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J.-P Delahaye (DGESCO) auditionné par les députés sur l’éducation prioritaire. La vidéo, les synthèses de Tout Educ et du Café pédagogique. Le rapport d’information de cette audition a été publié à la mi-août

24 juillet 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

ADDITIF du 20 août 2013 : Le rapport d’information de l’Assemblée nationale

 

L’éducation prioritaire, un modèle pour l’Education nationale ? (audition de J-P Delahaye par les députés)

L’Education prioritaire apparaît comme "un miroir grossissant" des problèmes de l’Ecole, voire de la société toute entière, estime Jean-Paul Delahaye. Le directeur général de l’enseignement scolaire était auditionné, ce 23 juillet, par les députés de la Commission des affaires culturelles et il leur a présenté le "rapport de diagnostic" sur la politique de l’éducation prioritaire établi par le ministère de l’Education nationale dans le cadre de "la modernisation de l’action publique". C’est, explique-t-il, dans ces établissements que "l’effet maître" est "le plus essentiel", que la taille de l’établissement joue le plus, que les difficultés dans les collèges sont les plus importantes. C’est aussi là que la question de la cohérence de l’action éducative, que celle des relations avec les familles, que la question du pilotage se posent avec le plus d’acuité...

Mais l’éducation prioritaire ne doit pas être "un système à part", et "ce qui doit y être fait doit être fait partout". Partout, il faut "remettre la pédagogie au centre de l’action", et se refuser à abaisser le niveau d’exigence. D’ailleurs, les habitants des quartiers en difficulté veulent "une vraie école". Il faut aussi "faire davantage confiance aux acteurs de terrain". "Renforcer le pilotage à tous les niveaux" passe par la contractualisation et l’évaluation du travail réalisé dans ces réseaux "quel que soit le nom" qu’ils auront à l’avenir.

Un plan d’action et une politique recentrée

Jean-Paul Delahaye a en effet évoqué le calendrier et l’esprit du "plan d’action" pour l’éducation prioritaire dont les perspectives seront tracées au tout début 2014 par Vincent Peillon. Auparavant, l’administration aura organisé des demi-journées banalisées "début octobre" dans les établissements et, au mois de novembre, des assises académiques ouvertes aux acteurs de l’éducation prioritaire et aux partenaires du système éducatif. Il s’agit de "faire partager le diagnostic" qui a été établi par le ministère.

Celui-ci souligne que les résultats de l’éducation prioritaire sont "décevants". "Nous n’avons pas réussi à réduire les écarts de réussite." En cause, le pilotage politique de l’éducation prioritaire qui a été "discontinu" depuis sa création en décembre 1981. On a même récemment "glissé" d’une logique d’égalité des résultats à une logique de "personnalisation des parcours" qui, avec les internats d’excellence par exemple, assurait la promotion des individus, et non pas de tous. Autre cause de cet échec, "le saupoudrage" des moyens alors que "de nombreux établissements en éducation prioritaire ne répondent plus aux critères de l’éducation prioritaire". Le pourcentage des élèves issus de catégories défavorisées varie de 40 à 95 % entre les écoles des réseaux ECLAIR, de 20 à 95 % dans celles des réseaux "RRS". Si "les établissements les plus difficiles sont bien, pour l’essentiel, d’ores et déjà inscrits dans l’éducation prioritaire", quelques uns ne le sont pas, tandis que "des établissements favorisés sont restés en éducation prioritaire".

Des établissements qui réussissent

Car l’une des difficultés, pointées dès l’origine, est d’organiser "la sortie progressive" des établissements qui ne présentent plus les caractéristiques qui justifiaient leur classement en éducation prioritaire, avec l’indemnité correspondante de 1 200 €. Mais il ne faudrait pas "punir" du coup ceux dont l’environnement reste difficile, mais qui réussissent. "Certains réseaux produisent des résultats remarquables" alors que leurs caractéristiques sociales sont exactement les mêmes que celles d’autres établissements. Et pourtant, la carte de l’éducation prioritaire ne peut pas être calquée sur celle des quartiers de la politique de la Ville, puisque les objectifs doivent rester scolaires.

Le ministère devra également "éviter les effets de seuil", avec un mécanisme d’attribution des aides mieux ciblé, et une progressivité des dotations. Parmi les pistes évoquées, figure une gestion des ressources humaines adaptée, qui accueille mieux les personnels. Les primes ne suffisent pas à éviter que dans certaines écoles, le turn over puisse être "de 100 % d’une année sur l’autre" et qu’il dépasse 60 % dans certains collèges. Jean-Paul Delahaye ne rejette par ailleurs pas tout ce qui a été fait précédemment. Si la dénomination "préfet des études" pouvait être critiquée, les fonctions de coordination n’étaient pas discutables. Quant aux marges d’autonomie des établissements, elles existent, les discours officiels les reconnaissent depuis 1890 ! La DHG (dotation horaire globale) d’un établissement pourrait tenir compte de projets locaux, aussi longtemps qu’ils s’inscrivent dans "un système qui reste national". Si le DGESCO n’envisage pas un statut des directeurs d’école qui irait à l’encontre de la "culture du premier degré", il estime que leurs fonctions méritent "une vraie reconnaissance".

Les facteurs de réussite

Le rapport liste d’ailleurs les éléments qui favorisent la réussite scolaire : "des leaders (directeurs d’école, IEN, chefs d’établissements) positifs", "un travail d’équipe formalisé", des évaluations qui mettent en évidence les difficultés des élèves "et leur donnent l’occasion de réussir quand elles sont reproposées après remédiation", "un professeur confiant dans l’éducabilité de ses élèves", "un élève en bonne santé, qui se sent en sécurité à l’école", "des parents accueillis, écoutés et aidés", "des partenaires (...) qui concourent à résoudre les difficultés"... Reste que, malgré la quarantaine de pages du "diagnostic", "nous manquons d’éléments d’évaluation" de l’éducation prioritaire, souligne Jean-Paul Delahaye.

Extrait de touteduc.fr du 23.07.13 : L’éducation prioritaire, un modèle pour l’Education nationale ? (audition de J-P Delahaye par les députés)

Le site de Tout Educ (avec à droite les conditions d’abonnement)

 

Voir la vidéo (jusqu’au 21.10.2013)
(Cliquer, dans la colonne de droite du site AN, sur l’intervention souhaitée)
L’audition de Jean-Paul Delahaye dure 19’ 26")

Audition de M. Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire, sur les zones d’éducation prioritaire
M. Michel Ménard, président
M. Patrick Hetzel
M. Régis Juanico
M. Michel Ménard
M. Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire, sur les zones d’éducation prioritaire
Mme Carole Delga, rapporteure
M. Xavier Breton, rapporteur
Questions de députés
M. Patrick Hetzel
M. Luc Belot
Mme Marie-Christine Dalloz
M. Régis Juanico
M. Frédéric Reiss
M. Marc Goua
M. François Cornut-Gentille
Mme Isabelle Attard
Michel Ménard
Jean-Paul Delahaye

 

[...] Un bilan partagé
Devant les commissions de l’Assemblée, Jean-Paul Delahaye a évoqué ces mauvais résultats. « Le milliard d’euros dépensé pour diminuer le nombre d’élèves par classe et payer les enseignants de l’éducation prioritaire ne donne pas des résultats satisfaisants », a-t-il déclaré. Cet échec de l’éducation prioritaire lui semble avoir trois causes : un saupoudrage des moyens, un pilotage discontinu depuis 1981 et une mauvaise utilisation des moyens. Depuis 1981, affirme JP Delahaye, le pilotage de l’éducation prioritaire a visé tantôt une logique de promotion individuelle, tantôt la lutte contre la violence scolaire. Des propos qui visent directement l’époque Sarkozy avec sa redéfinition hésitante des ZEP entre arguments sécuritaires et exfiltration des « bons éléments » des quartiers grâce aux internats d’excellence par exemple.

Quel avenir pour l’éducation prioritaire ?
Jean-Paul Delahaye a présenté ce que pourraient être les objectifs ministériels. Il souhaite remettre « la pédagogie au centre » du dispositif. Il veut accroitre l’autonomie des collèges par exemple en donnant la possibilité de gérer une partie de la dotation horaire de l’établissement pour développer des projets. Où se situera précisément cette autonomie ? S’agit-il de donner plus de pouvoirs aux principaux , comme l’incitent les députés UMP, ou de donner une existence réelle aux équipes en leur donnant un pouvoir ? Peut-être les deux. JP Delahaye veut que les équipes s’incarnent. C’est une réponse à une autre problématique de l’éducation prioritaire : la fuite chaque année de 60% des enseignants. Il souhaite en même temps renforcer son pilotage.

Des sorties du dispositif
Il y a un an, la concertation nationale avait posé la question de la labellisation et du découpage territorial. JP Delahaye revient sur cette question. « Le plus délicat sera de gérer les sorties progressives de l’éducation prioritaire ». Délicat car cela a un impact sur les collectivités territoriales et la politique de la Ville. Délicat aussi parce que les enseignants des zones prioritaires bénéficient d’une prime de 1200 euros par an. C’est à la fois un acquis social et une reconnaissance symbolique de la difficulté du métier.

Consultations à venir
Les décisions ministérielles seront prises à la fin de l’automne 2013 après deux événements. Une demi-journée sera libérée courant octobre pour que les enseignants puissent échanger sur la nouvelle politique prioritaire. Des Assises académiques sont programmées en novembre. C’est seulement après que le ministre pourrait annoncer des décisions. L’éducation prioritaire devra donc attendre la rentrée 2014 pour des évolutions. Est-ce trop tôt ou trop tard ?

Extrait de cafepedagogique.net du 24.07.13 : Education prioritaire : Plus d’autonomie et des « sorties progressives » à prévoir

 

Voir aussi
Education prioritaire. J.-P Delahaye (DGESCO) interviewé par le Café pédagogique après son audition à l’assemblée

L’audition de J.-P. Delahaye devant les députés (suite) : d’autres comptes rendus

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