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Le socle commun, tel que décrit par les Cahiers pédagogiques : un repère dont les enseignants en éducation prioritaire ont besoin

19 décembre 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site des Cahiers pédagogiques : Le socle commun, chiche !

Par Jean-Michel Zakhartchouk
lundi 17 décembre 2007

On ne sait pas trop où en est l’Institution par rapport au socle commun de connaissances et compétences. Absent de la campagne présidentielle et de nombre de discours ministériels, le document que Gilles de Robien, dans un moment de pathos, déclarait avoir signé "en tremblant d’émotion" a tout de même force de loi et Xavier Darcos a préfacé l’édition en poche de ce texte officiel. Des livrets de compétences commencent à circuler, des grilles de référence sont proposés sur le site EDUSCOL, sans beaucoup d’explications sur leur usage, des sites expérimentaux sont désignés dans chaque académie...

Pour autant, on ne sent guère une intense mobilisation pour la mise en oeuvre de ce qui pourrait pourtant être une révolution culturelle pour l’enseignement français, pourrait être si... Où sont les universités d’été ou d’automne qui permettraient de forger des outils pour une réelle diffusion de la "logique de compétences", où sont les journées banalisées dans les établissements qui organiseraient de vraies discussions et un début d’appropriation, où est indiqué clairement le dispositif de retour des outils expérimentaux, rendant possible leur amélioration (et dieu sait s’ils ont besoin d’être améliorés) ? Où est la formation continue autour du socle, hormis de trop rares initiatives ici ou là, où sont les documents d’accompagnement ?
Faut-il pour autant se contenter de déplorer cet état de fait, et au passage, se gausser d’un texte qu’il serait naïf de prendre au sérieux, faut-il se perdre dans les débats théologiques autour de la notion de "socle" ou de l’opposition socle commun/culture commune ? Faut-il voir les choses de loin, de haut, avec un ricanement ironique ? Pour ma part, je pense que non ; j’ai envie de prendre au sérieux l’idée du travail par compétences, ainsi que celle de la définition de l’"élémentaire", c’est-à-dire ce dont un futur citoyen doit être pourvu à la fin de la scolarité obligatoire.

J’ai envie de dire "chiche" à l’Institution et d’utiliser les ouvertures intéressantes que contient le texte pour faire avancer notre école. Tant pis pour les insuffisances, les manques graves, les ridicules qui ont conduit les rédacteurs à mettre en gras la dictée comme un passage obligé de l’apprentissage de la langue française. Tant pis pour les fastidieuses listes de connaissances, notamment en lien avec l’histoire-géographie, qui vont parfois au-delà des programmes, baptisées compétences par la seule vertu du verbe "maîtriser". Tant pis pour les faux semblants et les discours d’accompagnement qui réduisent parfois ce socle à de bien pauvres "fondamentaux" où l’on ferait régner le fameux SLEC (lire/écrire/compter) au détriment de l’ouverture culturelle. Tant pis, oui, car malgré tout, je vois dans le socle pas mal de ferments d’une autre école, d’une autre conception de la réussite à l’école. Je voudrais ici citer quelques points qui me semblent aller dans le bon sens, points que je vais énumérer en suivant l’ordre des sept piliers du socle, en complétant par la formation et l’accompagnement.

1. La maîtrise de la langue est envisagée comme un travail de toutes les disciplines et consiste avant tout dans une pratique active de cette même langue. Le "dire" est mis sur le même plan que lire et écrire et on peut s’en féliciter. Je me fonde sur les grilles de compétences concernant cette partie, où se trouvent corrigées les orientations passéistes et bien peu opératoires de la rédaction du socle. On trouve par exemple mentionnée la nécessité de faire participer les élèves à l’élaboration des critères d’évaluation et on insiste sur l’écriture par les élèves de textes expliquant leurs démarches. Il y a là des points d’appui intéressants qui peuvent permettre un travail d’équipe fructueux.

2. Les langues étrangères sont davantage conçues sous l’angle de la pratique ("pratiquer" et non "enseigner") Des ponts sont jetés vers les autres disciplines.

3. La culture mathématique et scientifique se trouve rassemblée autour du mot "culture" : occasion de ne pas en rester à une conception techniciste, certes encore bien présente, d’autant qu’une des versions du livret de compétences re-sépare mathématiques et sciences. Mais il est question des démarches, du développement de l’esprit critique, et là encore on peut s’appuyer dessus.

4. Pour la partie "culture numérique", dans l’esprit du B2i qui peut être un modèle intéressant, on a une occasion de faire prendre en charge les TIC par toutes les disciplines, en suscitant une réflexion sur les usages d’internet. Aller plus loin, sans doute, rendre les élèves actifs avec les TIC, oui. Mais c’est un pas en avant.

5. La "culture humaniste" reste prisonnière d’une conception purement patrimoniale des Grandes Oeuvres, mais on trouve aussi des ouvertures intéressantes, notamment dans la mise en relation de ces oeuvres avec le jugement personnel et la nécessité de "résonances" subjectives.

6. Les compétences sociales et civiques acquièrent une dignité nouvelle, autrement plus intéressante que ce qui est apparu avec l’absurde "note de vie scolaire". Il y a à travailler sur la différence entre civilité et citoyenneté, et à lutter contre les tendances, citées plus haut, des lobbies d’Histoire-Géographie à amener tout un savoir lourd et hors de propos (dans les grilles, on trouve par exemple la connaissance du rôle de l’UNESCO ou de l’ONU ou autres subtilités qui ne peuvent raisonnablement faire partie de "ce qu’il n’est pas permis d’ignorer", même si ce sont légitimement des thèmes du programme)

7. Pour le pilier 7, l’autonomie et l’esprit d’initiative, on notera un contraste entre le texte du socle, souvent novateur et les grilles expérimentales, très pauvres. Là, c’est l’EPS qui a voulu avoir voix au chapitre, et du coup, on réserve des points aussi importants que connaître ses forces et ses limites ou l’autoévaluation à cette discipline. Ou on renvoie la compétence à mener un projet individuel ou collectif à l’extérieur de la classe. Que la transversalité a du mal à passer quand la pure logique disciplinaire tente d’entrer par la fenêtre !
Et les grilles ne mentionnent pas la compétence à travailler en groupe, pourtant présente dans le texte du socle.

Cependant, voir dans un texte mis en avant l’autonomie ne peut que nous réjouir et les pédagogues doivent revendiquer leur expérience en la matière 1).
8. Ces aspects progressistes pourront donner une coloration stimulante et dynamique au socle commun, si nous savons nous battre, avec détermination et habileté en même temps , pour une mise en oeuvre réelle, en développant des outils de formation, en produisant des documents alliant analyse critique et propositions concrètes.
C’est dans cet esprit là que j’ai coordonné avec Pierre Madiot, après un dossier plus ancien sur la philosophie du socle (n°439 : "quel socle commun ?") un dossier en ligne : "Le socle commun, mais comment faire ?" des Cahiers pédagogiques dans lequel je me suis efforcé de mêler justement cette double exigence :
o faire réfléchir, faire prendre conscience des chances comme des obstacles (avec par exemple Denis Meuret, Sylvain Grandserre, André Giordan ou Serge Pouts-Lajus),
o proposer des débuts de mise en oeuvre à travers des grilles, des travaux divers, des expériences comme celle de Clisthène .

Il faut que d’autres pédagogues, d’autres mouvements, relaient cet effort que l’institution d’ailleurs, nous l’avons dit, n’accomplit guère. En nous appuyant sur une loi de la République, nous pouvons concrètement promouvoir une logique de compétences, de transversalité, d’articulation entre instruction et éducation, de mise en avant d’attitudes, qui ne sont pas des "comportements" mais de manières de se situer par rapport aux savoirs et par rapport aux autres. Déserter ce terrain serait laisser le socle entre les mains de ceux qui voudraient le réduire au "rudimentaire" (que Claude Lelièvre oppose, après Jules Ferry, à l’élémentaire), ce serait faire un cadeau aux anti-pédagogues qui, eux, ne savent pas trop comment se situer par rapport au socle, craignant à juste titre qu’il puisse être une arme contre l’élitisme, la ségrégation et l’abandon qu’ils souhaitent d’une école obligatoire unifiée, l’abandon surtout d’une ambition, celle de la réussite de tous.

Le socle, tout mal fichu qu’il est, peut être, répétons-le, un annonciateur d’hirondelles, malgré nos doutes sur un improbable printemps(2).
Jean-Michel Zakhartchouk

(1) Comme le dit Sylvain Grandserre dans un article du dossier cité ci-après

(2) Je me permets ce rappel d’une métaphore que j’avais utilisé à propos des itinéraires de découvertes que j’avais appelés de "fragiles hirondelles".

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