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02.03.07 - François Dubet et le soutien scolaire

2 mars 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extraits du blog de François Dubet, le 19.02.07 : Sur le soutien scolaire

Au citoyen Lambda qui me demande ce que je pense du soutien scolaire.

Bien sûr, il faut soutenir les élèves et bien des familles ne s’en privent pas par un usage intensif des leçons paticulières. Aussi propose-t-on d’étendre ces pratiques à ceux qui n’en bénéficient pas. Mais il y a quelque chose de pervers dans cette affaire.

Tout se passe comme si, ne pouvant pas réformer l’école du dedans, nous avions choisi de l’étendre hors de ses frontières en scolarisant la vie des enfants après et en dehors de l’école. Comme si, ne pouvant limiter la compétition scolaire et définir ce que nous pensons y être fondamental, nous demandions aux associations et aux mairies de prendre le relais. Cette tendance est d’autant plus forte qu’il s’agit des élèves socialement défavorisés que l’on se propose d’arracher à l’influence jugée a priori négative de leurs famille, afin de les instruire et de les discipliner pour qu’ils ne traînent pas dans les rues et ne s’abrutissent pas devant la télé.

Tout ceci est bel et bon, mais comment ne pas voir que nous réduisons l’enfant à l’élève et perdons ainsi le temps et le sens de l’enfance. La ville et les quartiers ne prévoient rien pour les enfants, leurs jeux et leur liberté. On ne pense qu’à les encadrer, qu’à leur offrir des activités éducatives cadrées, intelligentes et productives. Ne dit-on pas qu’il est bien de faire du sport ou du piano parce que c’est bien pour les résultats scolaires. Pourtant les résistances des jeunes sont indiscutables : dès l’adolescence, ils fuient les activités encadrées, les clubs et les associations pour avoir du temps et des relations à eux.

Des écologistes se battent pour que certaines espèces aient un espace "naturel". je propose donc de promouvoir une défense "écologique" de l’enfance expliquant que ceux-ci ne sont pas que des élèves et que le temps de travail des parents, l’organisation de la ville, celle du temps des études doivent leur offrir un temps à eux, un temps ou des adultes les prennent en charge sans en faire des objets pédagogiques.

Nous rêvons devant les photos de Doisneau et en lisant La guerre des boutons, mais en fait, ces enfants nous font peur au nom de notre désir d’ordre, ce sont des voyous potentiels, et au nom de nos désir de les éduquer et de les faire réussir. Puisque nous n’imaginons même plus de faire un monde plus vivable, nous pensons que la justice ne vise qu’à "soutenir" les enfants afin qu’ils deviennent des élèves performants. Comme si la totalité de la vie se jouait à l’école ; comme si l’enfance était du temps perdu.

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Sur le même blog, on trouve aussi, le 28.02.07 : Le besoin d’admirer

et ordre juste

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