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B* Le collège RSS Jules Ferry de Villeneuve-St-Georges (94) participe à une expérience de correspondance entre deux classes d’accueil

19 juillet 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Quelles pratiques pour la réussite des élèves de classe d’accueil ?

Les ressources :

Pour une pédagogie différenciée et évolutive
De la classe d’accueil à la classe ordinaire : un parcours difficile
Légitimer le questionnement des élèves en difficulté
Tenter une correspondance entre deux classes d’accueil

En réponse à l’hétérogénéité des élèves nouveaux arrivants, tant sur le plan des âges que sur celui de la culture d’origine, de la scolarisation antérieure et du niveau atteint, les enseignants d’UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) déploient des trésors d’imagination et d’adaptation dont il est possible de s’inspirer dans les classes dites « ordinaires ».

Six d’entre eux qui interviennent conjointement en classe ordinaire, nous les décrivent.

- De la classe d’accueil à la classe ordinaire : un parcours difficile
par Céline DÉMOURET, Professeur des Écoles, UPE2A fixe à La Plaine Saint Denis (93)

- [Légitimer le questionnement des élèves en difficulté par Alexandra de MONTAIGNE, professeure de Suivi linguistique au collège Iqbal Masih de la Plaine St Denis (93)

- Tenter une correspondance entre deux classes d’accueil
par ANAIS GOUR, collège Danielle Casanova, Vitry-sur-Seine (94) et KARINE RISSELIN, Collège [RRS] Jules Ferry, Villeneuve St Georges (94)


- La personnalisation des parcours en Classe d’accueil
par Karine RISSELIN et Adeline DARVES, professeures de Lettres en UPE2A, au collège Jules Ferry de Villeneuve St Georges (94)

- Pour une pédagogie différenciée et évolutive
par Pascale JALLERAT, référente des UPE2A du 93 pour le CASNAV et en charge d’un suivi linguistique au lycée Paul Eluard de St Denis (93)

Extrait du site de la MAPIE de l’académie de Créteil du 28.06.2013 :

Quelles pratiques pour la réussite des élèves de classe d’accueil ?

Jules Ferry de Villeneuve-St-Georges (94). Elles nous en décrivent les modalités mais aussi ce qu’elle a déclenché chez Gabriella, une élève qui « déteste la France »…

Cette année, à la suite d’une rencontre professionnelle, nous avons proposé aux élèves de nos classes d’accueil d’établir une correspondance. La destination n’était pas très exotique, ni lointaine, car les établissements respectifs se trouvent séparés d’une dizaine de kilomètres, dans le même département du Val-de-Marne et dans deux établissements assez similaires mais nous y voyions certains avantages qui pourraient aider nos élèves dans leur cheminement vers l’intégration. Karine Risselin enseigne le français aux élèves débutants de la classe d’accueil du collège Jules Ferry à Villeneuve-Saint-Georges. Anaïs Gour enseigne également le français
aux élèves de classe d’accueil du collège Danielle Casanova à Vitry-sur-Seine.

Des échanges de « lettres de classe » de Vitry-sur-Seine à Villeneuve Saint-Georges, puis de lettres plus personnelles entre élèves, mais aussi des échanges de pratiques professionnelles entre collègues ont donc émaillé cette année scolaire.

Assez classique à l’école primaire, héritée des apports des pédagogies coopératives, la correspondance nous semblait être une ouverture vers l’ailleurs, vers l’autre. Ecrire à quelqu’un pourrait être le moyen d’écrire tout court… Et puis, avec l’implication de l’élève en tant que sujet et la mise en « je » dans l’écriture, l’écriture revêt une dimension supplémentaire.
Mais, cette idée d’écrire était initialement celle des enseignantes. Alors comment donner envie aux élèves de mener cette correspondance ? Celle-ci n’allait-elle pas tourner à un exercice scolaire supplémentaire ? L’expérience valait la peine d’être tentée…

Des objectifs didactiques et des choix pédagogiques
La correspondance est un lieu de travail où se mêlent plusieurs voix : la voix de l’élève qui écrit, la voix de celui qui répond, mais aussi la voix d’un groupe, des deux groupes, la voix des professeurs.
Pour prendre en compte cette polyphonie, nous avons en amont posé un certain nombre d’objectifs et nous avons choisi de ne pas utiliser Internet. Nous tenions à proposer aux élèves un exercice artisanal, où des contraintes langagières et linguistiques pouvaient constituer un cadre fertile à l’expressivité des élèves.

Objectifs socio-linguistiques
- Permettre la cohésion du groupe classe,
- Avoir un regard sur autrui hors les murs de la
classe,
- Construire une représentation de soi

Objectifs linguistiques à l’oral
- Savoir lire et commenter les lettres reçues,
- Réagir et dialoguer avec ses pairs,
- Dialoguer pour écrire un texte à plusieurs,
- Prendre des initiatives, faire des propositions pour la correspondance

Objectifs linguistiques à l’écrit
- Ecrire des lettres sur des sujets variés,
- Tenir compte de la réponse d’autrui, s’adapter à son destinataire,
- Utiliser un vocabulaire adapté,
- Enrichir son propos,
- Soigner son écrit.

Objectifs culturels
- Découvrir la culture de plusieurs pays

La correspondance scolaire, lieu d’une évaluation bienveillante des élèves
La correspondance, en ce qu’elle engage le jeune scripteur tant comme élève que comme sujet, ne pouvait supporter une évaluation traditionnelle, chiffrée notamment.
Nous avons décidé de regarder avec attention certaines attitudes, certaines capacités que mettraient en avant les élèves. En outre, il nous est apparu très vite que cette modalité de travail allait permettre aux enseignants de travailler aussi certaines attitudes, certains gestes professionnels.

Enjeux pour les élèves
- Se construire comme élève-acteur : question du
désir, de la motivation, vivre l’altérité
- Avoir un regard sur soi : mesurer ses progrès,
être compris, être lu
- Comprendre les objectifs d’un professeur

Enjeux pour les enseignants
- Travailler les objectifs avec les élèves, savoir les expliciter.
- Réfléchir avec les élèves sur les compétences nécessaires à l’acte d’écrire.
- Communiquer avec l’équipe de l’UPE2A.
- Aller vers l’autre, partager l’expérience de la migration vécue par nos élèves, mettre en mot les expériences au collège : travailler l’aspect réflexif de l’écriture.

[...]

Paroles d’élèves
A la fin de l’année scolaire, nous avons demandé aux élèves de faire un bilan de cette action.
Ils ont mis en évidence le grand intérêt qu’ils y ont trouvé : plaisir réel de découvrir le
courrier reçu, d’écrire des lettres, d’imaginer l’autre : « j’ai aimé faire la connaissance
d’autres élèves, c’était la première fois que j’écrivais à des élèves d’un autre collège ».
Ils ont apprécié de pouvoir écrire des lettres personnelles pour - nous semble-t-il - tenter une relation inédite, hors la classe.
Ils ont également mentionné l’intérêt de travailler sur des objets scolaires : le travail sur l’album de Zeina Abirached ou l’écriture de poèmes dans le cadre du printemps des Poètes ont constitué pour eux une ressource.
Et, ils ont suggéré pour une autre édition de la correspondance, de se voir plus souvent au fil de l’année et de « faire cours ensemble ».

Les limites entrevues
Au terme de l’année scolaire, nous (les enseignantes) avons essayé de dresser un bilan de la correspondance, de ses apports mais aussi de ses limites.
Il nous a semblé que la rencontre prévue en fin d’année scolaire intervenait trop tardivement. Il serait préférable d’envisager une rencontre plus tôt dans l’année, puis de la reproduire à raison d’une par trimestre, sur des projets de sorties en communes par exemple. Permettre aux élèves de se rencontrer plusieurs fois serait aussi le moyen de mesurer leurs progrès dans l’acquisition de la langue et serait un levier dynamisant pour la correspondance. Au-delà de l’échange sur des expériences parallèles, les rencontres permettraient de développer les moyens d’expression sur un vécu commun aux deux classes.
La question de l’évaluation s’est posée lors de l’écriture de ce texte. Nous n’avions pas procédé à des évaluations chiffrées, mais davantage à une évaluation bienveillante de l’implication des élèves. Le travail en classe d’accueil avec les objectifs d’acquisition du français comme langue seconde, puis comme langue de scolarisation permettrait de rapprocher davantage la correspondance des exigences du DELF (diplôme d’étude de langue française), notamment dans l’épreuve de production écrite qui propose très souvent des sujets d’écriture de lettres. Lors d’exercices d’entraînement, un sujet proposé par l’enseignant peut évoquer la correspondance, tel que « vous allez bientôt rencontrer vos correspondants à Paris, écrivez-leur une lettre dans laquelle vous leur proposez un lieu de rencontre et des activités pour la journée ». Il ne s’agit pas bien sûr d’instrumentaliser la correspondance mais de mieux expliciter les liens avec les attentes scolaires dans l’apprentissage du français et de donner corps au « destinataire silencieux 4 » des écrits des élèves, tel que le formule D. Bucheton.

Si c’était à refaire… nous essayerons d’intégrer ces pistes de travail sur l’évaluation, mais nous présenterions davantage ce projet à nos collègues de l’équipe pédagogique. Pourquoi ne pas envisager des échanges de problèmes ou de figures géométriques en mathématiques, par exemple ? Il y aurait dans la correspondance bien d’autres possibilités à explorer.

« Chère collègue »… en parallèle, une correspondance entre enseignantes
En parallèle à la correspondance de classe s’est tissée une correspondance entre enseignantes.
Afin de préparer les échanges des élèves, mais aussi dans une volonté de confronter nos pratiques de classe et nos séquences didactiques, nous avons eu des contacts réguliers par courriel. Ainsi, nous avons travaillé de façon parallèle sur une séquence à partir du livre original de Zeina Abirached 38, rue Youssef Semaani ou encore lors de l’événement du « Printemps des Poètes ».
Correspondre avec une collègue, c’est aussi sortir de l’isolement que peut conférer parfois la singularité de la classe d’accueil et rendre possible les échanges sur les modalités d’intégration, sur les progrès et les blocages des élèves. Cela nous a ainsi permis pendant une année, d’avoir un retour réflexif sur nos pratiques et de faire exister la classe d’accueil hors de ses murs.

BIBLIOGRAPHIE
La correspondance scolaire, pratiques et recherches n° 9, M. Bachy, C. Bizieau, éditions, ICEM- Pédagogie Freinet, Nantes, 2007.

Document (7 pages)

Extrait du site de la MAPIE de l’académie de Créteil du 02.07.2013 : Tenter une correspondance entre deux classes d’accueil

 

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