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19/11 - Prof en ZEP et radio-reporter (VousNousIls.fr)

20 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « VousNousIls.fr » du 19.11.04 : prof de ZEP et reporter à la radio

Parcours d’exception : Delphine Saltel, prof reporter.

Delphine Saltel a deux amours : l’enseignement et la radio. En 2002/2003, sur le site « arteradio ;com » elle racontait son quotidien de prof en ZEP, entre enthousiasme et désenchantement. Elle récidive aujourd’hui avec un nouvel objet radiophonique non identifié : le journal d’une élève de banlieue. Itinéraire d’une prof pas comme les autres.

Delphine, 28 ans, simple prof de français, pourrait-on dire. Elle n’a pas la grosse tête, pas franchement la voix radiophonique, encore moins le ton. Elle n’aime pas les interviews, garde ses distances avec le star système. Elle se contente d’assumer sa double vie. Car "Madame Saltel", comme disent ses élèves, mélange les genres et passe avec brio du stylo rouge au micro, le tout dans une même unité de lieu : sa salle de classe.

L’an dernier, une fois par mois, sa voix ronde venait chatouiller pour la première fois les ondes de la webradio « arteradio ;com » Elle y racontait, en 10 épisodes, son quotidien d’enseignante en ZEP, au Collège Henry Dunant, à Meaux (Seine-et-Marne). On y percevait ses espoirs et ses lassitudes, au milieu du brouhaha de la classe, mais aussi ses tentatives de faire cours de manière "un peu déjantée". Comme le jour où elle invita ses élèves à disserter sur tous les endroits où ils avaient dormi...

Vacances à Radio France

Dephine Saltel aurait préféré le "confort" du métier de prof à la précarité du journaliste radio, pourrait-on dire encore ? Pas sûr. Enseigner à Henry Dunant, un collège estampillé PEP 4, où les profs, cette année, se réjouissent de ne pas avoir vu l’ombre d’un cocktail Molotov... Comme confort, il y a mieux. "La radio, j’ai toujours aimé ça. J’ai toujours voulu en faire".

L’été, alors que ses collègues partent en vacances, Delphine fait des stages à Radio France. C’est là, dans l’enceinte de la maison ronde, qu’elle rencontre Zoé Varier, la réalisatrice de l’émission "Écoutez les anges", à qui elle propose, en 2001, la première mouture du Journal d’une prof de banlieue, sans s’imaginer encore des deux côtés du micro. Banco ! Zoé Varier accepte. Elle suit alors l’enseignante et ses élèves avec son Nagra (appareil d’enregistrement utilisé par les professionnels de la radio), pendant plusieurs semaines, pour réaliser un reportage diffusé dans son émission. "Je pense qu’elle ne se doutait pas de ce qu’elle allait découvrir. Cette année là, j’avais une classe dure. Les élèves ont même mis le feu au collège...", se souvient la jeune enseignante.

"Le récit d’une année scolaire"

L’année suivante, en 2002/2003, elle décide de proposer le concept d’un journal mensuel à France culture, qui n’en voudra pas. Elle s’obstine. Sa rencontre avec Sylvain Gire, l’actuel directeur d’arteradio.com est déterminante. Quelques mois plus tard, la petite sœur d’Arte diffusait les premiers épisodes de ce "feuilleton" radiophonique.

Lorsqu’on lui demande quel objectif elle poursuivait en réalisant ce Journal, Delphine répond avec modestie, presque étonnée de la question : "Je ne sais pas trop. Je ne prétendais pas tenir de grands discours sur l’école ou sur la banlieue. Je voulais surtout témoigner, raconter une histoire, faire le récit d’une année scolaire."

Le malaise des banlieues.

Au collège, certains savent pour Delphine. D’autres non. Il y a ceux qu’elle indiffère, ceux qui l’admirent, ceux que son audace dérange. "Je peux comprendre. Moi aussi, ça m’agacerait. Je me dirais : "Encore une qui fait son pain blanc du malaise des banlieues". C’est un peu ça finalement, sauf que je ne me fais le porte voix d’aucune cause", tranche-t-elle.

Quant à ses élèves, ils savent vaguement, eux aussi : "Je n’ai pas fait de grande publicité autour de ce projet. Les élèves savaient ce que je faisais, évidemment : ils voyaient les micros. Mais je ne voulais pas les impliquer plus que ça. Je ne voulais pas qu’ils prennent la pose. Je voulais qu’ils restent naturels et spontanés." Pari gagné : à force de traîner dans un coin de la classe, le micro et le Nagra ont finit par faire partie du décor. Delphine Saltel est discrète. Tellement, qu’elle arrive à se faire oublier… même chez ses élèves ! C’est d’ailleurs tout l’enjeu de sa nouvelle lubie, en ligne depuis quelques semaines : faire le journal... d’une élève de banlieue.

Laëtitia de Kerchove.

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