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Le site Question(s) de classe(s) analyse le dispositif Devoirs faits

6 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

[...] Mais ce dispositif « devoirs faits » pose aussi, et surtout, plusieurs questions de fond pour qui cherche à changer l’école avec une visée émancipatrice.
Un premier élément apparaît d’emblée. A l’école primaire, la doctrine voulait jusqu’ici (et depuis 1956 !) que les devoirs -« travail, exercice d’écolier qui se fait par écrit et en dehors des cours » (Larousse)- soient exclus en dehors de la classe. C’est ce que stipule le site même du ministère : « À la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou des leçons à apprendre ». C’est ce que rappelle également le site de l’administration service-public.fr : un professeur « doit éviter de donner à faire à ses élèves un travail écrit à la maison ».
Le ministre Blanquer, dans un entretien au Point du 28 mai, prend le contrepied de cette doctrine : après avoir trouvé « stérile » la « querelle » entre « ceux qui affirment que les devoirs sont indispensables à une qualité de l’apprentissage et ceux qui y voient un risque d’accroissement des inégalités sociales », il tranche : « Ça signifie que des devoirs, il y en a, mais qu’ils ne sont pas faits pour être faits à la maison mais plutôt dans l’établissement ». (1)

On pourra certes dire que dans les faits nombre de professeurs des écoles donnent déjà des devoirs à faire à la maison ; mais aujourd’hui c’est d’un renversement de perspective qu’il s’agit, qui fait une règle de ce qui était au moins déconseillé. Et ce changement est plus profond qu’on peut le penser à première vue. Un exercice écrit fait en classe rend possibles un travail collectif, une réalisation progressive, et le cas échéant une évaluation formative. Un devoir fait en dehors de la classe renvoie à un travail individuel, une réalisation globale et une évaluation sommative. Et tout ça en primaire, pas en terminale… Le ministre confirme lui-même cette vision des choses en expliquant qu’« Il est important que chaque enfant puisse travailler individuellement, au calme, pour faire des exercices, répéter ses leçons ou exercer sa mémoire et son sens de l’analyse ». C’est un écho direct des propos du candidat Macron préconisant, pour donner « les mêmes chances pour tous nos enfants », de mettre en œuvre « une individualisation des apprentissages, dès la maternelle ».

[...] En définitive, la question n’est pas « devoirs ou pas devoirs », mais quelle école voulons-nous ? Une école de devoirs ou d’exercices ? de l’individuel ou du collectif ? de la docilité ou de l’activité ? de bénévoles ou de personnels formés et qualifiés ? Ce sont bien deux conceptions de l’éducation qui s’opposent ici.
Alain Chevarin

Extrait de questionsdeclasses.org du 01.06.17 "Devoirs faits ?"

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