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06/12 - Louis Maurin fait le point sur l’école (Alternatives économiques)

6 décembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait d’ « Alternatives économiques » de décembre 2004 : Louis Maurin fait le point

L’excellente revue « Alternatives Économiques » consacre son dossier central de ce mois à l¹école avec le titre « École peut mieux faire ». Vous trouverez en ligne un des articles de ce dossier qui analyse « L’échec de l’école pour tous" et détaille les mesures proposées pour lutter contre les inégalités. Deux extraits sont reproduits ci-dessous.
L’auteur, Louis Maurin, est animateur de l’Observatoire des inégalités : www.inegalites.org
Le site d¹Alternatives économiques http://www.alternatives-economiques.fr

(...) L’école compense peu les inégalités

L’échec scolaire n’est que la face la plus visible de l’iceberg. Il marque les esprits car il symbolise l’échec d’une société à apporter à sa jeunesse le minimum de savoirs nécessaires pour s’insérer convenablement dans la société. Mais l’incapacité de l’école à s’ouvrir à tous est beaucoup plus large.

Celle-ci, il est vrai, est face à un défi : faire réussir des enfants qui n’ont pas les mêmes cartes en main au départ. « En France, les premières “traces” des inégalités sociales et sexuées à l’école sont observées au niveau de la moyenne section de maternelle (...) Une analyse très fine des performances [des élèves] montre que c’est dans le domaine de la logique verbale que les inégalités sociales sont les plus marquées », indique Marie Duru-Bellat (3). Les inégalités entre les enfants existent avant même l’entrée à l’école. Le problème, c’est que l’école ne fait pas grand-chose pour changer cet état de fait. En sixième, 15 points sur 100 séparent en moyenne les enfants d’ouvriers de ceux des cadres. L’écart est déjà énorme. A la fin du collège, les deux-tiers des enfants d’ouvriers sont en retard, contre 10 % de ceux de cadres supérieurs.

Au lieu de réduire les inégalités, les pratiques de la majorité des enseignants et l’orientation les renforcent, comme l’a montré un rapport du Haut conseil de l’évaluation de l’école. L’effort en direction des publics les moins favorisés demeure en effet faible. « L’offre scolaire est loin d’être égale, homogène et, de manière générale, l’école traite moins bien les enfants les moins favorisés », remarque François Dubet, sociologue, professeur à l’université de Bordeaux II. Les écoles des zones favorisées disposent d’enseignants plus expérimentés et les établissements y sont en moyenne de taille inférieure. Au sein même des établissements, l’école agrège les bons élèves, ce qui ne fait que renforcer les inégalités, comme le montrent les études françaises et la comparaison internationale.

La maldonne scolaire

Le plan du ministre de l’Education ne paraît pas à la hauteur de ses objectifs ambitieux pour changer la maldonne scolaire. Certes, le pire est évité : François Fillon ne veut pas le retour au « collège des riches et [au] collège des pauvres », il l’a clairement marqué. Il ne semble pas vouloir céder à la tentation d’un enseignement à deux vitesses dès les petites classes, tel qu’il était préconisé par le rapport Thélot, avec un choix d’options dès le primaire. La mesure centrale en matière de correction des inégalités est un soutien individualisé de trois heures hebdomadaires à destination des élèves en difficulté. Au passage, le réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté (Rased), intégré aux établissements scolaires, serait renforcé. La mesure a le mérite de ne pas s’appliquer uniquement aux zones d’éducation prioritaires, mais à tous les établissements. Mais parviendra-t-on à la mettre en place avec les moyens aujourd’hui prévus ?

A côté, le développement des bourses au mérite (sous condition de ressources) dans le secondaire, pour atteindre 1 000 euros par an et concerner 75 000 jeunes, relève du pur effet d’affichage. Il permet de donner une couleur d’« élitisme républicain » au plan. A ce niveau d’enseignement, on compte 5,6 millions d’élèves...

Certaines mesures du plan Fillon, dont l’origine remonte en réalité plutôt au précédent gouvernement et à Jack Lang en particulier, vont même accroître les inégalités sociales. La mise en place de la nouvelle troisième, déjà annoncée et opérationnelle dès la rentrée prochaine, sélectionnera encore plus tôt les enfants en leur demandant de choisir entre trois options de trois heures hebdomadaires chacune : latin et grec, langue vivante (étrangère ou régionale) ou découverte professionnelle. Cette dernière option pourra même faire l’objet d’un module de six heures, auquel cas le collégien se fermera la porte d’une seconde générale en arrêtant l’étude d’une seconde langue vivante. Toutes les études montrent que plus on offre des filières de façon précoce, plus on accentue les inégalités sociales.

Dans la même veine, le ministre préconise d’étudier encore plus tôt une langue vivante. Encore faut-il que cet enseignement ait les moyens de ses objectifs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Au-delà, cet enseignement risque de pénaliser les élèves en difficulté qui auraient pu profiter de ces heures pour combler des lacunes dans les matières fondamentales. (...)

Louis Maurin.

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