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Le coaching scolaire. Un marché de la réalisation de soi, par Anne-Claudine Ollier, PUF, 2 sept. 2020 (entretien avec le Café)

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Anne-Claudine Oller : L’heure du coaching scolaire ?
Qu’est-ce que le « coaching scolaire » ? Pourquoi cette pratique émerge-t-elle et qui sont ceux qui y ont recours ? Venu du monde de l’entreprise, le coaching scolaire entend permettre aux élèves de mieux vivre leur scolarité et de développer un certain nombre de compétences attendues dans l’école et dans le monde du travail. Anne Claudine Ollier interroge le discours des coachs. Elle montre aussi comment l’Etat, y compris l’éducation nationale, soutient une pratique qui ne profite qu’aux plus favorisés.

C’est quoi exactement un coach scolaire ?

C’est une forme d’accompagnement à la scolarité non disciplinaire. Par exemple ce ne sont pas des cours de français ou de maths. Le coaching se centre se centre sur la motivation, la gestion du stress ou l’orientation. Il utilise des techniques de développement personnel. Il est difficile de savoir combien il y a de coachs scolaires. Mais c’est un métier qui semble en progression.

Qui sont ces coachs scolaires ?

Dans la très grande majorité des femmes de plus de 40 ans en reconversion professionnelle. La moitié vient du monde de l’entreprise. L’autre moitié a des liens avec le monde scolaire.

En lisant votre livre on se dit que ces coachs ont peu de connaissance pédagogique ou sur l’école. Est-ce le cas ?

En effet la plupart ne viennent pas du monde scolaire. Même ceux qui ont des liens avec l’Ecole ce sont des intervenants, par exemple des intervenants en école de commerce ou d’ingénieurs. C’est un profil bien différent de celui des enseignants. Ils n’ont pas du tout le même rapport à l’école et sont dans la rhétorique du développement personnel, une dimension peu présente à l’école.

Ces coachs ont des caractéristiques très homogènes. Même ceux qui ont un peu de proximité avec les enseignants ont des parents indépendants ou commerçants. 83% des pères de coachs et 62% des mères viennent du pôle privé des classes moyennes. Ils sont proches de l’entreprise et sont dans une rhétorique sur la réussite individuelle.

Tous ont un lien avec l’entreprise et ont une culture entrepreneuriale. Ils n’ont pas de formation pédagogique. Leur accompagnement n’est pas basé sur des contenus scolaires donc ces questions sont sans intérêt pour eux. Ils sont par contre formés à l’analyse transactionnelle ou au développement personnel. Le seul point commun avec les pédagogues c’est la référence que constitue pour eux les profils d’apprentissage de La Garanderie.

Comment le coaching fait-il écho à des questions chez les jeunes ?

Il y a 4 types d’expertise. La plus importante c’est la connaissance de l’entreprise : "je sais ce que c’est que la vraie vie à la différence des professeurs ou des conseillers d’orientation". Cela sous entend que l’école n’a pas de culture professionnelle. C’est oublier que le monde du travail est varié et qu’il comprend un fort pourcentage de fonctionnaires. On a ensuite deux profils de personnes en lien avec l’Ecole. 10% ont exercé dans le monde scolaire (comme professeur par exemple) et utilisent la rhétorique scolaire sur la motivation des élèves. D’autres ont une expérience dans l’accompagnement d’élèves à besoins particuliers. D’autres se présentent comme experts des élèves en difficulté mais sous un angle maternel.

Du coté des parents d’enfants coachés, on va trouver peu d’enseignants : ils se tourneront plutôt vers des cours particuliers. On trouve donc des parents qui ont les moyens de payer un coach. Ce sont des parents qui ont des enfante ayant un parcours scolaire fragile et qui sont en adéquation avec le coaching : idée de dépasser ses limites, en demande d’autonomie, d’épanouissement personnel.

Comment s’explique le développement rapide de ce coaching scolaire ?

La peur du chômage fait que la scolarité pèse très lourd. Une autre raison c’est le soutien des pouvoirs publics. Les coachs peuvent être payés avec les chèques CESU (Chèque emploi service universel pour la rémunération des salariés à domicile) permettant une réduction importante de l’ordre de 50%. Il y a donc un financement indirect des pouvoirs publics.

Il y a aussi des établissements publics qui font appel aux coachs. Par exemple, accompagner des redoublants de terminale avec des ingénieurs de l’association Ingénieurs pour l’école. Certains sont des coachs. Des conventions ont été passées dans une vingtaine d’académies pour un coût total de 5.4 millions d’euros. L’Education nationale paye des personnes issues du privé et formées au coaching.

Ce développement du coaching dit quoi de notre école ?

Ca dit que l’Ecole suit le mouvement de la société. Mais aussi que les parents se tournent vers les coachs car ils ne trouvent pas de réponse individuelle dans l’Ecole. Or ils sont en attente de réponse individuelle pour leurs enfants. Par suite la dimension collective de l’école , qui peut paraitre uniforme, est rejetée. Les enseignants se plaignent d’ailleurs de crouler sous les dispositifs individuels : PPRE, PAI etc.

Finalement ça interroge sur l’Ecole que l’on veut. L’Ecole doit elle prendre en compte la spécificité des individus ou être collective ? C’est une question valable pour les services publics en général qui remet en question les institutions. Les coachs disent qu’ils font ce que l’école ne fait pas. Mais l’école n’a pas les moyens de le faire. Elle ne peut pas donner à chaque élève 8 à 10 heures d’accompagnement.

Propos recueillis par François Jarraud

Anne-Claudine Oller, Le coaching scolaire, PUF, ISBN : 978-2-13-081656-0

Extrait de cafepedagogique ;net du 15.09.20

 

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