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09/11 - Entretien avec Patrick Rayou (Le Parisien)

10 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Parisien » du 09.11.04 : entretien avec Patrick Rayou

« Ils se sentent investis d’une mission »

D’ici à 2012, 50 % du corps enseignant aura été renouvelé. Est-ce une chance pour l’école ?

Patrick Rayou : « Oui, je le crois sincèrement. Les jeunes profs sont aujourd’hui tout à fait prêts à bouger. Une donnée nouvelle par rapport à la génération précédente. Il faut aussi noter leur plus grande aptitude à entrer dans les démarches d’élèves qui, pour beaucoup, ne sont plus en grande familiarité avec les exigences de l’école. C’est encore leur manière plus professionnelle de se remettre en question, d’accepter des critiques sur leur activité. Parmi ces nouveaux profs, émergent ceux qui sont issus de l’immigration... C’est vrai. C’est un tout nouveau groupe qui se vit un peu comme les « fils et filles des cités ». Mais, de façon paradoxale, ces enseignants sont ceux qui ressemblent le plus aux anciens. D’une certaine manière, ce sont eux qui croient le plus au système éducatif tel qu’il existe. C’est effectivement ce système qui leur a permis de s’en sortir, d’obtenir une véritable promotion sociale par rapport à leur milieu d’origine, notamment pour les jeunes femmes. Ces jeunes ont le sentiment d’avoir réussi grâce à l’école, ils se sentent d’une certaine manière « miraculés », contrairement à leurs homologues qui viennent de catégories plus favorisées. Alors, ils estiment qu’il faut renvoyer l’ascenseur à l’institution. C’est un peu comme s’ils se devaient de rembourser une dette.

« Ils ont une réelle connaissance des établissements difficiles »

C’est-à-dire ? Ils se sentent investis d’une mission noble à remplir, une noble cause à réaliser, ce qui les fait justement se rapprocher de leurs aînés. Leur but est moins de se réaliser eux-mêmes que de véritablement faire réussir tous leurs élèves. Cette préoccupation n’est évidemment pas absente de l’esprit de la majorité des autres nouveaux profs, mais ces derniers sacralisent moins cet aspect, ils prennent plus de liberté par rapport au projet de la grande école républicaine pour tous. Ceux-là parlent d’ailleurs peu de vocation et nous disent que, « dans dix ans, je ne serai pas là » ou « ce métier n’est pas toute ma vie ». Ont-ils d’autres originalités ? C’est évident qu’ils ont une réelle connaissance des établissements difficiles où, en priorité, ils vont être nommés, eux qui ont souvent suivi leurs études en ZEP (zone d’éducation prioritaire). On peut donc estimer que c’est un plus puisque ces enseignants-là, contrairement à d’autres, n’estiment pas que leurs élèves sont des sortes de barbares qui ont envahi l’école ! Mais personne ne sait encore si cette spécificité apporte ou va apporter un réel mieux aux élèves. Il serait d’ailleurs très intéressant d’analyser, d’évaluer, d’ici à quelques années, leurs pratiques...

« Enquête sur les nouveaux enseignants : changeront-ils l’école », de Patrick Rayou et Agnès Van Zanten (Bayard, 20,50 €).

Propos recueillis par Laurence Le Fur

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