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Selon une expérimentation menée dans 84 collèges de l’académie d’Orléans-Tours, la suppression partielle des notes réduirait de moitié l’écart entre élèves de différentes classes sociales. Entretien du Café avec le responsable de l’étude et un article du Monde

15 mars 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Premiers résultats de l’expérimentation « Concilier l’évaluation par compétences et un usage raisonné de la note »

Les premières conclusions des chercheurs, ont été présentées lors d’un séminaire vendredi 4 mars 2016 à Orléans, qui a rassemblé les professeurs et les chefs d’établissement ayant participé à l’expérimentation académique, ainsi que les corps d’inspection.

« Concilier l’évaluation par compétences et un usage raisonné de la note », l’étude menée au cours de l’année 2014-2015, a été mise en place dans l’académie d’Orléans Tours dans environ 70 établissements, dont 59 collèges. Elle se poursuit en 2015-2016 dans 35 collèges et 5 lycées.

Au total environ 6000 élèves ont été concernés sur des niveaux de classe allant de la 6ème à la seconde. L’étude des chercheurs s’est concentrée sur un seul niveau : celui de la classe de 3ème.

Pascal Huguet, directeur de recherche au CNRS, Céline Darnon, maître de conférences à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et membre du laboratoire de psychologie sociale et cognitive et Isabelle Régner, maître de conférences à Aix-Marseille Université et membre du laboratoire de psychologie cognitive, les trois chercheurs ont présenté les analyses et les premiers résultats.

Les résultats sont observés sur les Mathématiques
➢ L’évaluation par compétences associée à un usage raisonné de la note permet de diviser par 2 l’écart de performance entre élèves de familles défavorisées et favorisées.
Rappelons que dans l’enquête PISA 2012, la France y apparaît comme le pays dans lequel l’influence de l’origine sociale des élèves sur leurs performances scolaires est la plus marquée.
Dans l’expérimentation, les élèves issus de familles favorisées voient leur performance sur l’épreuve de mathématiques du brevet augmenter. Les élèves de familles défavorisées augmentent eux aussi leur performance et dans des proportions plus importantes.
Tous les élèves tirent bénéfice de l’expérience et les inégalités sont fortement réduites.

Ces résultats sont obtenus de manière significative sous contrôle d’un protocole scientifique. Ils requièrent certaines conditions de mise en œuvre notamment une approche concertée des enseignants.

➢ L’évaluation améliore significativement la réussite des élèves de 3ème au brevet à l’épreuve de mathématiques
L’expérience montre que tous les élèves tirent bénéfice d’une introduction de l’évaluation par compétences et d’un usage raisonné, et plus restrictif, de la note.

Les élèves moyens ainsi que les meilleurs élèves augmentent également leur réussite ce qui constitue un résultat moins communément accepté. Beaucoup avaient tendance à considérer que ce type d’évaluation permettait de soutenir les élèves en difficultés mais risquait de freiner la réussite des meilleurs.

En modifiant le rapport des élèves au savoir et en favorisant leur implication dans le travail scolaire, cette évaluation innovante a permis aux élèves de mieux apprendre et cette amélioration de leurs acquis a été confirmée sur l’épreuve de mathématiques.

Des enseignants mobilisés, des chefs d’établissements engagés, des inspecteurs impliqués …
L’expérimentation a été conduite à grande échelle dans une académie au sein de laquelle de multiples acteurs ont été mobilisés. Les inspecteurs pédagogiques régionaux ont impulsé et piloté sur le plan pédagogique, les enseignants et les chefs d’établissement se sont impliqués en grand nombre.

… des services du rectorat en appui
Le service formation (Dafop) et les formateurs ont soutenu l’expérimentation par des actions de formation en établissements, la Division de l’évaluation et de la prospective (Dep) académique a mené un travail de collecte et d’organisation des données qui a été jugé de qualité "Insee" par les chercheurs.

A suivre
Il s’agit aujourd’hui de poursuivre l’étude vers la mesure d’autres plus-values concernant directement les compétences transversales comme la maîtrise de l’oral, la conduite de projet, la capacité à s’intégrer dans un travail collectif.

Extrait de ac-orleans.fr du 10.03.16 : Conclusions de l’expérimentation académique sur l’évaluation positive

 

Selon Isabelle Régner, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille et chercheuse au CNRS, ces résultats s’expliqueraient par un meilleur « climat de classe », et par « la modification du comportement des élèves, par rapport aux apprentissages« . D’après sa collègue Céline Darnon, maître de conférences à Clermont-Ferrand, les adolescents auraient « développé des motivations non plus tournées vers la note, mais davantage orientées vers une acquisition durable des connaissances. »

En français et en histoire-géo, le CNRS n’observe en revanche aucune différences entre une classe avec notes et une classe préférant l’évaluation par compétences – sans véritablement apporter d’explications. Quoi qu’il en soit, pour les chercheurs, la suppression partielle des notes serait un « vrai ascenseur social ».

Cette étude semble conforter les partisans de la suppression des notes. Pour autant, il est toujours bon de noter que l’expérimentation a été menée par des enseignants volontaires, le plus souvent déjà convaincus par les bienfaits de l’évaluation par compétences.

Extrait de vousnousils.fr du 16.03.16 : Un usage raisonné de la note pour réduire les inégalités entre élèves

 

« Moins d’appréhension »
Reste à savoir pourquoi la suppression partielle des notes a eu tant d’effets en mathématiques. Dans les établissements expérimentaux, où les professeurs « moteurs » ont souvent dû convaincre le reste de l’équipe, on met en avant plusieurs bénéfices. A l’image du collège Rosa-Parks, à Châteauroux (Indre), qui a commencé l’expérimentation lors de l’année scolaire 2014-2015 avec une classe de 3e, et l’a élargie cette année à toutes les 3es. « Les élèves ont moins d’appréhension par rapport à l’évaluation », souligne Nicolas Malassinet, professeur d’éducation physique et sportive. Alors qu’il est souvent reproché aux notes de ne pas toujours dire grand-chose du niveau des élèves, « l’évaluation par compétences leur apporte plus d’informations sur où ils en sont et les progrès qu’il leur reste à accomplir », souligne-t-il.

Difficile de percevoir, avec si peu de recul et à l’échelle d’un établissement, si cette nouvelle méthode d’évaluation a fait grimper le niveau. Mais au collège Rosa-Parks, classé éducation prioritaire, le principal, Philippe Niemec, a une certitude : « On avait des élèves qui ne travaillaient pas car ils savaient qu’ils auraient de mauvaises notes. De toute évidence, ces jeunes, on les a encouragés et on en laisse moins sur le bas-côté. »

Extrait de lemonde.fr du 15.03.16 : La suppression partielle des notes réduirait les inégalités entre élèves

 

Une étude, menée en partenariat avec l’académie d’Orléans-Tours, démontre pour la première fois que la suppression partielle des notes permet de réduire de moitié l’écart des performances entre élèves de différentes classes sociales.

L’expérimentation a été conduite auprès de 84 établissements de l’académie sur l’année 2014/2015. Supervisée par Pascal Huguet, directeur de recherches au CNRS, avec la participation de chercheurs des universités de Clermont-Ferrand et Aix-Marseille, elle a spécifiquement porté sur les mathématiques en classe de troisième.

Extrait de sudouest.fr du 04.03.16 : Supprimer les notes réduirait l’écart entre élèves de différentes classes sociales

 

"On livre des pistes intéressantes. Je suis convaincu qu’il faut sortir du système de notation dont on connait les biais". Pour Pascal Huguet, directeur de recherches au CNRS - Sciences cognitives), qui a livré de premiers résultats d’une enquête menée dans l’académie d’Orléans Tours, il n’y a pas de doute : l’évaluation par compétences doit s’imposer pour faire reculer les inégalités sociales à l’école. Interrogé par le Café pédagogique, il partage les conclusions de ses travaux qui continuent à poser des questions.

Difficile de parler d’une étude qui n’est ni publiée ni même rédigée. Pour en savoir plus force est de se tourner vers son directeur, Pascal Huguet, directeur de recherche au Laboratoire de Psychologie Cognitive (LPC) à l’Université de Provence. Le Café pédagogique l’a interrogé sur le protocole mis en place, ses résultats et les interprétations de ces résultats.

Le protocole
L’enquête a touché 2600 élèves de l’académie d’Orléans - Tours , 1500 suivant une évaluation par compétences et 1100 constituant un groupe témoin ayant les mêmes caractéristiques sociales, selon P Huguet. L’évaluation par compétences a touché trois disciplines : maths, histoire-géo et français. Le niveau retenu a généralement été la classe de troisième de façon à pouvoir comparer les résultats avec ceux d’une épreuve nationale, celle du brevet. Le protocole d’évaluation a été défini dans chaque établissement. Les professeurs dans chaque collège ont défini les compétences à évaluer, disciplinaires et transversales, en s’appuyant sur le socle. Les notes n’ont pas totalement disparu puisque les bulletins trimestriels continuaient à afficher une note et que les autres disciplines ont gardé leurs notes. Mais dans le quotidien de la classe le travail est évalué selon les compétences à acquérir.

Les résultats
Selon P Huguet, dans les classes qui ont suivi les protocole d’évaluation par compétences, le niveau global des élèves est plus élevé en maths. L’écart avec le groupe témoin est de 3 points, ce qui est très important. Surtout l’écart entre le niveau moyen des élèves favorisés et celui des élèves issus des catégorise socialement défavorisées est de 6 points dans le groupe témoin. Il n’est que de trois points dans le groupe suivant une évaluation par compétences.

En histoire-géographie et en français, l’évaluation par compétences n’a pas d’effet notable sur les résultats.

"Pisa nous dit que ce qui caractérise l’école française c’est l’importance des inégalités sociales dans es résultats. Avec l’évaluation des compétences, on tient une piste opérationnelle pour réduire ces inégalités", nous dit P Huguet.

Les explications de P Huguet
Comment expliquer cet effet ? "On a introduit, dans les questionnaires des élèves, des questions sur leur motivation et le type de motivation (pour eux ou par rapport aux autres), le climat de la classe. On observe que les résultats positifs de l’évaluation par compétences ne se retrouvent que là où les professeurs des 3 disciplines ont été d’accord pour participer à l’expérimentation. Quand certains professeurs sont contre et critiquent le protocole, il n’y a pas d’effet. Cela veut dire que les élèves sont sensibles au consensus dans l’établissement. Cela veut dire aussi que les chefs d’établissement ne doivent pas introduire l’évaluation par compétences par petits morceaux. C’est une méthode du tout ou rien."

"Le protocole améliore le climat de la classe", poursuit P Huguet. "Il n’y a pas l’effet décourageant de la mauvaise note. Surtout l’évaluation par compétences permet de donner un meilleur feedback aux élèves sur leur niveau qu’une note. Les élèves savent où ils en sont beaucoup plus précisément.

Interrogé sur l’absence de résultats en français et histoire-géographie, P Huguet nous dit que dans ces disciplines les compétences sont peut-être plus difficiles à définir. "Mais les maths c’est important car c’est ce qui détermine l’orientation".

Préconisations ?
Le rapport n’étant pas formellement rédigé, P Huguet n’envisage pas de publier tout de suite des préconisations. Mais il estime tenir une piste scientifiquement établie pour améliorer le système éducatif. "Il faut écouter les données et conclure fermement", dit-il. "Je suis convaincu qu’il faut sortir du système des notes".

Une étude déterminante ?
L’évaluation par compétences est-elle la solution si longuement attendue pour réduire les inégalités sociales à l’école ? Si les résultats de l’étude de P Huguet doivent être pris avec sérieux, les explications qu’il donne sont plus sujettes à débat. D’autant que l’évaluation par compétences est déjà largement répandue au primaire, un niveau éducatif où les inégalités sociales sont bien là et où le niveau scolaire des élèves ne s’améliore pas à en croire les évaluations nationales...

Plus que le meilleur feedback que permettrait l’évaluation par compétences, la suppression des notes peut avoir un effet de prise de confiance pour les élèves fragiles. La démonstration en a été fournie par Camille Terrier, une doctorante de la Paris School of Economy. Elle a étudié les résultats de près de 5 000 élèves de 6ème de l’académie de Créteil en maths. Elle a pu montrer que les enseignants discriminent positivement les filles (d’environ 6%) et que à la fin de la sixième cette pratique se traduit par une élévation du niveau des filles en maths. Il y a onc bien un effet en lui même de l’évaluation. Il pourrait expliquer l’écart entre les maths et les autres disciplines : c’est en maths que les élèves français perdent le plus leurs moyens selon Pisa. Il n’y a pas la même pression dans les autres disciplines.

Un autre effet est écarté par P Huguet. C’est l’effet de motivation des enseignants. Les professeurs qui se sont engagés dans le protocole sont des enseignants volontaires qui ont aussi décidé de travailler ensemble. Ce sont de facto des militants pédagogiques. Par suite on peut attendre d’eux qu’ils aient davantage de capacités pédagogiques et que les élèves soient sensibles à un suivi pédagogique plus important. Ces qualités disparaitraient dans le cas de l’imposition de l’évaluation par compétences.

Si l’évaluation par compétences peut faire reprendre confiance des élèves et éviter qu’ils se résignent à l’échec c’est une bonne chose. Mais bien des facteurs interviennent dans la construction des inégalités sociales à l’école. Y compris des facteurs que l’institution scolaire ne souhaite pas voir portés en avant comme le déficit d’enseignants formés dans les établissements Rep, le nombre d’élèves par classe, le cadre culturel et social dans lequel vivent les élèves etc.

Extrait de cafepedagogique.net du 09.03.16 : L’évaluation par compétences : Une solution pour lutter contre les inégalités sociales à l’école ?

 

Voir aussi

[...] En Indre-et-Loire, c’est cas du collège Bernard-de-Fontenelle à Savigny-sur-Lathan. L’an dernier, cet établissement à taille humaine (400 élèves, 16 classes) a mené une première expérimentation dans une classe de quatrième. « Le bilan a été jugé globalement positif, notamment pour les élèves les plus fragiles qui avaient tendance à baisser les bras et décrocher du système scolaire », indique le principal Dominique Aimable.

" On n’est plus dans la sanction. Il n’y a plus de fatalité "
Du coup, les enseignants et l’équipe pédagogique ont décidé de franchir un nouveau pas cette année. L’expérience a été élargie aux quatre classes de sixième et les notes ont totalement disparu au profit d’un nouveau système d’évaluation positive basé sur les acquisitions de compétences.

Extrait de lanouvellerepublque.fr du 14.03.16 : A Savigné -sur-Lathan les notes n’ont plus la cote

 

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