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L’Unesco, dans un guide, prône le développement par les politiques nationales des "Ressources éducatives libres" (REL), qui permettent notamment à faible coût la création, la diffusion ou la traductions d’histoires écrites sous licence libre (ToutEduc)

19 août Version imprimable de cet article Version imprimable

L’UNESCO publie un guide pour élaborer une politique sur les ressources éducatives libres afin de favoriser l’accès à une éducation de qualité et augmenter la diffusion des ressources éducatives
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L’UNESCO a publié, le 10 août 2020, un guide à destination des responsables politiques mais aussi de la communauté éducative pour encourager l’élaboration de politiques nationales sur les ressources éducatives libres (REL). L’ouvrage de plus de 100 pages, intitulé "Lignes directrices pour l’élaboration des politiques sur les ressources éducatives libres", aborde l’ensemble de la démarche à suivre, de la conception à la mise en œuvre, et s’appuie également sur des illustrations concrètes de projets menés dans différents pays. Fruit d’un travail mené par l’UNESCO et le Commonwealth of Learning (COL), il vise à promouvoir les politiques nationales sur les REL car elles présentent plusieurs intérêts, notamment tendre vers une éducation plus inclusive, entre autres parce qu’elles permettent de réduire les coûts des utilisateurs, et permettre d’augmenter la diffusion de ressources éducatives de qualité. La publication a été motivée au vu des remontées issues du Rapport mondial 2017 sur les REL : si 56 pays se disaient assez favorables aux politiques sur les REL et 61 autres déclaraient qu’ils envisageaient d’adopter une telle politique, ils n’avaient pour autant pas engagé de processus à cet effet et dans 70 % des cas les parties prenantes indiquaient que l’absence de politiques ad hoc constituait la principale entrave à la généralisation des REL.

Une partie du guide est consacrée aux avantages qu’offrent les politiques sur les REL. Recourir à des solutions numériques permet d’abord de pallier des problèmes d’accès à l’éducation (pauvreté, environnement rural, manque de possibilités d’éducation flexibles ou appropriées) en affranchissant l’instruction des contraintes du temps, de l’espace et du rythme. De même, alors que la question du coût peut compromettre l’accès de tous à une éducation équitable, inclusive et de qualité et à des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, les REL, "parce que faciles à adapter, moins onéreuses pour l’utilisateur final grâce au partage numérique (...) représentent une bonne solution pour réduire les coûts de production et de maintenance des ressources de qualité".

L’exemple de l’initiative African Storybook donné dans l’ouvrage est une réponse à ce double objectif. Ce site a été conçu pour diffuser des histoires écrites sous licence libre et propose également des outils de traduction et de création d’histoires, placés eux aussi sous licence libre qui permettent aux utilisateurs du site de créer une grande quantité de supports de lecture de très bonne qualité dans des langues parlées par les jeunes Africains et répondre ainsi à la pénurie de livres en Afrique qui freine le développement de l’alphabétisation des jeunes enfants. C’est d’ailleurs un autre atout des REL mis en avant dans la publication : permettre aux concepteurs des programmes éducatifs et aux experts de l’éducation de collaborer à la production de contenus d’apprentissage actualisés et adaptables, y compris pour rendre ces contenus accessibles dans les langues locales.

Les REL améliorent la qualité de l’apprentissage mais pas sans transformation de l’environnement éducatif

Les ressources libres permettent aussi de faire participer les apprenants "à l’élaboration de leurs propres matériels d’enseignement et les encouragent à s’entraider par la collaboration et le travail d’équipe". Un aspect important, selon les auteurs, d’une part "compte tenu de la nécessité de renforcer l’éducation aux médias", d’autre part parce que cela permet "d’expérimenter les formes de travail diversifiées qui seront appelées à se répandre sur le marché du travail de demain".

Néanmoins sur ce plan, préviennent les auteurs, l’amélioration des résultats de l’apprentissage est conditionnée "à une transformation de l’environnement éducatif qui va bien au-delà de la simple mise en œuvre des REL". Ils invitent à ce titre à préférer à une "intégration faible" une "intégration forte" des REL. Dans le premier cas, les REL sont considérées comme complémentaires au système d’apprentissage en place, et soit ils remplacent les matériels d’apprentissage par des REL ayant les mêmes fonctionnalités, soit ils constituent une amélioration par rapport aux matériels d’enseignement utilisés mais prennent essentiellement la forme de vidéos, de maquettes en trois dimensions ou d’exercices. La seconde démarche positionne les REL "comme le moyen de participer à l’éducation dans les situations où l’apprentissage était jusqu’alors inaccessible" et s’accompagne donc "d’une transformation de l’ensemble du processus d’enseignement et d’apprentissage, qui devient lui aussi plus ouvert", ce qui passe notamment par une redéfinition de l’approche pédagogique où, par exemple, les apprenants deviennent des co-créateurs et les contenus s’inspirent davantage de la réalité.

Former les enseignants et soutenir des communautés de pratique informelles

Pas de bon usage non plus des REL sans les valeurs pédagogiques de l’agent (l’éducateur et/ou l’établissement), indiquent également les auteurs, donc pas sans formation en matière d’utilisation des médias numériques (pour savoir sélectionner, utiliser, adapter et améliorer les matériels existants). Si cette formation n’est apportée que dans le cadre de la formation initiale, il est nécessaire, estiment-ils, de la poursuivre dans le cadre de la formation professionnelle continue. Et lorsque ce contenu n’est pas compris dans la formation formelle des enseignants, les acteurs peuvent s’appuyer, lorsqu’elles existent, sur des structures informelles de soutien, structures qui pourront être étendues grâce à une initiative politique dédiée. En Allemagne, par exemple, un récent programme en contribué financièrement à ce que des initiatives et événements émanant de la base aient lieu à plus grande échelle et soient multipliées dans les établissements d’enseignement.

Les auteurs invitent aussi à fournir une formation et un soutien concernant les REL aux personnels des bibliothèques et aux autres membres clés des établissements éducatifs et à lancer des campagnes d’information sur les REL ciblant les cadres de l’éducation.

Adopter une approche intégrée

Dans tous les cas, l’efficacité d’utilisation des REL est conditionnée à la mise en place de stratégies "intégrées et ciblées", expliquent-ils. Or, aujourd’hui, seulement 35 % des pays concernés par l’élaboration des politiques ont choisi une approche à grande échelle (au moyen d’initiatives lancées par le gouvernement, en exploitant les trois instruments politiques que sont la réglementation, le financement et l’information). Et en Union européenne, les initiatives qui ont été lancées sont essentiellement des projets novateurs lancés à petite échelle qui ne produisent "guère d’effets systémiques", qui ne sont "généralement pas poursuivis au-delà du stade de la phase pilote ou du mécanisme de financement" et qui ne donnent lieu "à aucune évaluation scientifique de leurs résultats, de leur efficacité et de leur efficience".

Les auteurs invitent aussi à créer un groupe de haut niveau chargé de superviser et de suivre la mise en œuvre de la politique et à mettre en place un processus de consultation au constat que "les politiques échouent pour trois grandes raisons : le manque de réalisme des objectifs, l’absence d’appropriation et la mauvaise compréhension des buts poursuivis".

Des modèles pour couvrir les coûts de production et de maintenance de ces ressources

Enfin, le guide présente des modèles pour couvrir les coûts d’élaboration et de maintenance de ces ressources, parmi lesquelles celle de la production "communautaire", où ce sont des passionnés qui élaborent collectivement des REL pendant leur temps de loisir, en suggérant que, dans ce cas, le gouvernement reconnaisse et en récompense le travail fourni "en accordant des congés aux producteurs (lorsque ce sont des fonctionnaires) ou en leur apportant une infrastructure d’appui ou une formation". Une plate-forme de REL norvégienne, la Norwegian Digital Learning Arena, offre par exemple une période de détachement aux enseignants pour qu’ils élaborent le contenu sous contrat.

Le guide présente aussi des solutions de faible technicité pour contourner, notamment dans les régions du Sud, les problèmes d’accès à Internet, à l’instar du dispositif Aptus du COL, un mini-serveur à faible coût qui fonctionne avec de simples piles qui peuvent être rechargées via le réseau électrique ou à l’aide d’un chargeur solaire, dispositif qui permet de se connecter à des plates-formes et des contenus d’apprentissage numériques sans avoir besoin du réseau électrique ou d’une connexion internet.

Cette publication intervient parallèlement au lancement par l’UNESCO d’une initiative de suivi des REL au niveau mondial "pour mieux connaître les activités des pays dans ce domaine, et permettre un étalonnage et un apprentissage mutuel entre pays". L’enquête mondiale du COL de 2017 sur l’adoption et l’impact des REL avait déjà montré la satisfaction de ceux qui les utilisent : 79 % des répondants en soulignaient le poids dans l’amélioration de la formation professionnelle des enseignants, 76 % dans la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage et 74 % dans le partage des ressources entre enseignants.

Le guide de l’UNESCO ici

Camille Pons
Extrqit de touteduc.fr du 18.08.20

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