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Séminaire OZP 2018 (9 février 2019) sur l’évaluation : L’éducation prioritaire en Corée, par Mme Yon-Ran Lee, Université de SoonChunHyang (Corée du Sud)

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Séminaire OZP 2018 : Pour une évaluation de l’éducation prioritaire
Paris, 9 février 2019

Résumé de l’intervention de Young-Ran Lee : La politique d’éducation prioritaire en Corée (résumé OZP)

La Corée (du sud) considère la politique d’éducation prioritaire conduite en France comme un modèle et s’en est inspirée. C’est la relance de 2006 qui a servi de référence. Puis, après la Refondation de 2013, Y-R Lee a été missionnée en France pour venir s’informer des réflexions et observer les réorientations. Elle a rencontré des chercheurs, des inspecteurs, et est allée sur le terrain dans des collèges.

Situation de la Corée
C’est l’un des plus pauvres de la planète dans les années 60, à la suite de la guerre de Corée, un pays dépourvu de ressources propres, comparable au Cameroun ou à la Côte d’ivoire. Aujourd’hui, son niveau économique dépasse le niveau de l’Italie. « Ce que la France a accompli en trois cent ans, nous l’avons accompli en trente ans. »

Cette augmentation des richesses a eu des conséquences sur le système éducatif : la progression s’est faite au détriment de l’égalité des chances, et a conduit à l’exacerbation des inégalités. C’est la pire situation de la région asiatique. « La population née pauvre reste pauvre. »

Le système scolaire est ultra compétitif, dès l’entrée dans « le meilleur jardin d’enfants possible ». Le marché des cours particuliers est florissant, comme celui de l’enseignement privé. 90% des écoles maternelles sont en contrat privé, la scolarité est de 4000€ par an (800€ pour le jardin d’enfants). Il n’y a pas eu d’aide publique jusqu’en 1980 : la Corée est le paradis des assurances privées (santé, éducation, retraite).

A la fin des années 90, une première politique publique apparaît en faveur du bien être scolaire pour les handicapés. En 1999 débute un système de retraite, qui est étendu à tous les coréens en 2006. En 2005 apparaît le développement des cours particuliers pour tous.

Mise en œuvre d’une politique sociale et éducative
La politique sociale a été lancée il n’y a que 15 ans, dans un timing fulgurant.

Le concept d’égalité des chances républicaine, à la française, devient un modèle pour la Corée. Les deux pays ont un système centralisé, dans les deux le quart de la population vit dans de très grandes métropoles avec une forte disparité entre les zones d’habitation. Comme en France, « certains quartiers sont dotés de moyens éducatifs supplémentaires, là où il y a le plus de besoins, avec une nouvelle pédagogie et un partenariat avec le local ». La politique est définie par quatre axes :
- construction de réseaux scolaires
- collaboration école / partenaires (mairie, contrat de ville, associations)
- administration transversale (politique de la ville)
- amélioration de l’environnement éducatif autour des enfants.

En 2003, cette politique est mise en œuvre dans huit quartiers à Séoul et dans une deuxième ville. En 2006, elle est appliquée au niveau national. En 2012, la responsabilité en est transférée au niveau des 17 académiques. On a constaté la perte de dynamique dans les zones rurales, ce qui a entraîné la suppression d’une politique attribuée à des quartiers pour viser désormais des établissements et des élèves. Pour être dans cette politique, l’établissement doit avoir au moins 45% d’élèves scolarisés répondant à des critères de type CSP). 7 établissements ont été inscrits dans cette politique, puis 84 en 2018 (7% pour le primaire jusqu’à 20% pour le niveau lycée). Le budget annuel accordé par établissement est de 80000€.

Les points forts sont la santé, la culture, l’orientation. Il n’y a pas tout à fait l’équivalent de l’assistante sociale ni de l’éducateur, mais un « responsable du bien être scolaire ». Cette politique a été pensée sans lien particulier avec les programmes d’enseignement. On agit autour de l’élève, avec des moyens supplémentaires, sans entrer dans la pédagogie.

Comparaison des deux systèmes : qu’est-ce que la Corée pourrait apprendre de la France et inversement ?
- A quoi sert l’école ? Donner les meilleures chances aux élèves pour réussir au mieux leur vie. La réflexion est lancée en Corée.
- Réflexion commune sur le système de réseaux, la continuité pédagogique, une didactique transversale ; mais les difficultés d’une telle collaboration sont réelles, surtout entre primaire et collège. Réflexion à poursuivre.
- Pilotage : trois niveaux en France (national, académique, local). Le comité de pilotage du réseau, le Conseil école collège, le PRE, tout cela intéresse la Corée.
- Ce qui surprend la Corée dans le système français, c’est l’absence d’évaluation régulière. En Corée, l’évaluation intervient après six mois d’enseignement, donc deux fois par an, et chaque année. Pour l’observateur coréen, on peut dire qu’il y a une obsession d’évaluation en Corée et une absence totale d’évaluation en France, d’où une accumulation de dispositifs depuis trente ans en France. Dans cette situation particulière, l’évaluation pourrait être assimilée à un contrôle en France, parce qu’elle est rare, voire inexistante, donc potentiellement redoutée quand elle a lieu. Une évaluation régulière (même si elle intervient moins souvent qu’en Corée) permet de bien la vivre.

Discussion nourrie et chaleureuse avec la salle, très intéressée par la mise en regard des deux systèmes coréen et français.

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