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Cités éducatives. Le compte rendu OZP de la Rencontre du 16 octobre 2019

25 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

— -LES RENCONTRES DE L’OZP-------
n°139, octobre 2019

Compte rendu de la 160ème rencontre du 16 octobre 2019

 

Les cités éducatives
Les cités éducatives, une nouvelle chance ? A quelles conditions ? Ce sont les questions de l’OZP a posées lors d’une Rencontre avec Vincent LENA. L’idée de structurer les « écosystèmes éducatifs » est bonne, à condition que l’action de l’Etat soit pérenne et que l’Education Prioritaire puisse en être un levier, conditions qui ne sont pas réunies aujourd’hui.

Le 16 octobre 2019, la Rencontre de l’OZP accueillait Vincent LENA, coordonnateur national des Cités Educatives, pour débattre de ce nouveau dispositif qui s’inscrit dans la longue histoire de la coopération entre l’éducation prioritaire et la politique de la Ville. En avril, déjà, une première Rencontre sur ce thème avait accueilli Loïc BOURDIN, principal de collège et coordinateur du "grand projet éducatif" de Grigny (Essonne). Vincent LENA avait été chargé de mission à Grigny pour mener pendant deux ans une expérimentation.

Marc DOUAIRE, président de l’OZP, ouvre la réunion en retraçant l’histoire des relations entre éducation prioritaire et politique de la Ville et pose la question : Les Cités éducatives, une nouvelle chance ? Oui, à condition que pour une fois, il y ait pérennité de l’action de l’Etat et clarification des responsabilités des différents acteurs. Or, aujourd’hui, l’éducation prioritaire est en jachère.

Vincent LENA :
80 territoires pilotes ont été choisis pour expérimenter les Cités, nouveau dispositif de la politique de la Ville. Car c’est un dispositif de la politique de la Ville qui place l’éducation au centre, mais pas une réforme de l’Education Nationale ou de l’Education Prioritaire. Un dispositif qui vient de loin, mais cette fois, la politique de la Ville part avec l’Education Nationale à tous les étages, du niveau national à la cité.
Ce sont 80 très grands quartiers ayant souvent 30 ou 40 000 habitants et regroupant 2 ou 3 REP renforcés et où des programmes lourds de Rénovation urbaine sont en cours.

L’éducation est le cœur du dispositif.
D’abord parce que c’est la première demande des habitants des cités, ils comptent tous sur l’Ecole. Ensuite, parce que l’Education est la solution. Il faut en faire un objet de mobilisation du corps social, des administrations, des entreprises. Toutes les difficultés des cités ne se résument pas à la difficulté scolaire, mais l’école peut être un levier pour tous les problèmes de la cité : la santé, l’alimentation, les trafics…
Le projet peut fédérer toutes les actions publiques déjà menées. Il s’agit de restructurer l’écosystème éducatif des Cités et, au-delà, restructurer à l’échelon local toutes les actions locales, les mettre en cohérence. Et cela est d’autant plus nécessaire qu’il y a eu, sur beaucoup de ces territoires, faillite collective dans tous les domaines et que la République y est à la dérive.
De son côté, l’Education Nationale admet qu’elle peut s’appuyer sur d’autres acteurs pour la réussite scolaire des élèves.

Mettre en débat dans la société l’action éducative, même si cela fait mal Comprendre collectivement pourquoi un quart seulement des élèves des 3 collèges de Grigny obtenaient leur bac, alors qu’à La Courneuve ou Clichy-sous-Bois une bonne moitié y parvenait, ce fut un choc et un défi pour tous les enseignants. De plus, une forte proportion des élèves entrant au lycée Corot de Savigny-sur-Orge abandonnait au cours de la classe de seconde. Une coopération a donc été initiée avec l’aide de la mission : des professeurs du lycée venaient au collège, des professeurs des collèges suivaient leurs élèves au lycée et la proportion des abandons a chuté massivement.

Les Cités élaboreront un plan d’actions sur 3 ans. Le financement des actions est assuré sur cette période. Une enveloppe de 100 millions d’Euros a été réservée.
Vincent Léna cite le proverbe africain : « il faut tout un village pour faire grandir un enfant ». La coopération de tous les acteurs sera nécessaire. Certes, il s’agit d’un programme de l’Etat, mais c’est d’abord un programme territorial et partenarial. Le programme sera ce que les acteurs en feront. Ce n’est pas un programme supplémentaire mais une fédération des programmes existants et leur enrichissement.
Les pistes d’action sont nombreuses et diverses selon les Cités. Ce peut être le climat scolaire et les conduites à risque, le développement des professionalités émergentes (ingénierie éducative, ingénierie sociale), la petite enfance : un programme cohérent pour les enfants de 0 à six ans, les crèches, mais l’essentiel est de tout repenser "à hauteur d’enfant".

Il cite l’exemple du levier sportif à Grigny : seulement 8% des garçons et 3% des filles des collèges avaient une activité sportive. Très peu savent nager. L’objectif de la mobilisation est d’arriver en 3 ans à 30% de pratiquants dont la moitié de filles et que la majorité ait appris à nager.

L’éducation au centre d’un projet de société à construire.
Tout cela débouchera sur un programme national avec un référentiel d’évaluation et un accompagnement des acteurs locaux dans la construction de leur dispositif collectif d’évaluation.
Les programmes des 80 cités devraient se focaliser sur au moins 2 points durs :
- la place des parents dans la Cité. Que, dès la petite enfance, ils prennent toute leur place. Ce qui demande d’inventer de nouvelles formes de dialogue.
- l’appropriation par les enseignants du projet de cité éducative. Vincent Lena se souvient d’une grève dans les 3 collèges de Grigny à l’automne 2017. Personne ne les avait mis dans le coup du projet qui démarrait. L’engagement des enseignants, qui dans les cités, relèvent tous de l’éducation prioritaire, sera la clef de la réussite.

Le débat a été centré sur 3 thèmes :

- 1) L’opposition entre le caractère horizontal des projets, nécessaire pour susciter l’engagement des acteurs, et le caractère hiérarchique et vertical de l’action gouvernementale. Pour V. Léna, la conception de projets dans l’urgence rend inévitable une part de verticalité et d’autoritarisme.
Plusieurs intervenants se plaignent d’avoir dû travailler à marches forcées. Vincent Lena conteste ce dernier point : l’urgence, c’est de commencer ; si rien n’a démarré avant la fin de l’année, il ne se passera plus rien. Par ailleurs, l’aventure ne se terminera pas avec les premières initiatives. On ne part pas de rien. Il s’agit de lancer des passerelles entre toutes les actions existantes. Des municipalités comme Grigny ou Gennevilliers consacrent déjà 40% de leur budget à l’enfance et à l’éducation. Il faut d’abord organiser la convergence ; ensuite, on pourra toujours enrichir les projets.
Un conseiller pédagogique précise que, selon lui, c’est le rôle de la verticalité d’organiser l’horizontalité.

- 2) Des intervenants rappellent que les territoires des Cités concentrent tous les maux de notre société : les discriminations, les conduites à risque, le chômage... et, couronnant le tout, un profond sentiment d’abandon. Il faut d’abord réconcilier ces populations avec le pays ou avec la France. Il faut réintroduire tous les services publics, l’éducation ne peut réussir à tout porter.
V. Léna : Oui, mais c’est une bonne porte d’entrée. La cité est un lieu qui enferme mais aussi qui protège. Le projet peut aider à en sortir mais aussi à mobiliser des forces extérieures au quartier. Et n’oublions pas que ces cités sont des sas, des lieux de passage et qu’elles remplissent une fonction essentielle d’accueil des populations fragiles.

- 3) Comment les REP pourraient-ils s’engager efficacement si l’éducation prioritaire reste en jachère, comme c’est le cas actuellement ?
Marc Douaire décrit la verticalité à l’œuvre dans l’éducation nationale : elle crée des fonctions spécifiques puis s’en désintéresse ou utilise la ressource pour d’autres objectifs. Ainsi les formateurs REP+ qui vont être affectés à la réforme des collèges, ou les maîtres+ (Plus de maîtres que de classes) qui sont supprimés pour renforcer les dédoublements de CP, alors que de l’engagement des professeurs des écoles dans ce dispositif favorisait le travail collectif.

On se sépare sur ce point qui fait l’unanimité dans la salle.

Compte rendu rédigé par François-Régis Guillaume

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