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Organiser une classe de neige pour deux classes de l’école REP de La Gravette de Carcassonne

9 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Ben Aïda et Fabienne Sala : La REP fait du ski

La classe de découverte est une expérience bien souvent inoubliable pour enfants et enseignants. Un moment unique où les postures laissent place à une complicité qui se noue dans la vie au quotidien : se réveiller tous ensemble, partager ses repas, s’initier à un sport (comme le ski ou le kayak…) … Autant de moments riches propices à un climat de classe plus que serein. Ben Aïda et Fabienne Sala en sont conscients. Cela fait plus de deux décennies que leur école Rep de la Gravette à Carcassonne (11) organise des séjours en classe de neige pour les élèves de CM1 et/ou CM2. Un projet qui se construit tout au long de l’année. Pas toujours évident de se lancer dans l’aventure lorsque l’on sait le nombre d’heures qu’il faut y consacrer avant mais aussi pendant le séjour. L’ingrédient secret de ces deux enseignants super motivés ? « Notre seule et unique conviction que cela en vaut terriblement la peine ! »

Des journées denses

Enseignants depuis plus de vingt ans, Ben et Fabienne ont l’habitude de partir ensemble en classe de neige. Un moment auquel ils tiennent particulièrement. Classée en réseau d’éducation prioritaire, leur école accueille environ trois cents élèves dont une très grande majorité de milieu populaire n’a jamais dévalé de pistes de ski même si l’école est située à quelques heures des stations pyrénéennes.

Quarante et un élève sur les quarante-huit que comptent les deux classes de CM1/CM2 de l’école se sont retrouvés sur les pistes de ski dès lundi 24 févier dernier. Gérer autant d’enfants au quotidien n’est pas chose aisée. Comme dans toute classe transplantée, les enseignants ont pu compter sur l’intervention d’animateurs mais aussi de deux étudiantes de l’INSPÉ de Carcassonne qui ont pu trouver là l’occasion d’engranger une expérience professionnelle particulière.

Le centre d’accueil a, lui, mis à disposition deux animatrices qui avaient pour tâche l’encadrement des activités de ski, en roulement avec les moniteurs de l’ESF. Elles ont aussi animé des ateliers plus pédagogiques, comme la météo ou encore relever les traces et indices de la faune de la montagne. Les deux animatrices ont proposé des soirées thématiques lors des incontournables veillées, autour des contes, d’un diaporama sur la montagne ou encore jeux de société… La journée est chargée pour ces jeunes élèves et leurs enseignants. Après un réveil à 7h30, pas toujours évident, les ateliers pédagogiques alternent avec les cours de ski … Les enfants regagnent leur lit aux alentours de 21h30, plus tôt pour ceux qui le souhaitent, où ils s’écroulent de fatigue…

Un projet réfléchi dès la rentrée, parfois bien avant

La classe de neige, c’est un projet que Fabienne et Ben préparent dès la rentrée. « La classe de neige est une tradition dans l’école depuis plus de deux décennies. On essaie de faire en sorte que chaque élève puisse en profiter au moins une fois dans sa scolarité, en CM1 ou en CM2 ». Alors les deux enseignants prospectent les centres d’accueil de la région offrant un rapport qualité/prix intéressant. Au fil des années, certains sont devenus des partenaires réguliers. Cette année c’est en Ariège qu’ils sont, à Ascou Pailhères, un centre qu’ils connaissent bien, c’est la troisième fois qu’ils y séjournent.

Une fois le lieu déterminé, il faut monter le dossier administratif « de plus en plus contraignant et complexe mais faisable ». Et bien entendu le projet pédagogique, qui lui est construit bien en amont de la prospection de lieu. « Dès la rentrée, nous menons une enquête d’intérêt et de faisabilité sur le projet. En fonction des retours le projet est lancé, c’est-à-dire : plusieurs réunions d’informations avec les parents, beaucoup de correspondance écrite papier. Il a fallu vérifier les numéros de téléphone et les adresses mail pour mettre en place une liste de diffusion. Nous avons aussi dû recueillir des informations pour le suivi particulier de chaque élève et prendre en compte les régimes alimentaires particuliers... Nous organisons de nombreuses rencontres individuelles pour expliciter, rassurer, convaincre les plus réticents.

C’est énormément d’énergie, de temps de préparation mais tellement gratifiant ! » explique Ben. Rassurer les parents est assez chronophage mais nécessaire, « pour ceux pour qui le départ d’un enfant en classe transplantée est une première ou qui n’ont pas pour habitude de laisser leurs enfants à des tiers en dehors du cercle familial, on écoute leurs craintes, on discute, on construit petit à petit la confiance ». Mais pour une grande majorité, ce sont les grands frères ou sœurs, qui ont déjà vécu l’expérience, qui sont les meilleurs avocats auprès des parents. Et puis, il faut dire que les parents sont rassurés par l’envoi quotidien d’un mail racontant la journée, avec photos à l’appui.

Quelques jours pour mieux vivre ensemble

Fabienne et Ben sont de fervents défenseurs de la classe transplantée. « Ces quelques jours sont des moments riches qui permettent de développer l’autonomie, la cohésion de groupe, la vie en collectivité. Ils permettent aussi un regard différent et renouvelé entre élèves et enseignants et élèves entre eux ». Et s’ils privilégient la classe de neige, c’est « parce qu’elle offre un milieu inconnu, voire socialement inaccessible, pour la plupart d’entre eux.

De plus l’activité principale étant le ski alpin, à raison de 4 heures par jour, c’est la découverte et l’apprentissage d’une activité physique inédite qui donne souvent l’occasion à bon nombre d’élèves considérés comme fragiles scolairement de se révéler voire même de s’épanouir dans un contexte extrêmement exigeant. Ce bénéfice en termes de confiance en soi devient un appui et un déclencheur positif pour la suite des apprentissages scolaires de retour à l’école ». La classe de neige est un projet porté par l’ensemble de l’équipe éducative de l’école : directrice, enseignants et parents d’élèves. « Ils défendent ardemment le projet et son financement auprès de la municipalité lors des conseils d’école ».

Un coût suffisamment bas pour que cela ne soit pas un frein

Le coût d’un tel projet peut être considéré comme un frein par certains enseignants. Ben et Fabienne ont pu bénéficier d’une subvention de la municipalité de Carcassonne, à hauteur de 50% du montant total du séjour. « Pour les familles, cela revient à un coût variant entre 110 et 140 euros tout compris les cinq jours. Certaines familles peuvent solliciter des aides auprès du Conseil Départemental par l’intermédiaire des assistantes sociales de secteur. Bien entendu, nous proposons, grâce à l’association de l’école, des facilités de paiement et des solutions arrangeantes. Toujours dans une volonté de baisse des coûts, nous avons accumulé avec les années un grand nombre d’équipements de ski : des combinaisons, des masques, des gants, des chaussettes… que nous prêtons afin de limiter au maximum les frais supplémentaires ».

Les séjours en classe transplantée, même lorsqu’ils visent une pratique sportive essentiellement, permettent un développement spectaculaire des compétences psychosociales des élèves. Ils grandissent, gagnent en autonomie, en socialisation mais aussi sur le plan de la persévérance. Un séjour que Ben et Fabienne, et leurs élèves, regrettent déjà. « Le séjour est un projet fort, attendu, vécu pleinement, qui transforme réellement la classe, mais qui n’est pas pour autant le fil conducteur de l’année. Alors on va reprendre là où on était mais avec de nouveaux atouts ».
Lilia Ben Hamouda

Extrait de cafepedagogique.net du 04.03.20

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