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Esther Duflo, prix Nobel d’économie : La réduction de la taille des classes n’a "aucun effet sur la performance moyenne des élèves…"

7 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Esther Duflo : « Plus on aide les gens, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté »

La lauréate du prix Nobel d’économie 2019 explique, dans un entretien au « Monde », comment la méthode expérimentale qu’elle et ses colauréats pratiquent depuis quinze ans a révolutionné la façon de faire de l’économie.

[....] Et, en l’occurrence, qu’ont donné vos expériences sur la taille des classes et les moyens supplémentaires ?

Que ça n’avait aucun effet sur la performance moyenne des élèves… Idem sur la distribution de manuels. Dans les deux cas, ce sont les bons élèves qui en profitent le plus. Nous avons constaté que le problème venait plutôt de la pédagogie. Dans les pays qui ont été colonisés, les programmes scolaires sont demeurés très élitistes du fait de l’héritage de systèmes dont le but était de former une minorité de personnes pour faire fonctionner l’administration. Cette situation, qui conduit par exemple en Inde à maintenir des manuels scolaires en anglais, alors que ce n’est que la troisième langue du pays, est très excluante et peut expliquer que beaucoup d’enfants décrochent.

Des programmes d’enseignement ciblé sur les élèves en difficulté, pendant une partie de la journée ou de l’année, à l’école ou hors du cadre scolaire, permettent de corriger cette situation – en anglais : teaching at the right level. Nous l’avons constaté en Inde, où ces programmes de soutien, d’abord lancés en coopération avec l’ONG Pratham, sont maintenant généralisés dans plusieurs Etats et concernent près de 5 millions d’élèves. Notre projet est d’étendre cette approche en Afrique. Une première expérience a déjà été menée au Ghana.

Le plus difficile est d’identifier les moyens qui permettent au corps enseignant et à toutes les personnes qui doivent contribuer à la mise en œuvre des programmes de s’approprier ce qui leur est proposé. On ne peut dire simplement : « C’est comme cela qu’il faut faire. » Il faut une implication du haut de la hiérarchie. Il n’y a d’effets massifs que s’il y a un relais institutionnel, une implication du gouvernement, mais celle-ci doit descendre jusqu’à son incarnation locale : les vraies décisions sont locales. C’est à ce niveau que nous travaillons.

[...] Et, en l’occurrence, qu’ont donné vos expériences sur la taille des classes et les moyens supplémentaires ?

Que ça n’avait aucun effet sur la performance moyenne des élèves… Idem sur la distribution de manuels. Dans les deux cas, ce sont les bons élèves qui en profitent le plus. Nous avons constaté que le problème venait plutôt de la pédagogie
[...]

Extrait de lemonde.fr du 03.01.20

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