant de "communauté scolaire" le ministre semble dire qu’il faudra aussi l’avis des conseils d’école. Il faudrait dans ce cas modifier la loi. Mais le ministre n’a pas employé la formule "conseil d’école" ou "conseil d’administration du collège", ce qui aurait levé toute ambiguïté.

Extrait de cafépedagogique.net du 19.03.19 : EPSF : Blanquer cède ?

 

Une réflexion sur les futurs établissements publics locaux des savoirs fondamentaux
18 MARS 2019 PAR DELAHAYE JP BLOG : LE BLOG DE DELAHAYE JP

L’amendement inséré dans le projet de loi pour une « école de la confiance » pose une question importante pour l’avenir de la démocratisation de la réussite scolaire. S’agit-il de concevoir un cursus scolaire mieux articulé en faisant mieux travailler ensemble les écoles et les collèges dans une école du socle pour tous préparant, pour tous, des formations ultérieures d’égale dignité ?

[...] Jean-Paul Delahaye

[…] Mais la création des établissements publics des savoirs fondamentaux peut aussi répondre à d’autres objectifs que celui visant une meilleure articulation pédagogique entre l’école et le collège. Un objectif de réduction des coûts en premier lieu. Le ministre s’en est défendu et nous en prenons acte. Mais, en février dernier, lors du débat parlementaire, on a plus parlé d’administration et d’économies de postes que de meilleure réussite des élèves, ce qui n’est pas bon signe. Ce qui n’est pas bon signe non plus c’est, en l’état du texte qui va être prochainement discuté au Sénat, l’absence de référence au socle commun, repère indispensable pour que tous les élèves puissent partager un commun de connaissances, de compétences et de culture comme son nom l’indique. Pourquoi cette absence ? Y aurait-il en perspective, un autre objectif : la mise à disposition d’une « boîte à outils » permettant de créer des lieux de scolarisation obligatoire dont l’ambition ultime serait les « savoirs fondamentaux » et d’autres qui viseraient plus haut avec un « socle commun de connaissances et de culture » qui, jusqu’à preuve du contraire est toujours l’objectif fixé par la nation à la scolarité obligatoire pour tous les élèves et pas seulement pour une partie d’entre eux ? Là encore, le ministre s’en est défendu et, là encore, nous en prenons acte. Mais cela ne lève pas complètement nos inquiétudes. Le ministre sait probablement que ceux qui n’ont jamais accepté l’idée même d’un collège unique pourraient utiliser un jour cet amendement avec d’autres intentions.

Et ce n’est pas une vue de l’esprit car, en 2012, le think tank libéral Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) avait avancé une proposition pour l’élection présidentielle[1] : « Ecole : la révolution de la responsabilité : créer des ‘’écoles fondamentales’’ pour les élèves en difficulté et doubler le salaire de leurs professeurs ». Partant du postulat que les enseignants « s’épuisent à faire assimiler le programme scolaire à leurs élèves et avec un résultat vain, pour un trop grand nombre d’entre eux », il faudrait en conséquence « prendre acte des transformations de la société française. De nouvelles formes d’hétérogénéité sociale rendent désormais impossible la distribution d’un même savoir à tous, au même moment de la vie et selon les mêmes méthodes ». Le think tank a trouvé la solution au problème qu’il n’hésite pas à qualifier, et cela résonne curieusement en 2019, de politique éducative « fondée sur la liberté et la confiance ». En n’hésitant pas à récupérer le vocabulaire progressiste des combattants de la démocratisation scolaire des années 1970, Fondapol propose que « dans les zones identifiées comme devant faire l’objet d’une action spécifique, de nouveaux établissements d’enseignement secondaire doivent voir le jour sous le nom d’écoles fondamentales ». Dans ces établissements nouveaux, qui délesteraient ainsi les autres collèges de leurs élèves les plus en difficulté, les enseignants seraient payés double, mais « l’impact budgétaire sera neutre grâce à l’augmentation du nombre d’heures de présence devant les élèves des enseignants et à la reconversion des heures d’enseignement correspondant aux disciplines supprimées ».
Les partisans d’une scolarité obligatoire différenciée en objectifs de connaissances et de compétences selon les niveaux et origines sociales des élèves pourraient donc trouver un jour dans le code de l’éducation, grâce à ces « établissements publics locaux des savoirs fondamentaux », un support juridique leur permettant de mener leur funeste projet à exécution. Car, pour reprendre une vieille formule d’un débat ressassé depuis la fin du 19e siècle, il existe encore de nos jours des adeptes du « péril démocratique » dans le domaine scolaire qui pensent que certains élèves n’ont rien à faire au collège, qui sont des défenseurs du redoublement et de l’examen d’entrée en sixième, ou qui prônent des solutions comme le préapprentissage, évidemment pour les enfants des autres, pas pour leurs enfants. Ce qui pourrait conduire à un cas de figure où les inégalités seraient assumées et la séparation des élèves organisée.

Extrait de blogs.mediapart.fr du 19.03.19 : Une réflexion sur les futurs établissements publics locaux des savoirs fondamentaux

 

Sur le site OZP,
voir le mot-clé Ex-responsable MEN, dont Marc Bablet (Position)/

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