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Nicolas Cadène (Observatoire de la laïcité) : "revenir à l’essence de la laïcité", les outils, l’accompagnement, la formation des enseignants (ToutEduc)

27 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Laïcité à l’École : il faut "revenir à l’essence même de ce qu’est la laïcité" avant d’en venir aux situations concrètes (Nicolas Cadène)

Comment parler religion ? Comment parler de la laïcité à tous les niveaux scolaires ? Pour décliner la laïcité dans l’École ou auprès des jeunes en général, il faut s’attacher aux questions de vocabulaire, revenir sur l’histoire et ensuite expliquer les situations concrètes. C’est en substance la réponse qu’a livrée Nicolas Cadène, rapporteur général depuis 2013 de l’Observatoire de la laïcité, instance placée sous l’autorité du Premier Ministre et présidée par Jean-Louis Bianco, ce mardi 24 novembre 2020 dans le cadre d’un webinaire organisé par Solidarité Laïque sur le thème "Faire vivre la laïcité : comment accompagner les éducateurs". Une "base" "trop souvent occultée dans le débat public" qui choisit plus souvent de se concentrer sur les polémiques et "des analyses caricaturales qui n’ont rien à voir avec le sens profond de la laïcité", regrette l’auteur d’ "En finir avec les idées fausses sur la laïcité", livre que vient de co-éditer Solidarité Laïque, la Ligue de l’Enseignement et la Ligue des droits de l’Homme.

En effet, explique Nicolas Cadène, "Il faut revenir à l’essence même de ce qu’est la laïcité. Or, rappelle-t-il, c’est par la diversité des religions et des approches qu’on l’a construite. "Elle est née pour organiser la société, les rapports État / Église, etc.", poursuit-il. "Ça n’est pas une religion républicaine. Plutôt un outil formidable pour avancer ensemble, pour construire la paix civile, pour rassembler. Pour bien l’enseigner, il est important de revenir d’abord à ça : d’où elle vient, des guerres de religions, des persécutions, des discriminations... Et ensuite cela permet la déclinaison des valeurs républicaines : liberté de croire et de ne pas croire, égalité, etc. et d’aborder la notion de respect de ce qu’est autrui."

La Charte de la laïcité, un outil mais qui doit être complété d’un accompagnement pédagogique

Interrogé sur la façon dont la théorie peut par ailleurs se traduire en actes et en pédagogie, Nicolas Cadène a souligné l’existence d’outils et guides développés par l’Observatoire, proposés gratuitement, en téléchargement, et qui peuvent permettre de "bien l’appliquer et la faire vivre". La Charte de la laïcité, mise en œuvre en 2013, constitue également "un bon support", même si, précise-t-il, elle "ne suffit pas en elle-même, car elle ne permet pas cette bonne compréhension". Il faut en plus, explique-t-il, "de l’accompagnement pédagogique", ce qui se traduit par exemple par un commentaire de chaque article, un débat à instaurer avec les élèves sur chacun de ces articles.

Le plan de formation "Valeurs de la République et laïcité" a permis, indique-t-il, de former, avec l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires) et le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale), déjà 350 000 personnes relevant de la fonction publique territoriale et d’État, hors Éducation nationale, ainsi que des personnes relevant du monde associatif, alors que "pendant très longtemps ces derniers n’avaient pas les outils, ni les formations adéquates". Formations qui recueillent, selon lui, un taux de satisfaction de l’ordre de 97 %. Ce plan de formations a vu, indique-t-il, ses moyens doubler récemment.

80 % des enseignants n’ont jamais été formés

L’observatoire a également accompagné les mouvements d’éducation populaire dans la conception de plans de formations et d’outils. Si Nicolas Cadène constate que "cela commence à bouger", il juge néanmoins que c’est "insuffisant, notamment du côté des enseignants", dont la formation relève en revanche du ministère de l’Éducation nationale. Le déficit en la matière est important puisque ce sont "80 % des enseignants qui n’ont jamais été formés". Parmi les préconisations que l’observatoire a faites au ministère, figurent celles de "relancer" cette formation "qui s’est essoufflée" et de "mettre en place des modules communs avec le monde associatif" et de développer "l’enseignement laïque des religions".

En effet, selon Nicolas Cadène, il est également "important que les élèves appréhendent la diversité des courants de pensée, les différentes religions, etc." car elles ont influencé nos civilisations. Et être formé à cet enseignement doit permettre d’éviter certains écueils, en particulier "distinguer ce qui relève du croire - qui ne relève pas de l’École - de ce qui relève du savoir - qui relève de l’École -".

La bonne approche laïque : ne jamais répondre à un intérêt particulier mais offrir une réponse d’intérêt général

Enfin, pour Nicolas Cadène, quelle que soit la question, sachant qu’elle peut être "sensible", "la bonne approche laïque est de ne jamais répondre à un intérêt particulier mais d’offrir une réponse d’intérêt général". Pour la restauration, par exemple, l’observatoire recommande "l’offre de choix" : un menu avec viande et un menu sans viande. Une réponse d’intérêt général, parce que les raisons de ne pas vouloir manger de la viande peuvent être "multiples", par religion, mais aussi parce qu’on est végétarien, qu’on en a mangé la veille, etc. Et "on se fiche des convictions derrière", poursuit Nicolas Cadène, qui ajoute en outre "c’est bon pour la santé".

Pour lui, cette pédagogie est importante alors qu’aujourd’hui le débat public est souvent animé par des idées fausses, une idée fausse étant "une opinion subjective qui renvoie à une interprétation individuelle", et que beaucoup "se réfèrent à la loi de 1905, tout en affirmant des choses totalement contradictoires à la loi".

Camille Pons

Extrait de touteduc.fr du 25.11.20

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