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Monde rural et éducation prioritaire : un rapport du Sénat (ToutEduc)

24 octobre 2019 Version imprimable de cet article Version imprimable

Monde rural et éducation prioritaire : un rapport du Sénat

"Le maintien d’une offre scolaire de proximité, partout sur le territoire, est au fondement de notre contrat social. Ce choix politique doit primer sur les considérations gestionnaires et budgétaires (...). Il conviendrait d’affirmer la proximité comme un principe fondamental d’organisation du service public de l’éducation", considère la mission sénatoriale d’information sur "les nouveaux territoires de l’éducation". Le rapport de Laurent Lafon (UC) et Jean-Yves Roux (RDSE) a été adopté à l’unanimité par la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication.

Il porte à la fois sur la ruralité et sur l’éducation prioritaire, ce qui correspond d’ailleurs à l’orientation ministérielle puisque la DGESCO a créé "au 1er juillet de cette année un bureau d’éducation prioritaire et des territoires", et ses auteurs évoquent "des points communs entre des territoires ruraux et des zones en éducation prioritaire" dans une académie comme celle de Reims : "des caractéristiques sociales similaires, mais aussi un isolement et un éloignement se traduisant par un accès réduit au sport et à la culture, une plus faible mobilité et une ambition scolaire réduite, par exemple."

Une politique "par défaut"

C’est toutefois sur la question rurale que le rapport est le plus disert dans la mesure où il s’efforce de pallier les défauts du système d’information de l’Education nationale. "La donnée ruralité ne fait pas l’objet d’études statistiques particulières." En l’absence "d’une stratégie éducative dédiée", "la ruralité fait l’objet d’une politique scolaire par défaut". Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission, va plus loin, elle parle, lors de la présentation du rapport à la presse, hier 16 octobre, d’un "divorce croissant avec le monde rural", d’un "malentendu profond" entre les élus et les responsables de l’Education nationale, non pas les directeurs d’école avec lesquels "ça se passe très bien", mais avec les DASEN (inspecteurs d’académie), ou avec d’autres représentants de l’Etat, comme la préfète qui lui dit qu’il y a trop de petites écoles dans son département, la Seine-maritime, ce qui en explique les mauvais résultats (on sait au contraire que les classes à plusieurs niveaux ont de bons résultats, voir ToutEduc ici). Le ministre avait annoncé que les territoires ruraux bénéficieraient "en priorité du plan mercredi", mais "l’Ile-de-France concentre un tiers des places offertes" et les communes signataires sont "de taille supérieure à la moyenne nationale". Les annonces d’Emmanuel Macron sur la limitation du nombre d’élèves par classe, qui ne pourra intervenir qu’en 2021 et qui ne valent que pour la durée de la mandature, n’ont pas non plus convaincu. Il s’agit, au contraire, de "changer de méthode", d’être "dans l’anticipation", alors que, sur certains territoires, une déprise démographique est attendue.

Les rapporteurs n’oublient pas pour autant l’éducation prioritaire et considèrent qu’il est "urgent d’en revoir en profondeur la politique", ne serait-ce que parce que "70 % des élèves socialement défavorisés ne sont pas scolarisés" en REP ou REP+. Ils estiment qu’il est "nécessaire de conserver les REP+ qui répondent aux besoins de territoires particulièrement défavorisés", mais pour les autres, ils préconisent "une politique progressive et actualisable", "définie au niveau académique et départemental, en concertation avec les élus locaux".

Propositions

Ils font au total 15 propositions, notamment "créer un observatoire de la scolarité en milieu rural", "utiliser un indice d’éloignement géographique pour une allocation plus juste des moyens", "inscrire les établissements ruraux dans une logique d’animation et de développement du territoire" (comme le font déjà les lycées agricoles, ndlr), "développer le recours aux ’contrats de mission’ pour l’affectation d’enseignants" (qui pourraient s’engager à rester trois ou cinq ans, et obtiendraient des garanties pour leur affectation future), "tenir compte des spécificités de l’enseignement en milieu rural et en réseau d’éducation prioritaire dans la formation initiale des enseignants", "instaurer un mécanisme avec les établissements privés sous contrat s’engageant dans une politique de développement de la mixité sociale et scolaire", "inscrire les conventions ruralités dans une perspective plus large intégrant aménagement du territoire, périscolaire et extrascolaire".

Le rapport sera publié sur le site du Sénat (ici).

Extrait de touteduc.fr du

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