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Philo dans la ZEP d’Epinay-sur-Seine (93)

4 décembre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site « VousNousIls », le 02.12.06 : En Seine-Saint-Denis, la philosophie entre en jogging dans une cité

« Les paroles engagent-elles autant que les actes ?" A l’aise dans son jogging noir de la Juventus, Abderramane Yosri, étudiant en philosophie chargé d’aide aux devoirs, dévoile le sujet de la semaine à ses collégiens. En leur rappelant la règle : "Vous avez le droit de tout dire mais il faut argumenter".

Après "Toute vérité est-elle bonne à dire ?", "Qu’est-ce que le respect ?" et "Faut-il se fier aux apparences", la question de cet animateur de 22 ans laisse coi ses jeunes interlocuteurs : une dizaine d’élèves de cinquième envoyés deux fois par semaine par un collège de la cité Orgemont à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) qu’il reçoit dans un local municipal.

Les élèves de cette cité classée sensible qui en ont le plus besoin bénéficient en effet, après les cours, grâce à la mairie, d’un accompagnement.

Mais à Epinay, les classiques exercices de maths et le soutien en français laissent place, une fois par semaine, à trois-quarts d’heure de "philosophie", sur une idée d’Abderramane.

Pour débloquer son jeune auditoire, l’animateur force le trait, prend des exemples dans la vie courante.
Le premier ce soir-là à se lancer est Evens, 12 ans et demi. Les paroles, à son avis, n’engagent pas autant que les actes, car "on peut dire des mauvaises choses sur une personne pour +se la raconter+" pour finalement "décider de ne pas le faire", explique-t-il.

Alors qu’Evens se perd dans "une histoire qui lui vient à la tête", Dalila, 14 ans, répond aussi par la négative, parce que, dit-elle, "c’est plus facile de parler que d’agir". Pour agir, il faut "du courage", souligne-t-elle, l’action vaut plus que les paroles.

"On vous jugera toujours sur ce que vous faites, pas sur ce que vous dites", leur fait remarquer le maître de séance, alternant bon-sens proverbial, références plus savantes, et rappels au droit. Finalement, la discussion glisse sur les "beaux parleurs" et les "bonnes paroles" des hommes politiques "pour être élus".

Etudiant en master de philosophie à La Sorbonne et entraîneur de football jusqu’à cette année, Abderramane a lancé il y a un an l’aventure de "philo-cité" avec des lycéens de Terminale.

"Le concept a plu" et l’expérience a été étendue aux collégiens (de la 5e à la 3e) présentant des difficultés scolaires. "La pratique de la philosophie, comme le soutien scolaire, sont là pour leur apporter des billes, de la méthodologie et une autonomie de la pensée", explique celui qui veut enseigner dans quelques années la philosophie.

"En donnant les réponses eux-mêmes, ils constatent qu’ils ont leur mot à dire, ils prennent conscience de leurs qualités", ajoute l’animateur qui souhaite les aider "à s’interroger sur le monde qui les entoure".

S’il apprécie "la maturité" des collégiens de 3e et des lycéens, capables d’échanges plus profonds, Abderramane dit suivre avec attention "l’évolution des petits". Après quelques séances, les cinquième semblent avoir gagné en confiance et disent, à l’unisson, "participer plus en classe". "Ils se révèlent à eux-même", observe Karine, une autre animatrice.

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