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Un escamotage de l’éducation prioritaire : Marc Douaire développe sa déclaration au Café pédagogique de ce matin

23 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Escamotage de l’éducation prioritaire

Les annonces faites le 22/11/2020 par la secrétaire d’Etat Nathalie Elimas ne constituent pas une surprise .Malgré la mise en scène d’une pseudo concertation, elles ne font que traduire la volonté de J.-M.Blanquer d’effacer la politique d’éducation prioritaire engagée il y a quarante ans.

Une argumentation ministérielle bien peu scientifique
Pour Nathalie Elimas, il faut changer de modèle et sortir d’une carte de l’éducation prioritaire jugée trop rigide. La carte Rep+/Rep cristalliserait donc les difficultés de mise en œuvre de cette politique. Pas un mot sur les projets engagés par l’ensemble des réseaux depuis la refondation de l’éducation prioritaire en 2014 ? Pas un mot sur les attributions de moyens et leur concentration sur les dédoublements ? Pas un mot sur les dispositifs de formation des personnels ? Pas un mot sur les expériences de pilotage engagées dans les académies ?...
Rien ne vient fonder les raisons de ce « remodelage », la situation des « écoles orphelines » comme le traitement des effets de seuil trouvant souvent des solutions dans le cadre des politiques décidées par les recteurs.
En réalité, ces annonces ne font que vouloir mettre en œuvre des préconisations du plan Azéma/Mathiot qui se distinguait par sa méconnaissance de l’histoire et des réalités de l’éducation prioritaire. Faute de vouloir mener un travail d’enquête approfondi, public, ouvert aux acteurs de terrain, le ministère s’en tient à quelques lieux communs de la pensée médiatique dominante.

Un changement de philosophie
Vouloir sortir d’une carte de l’éducation prioritaire constitue une rupture profonde. Dès son origine en 1981, cette politique de lutte contre les inégalités ciblait non pas des établissements scolaires mais des territoires marqués par de très fortes inégalités. En 1981 comme en 1990, cette politique fut articulée avec la politique de développement social des quartiers puis avec la politique de la Ville. Elle fut relancée en 2006/2007 à la suite des émeutes de banlieues de novembre 2005. La carte de l’éducation prioritaire actuelle fut élaborée en 2013 à partir d’un travail conjoint entre l’éducation nationale et le ministère de la Ville.

Passer d’une logique de politique territorialisée à une politique d’établissement constitue une rupture profonde dans la philosophie éducative gouvernementale. La lutte contre les inégalités ne relèverait plus d’un projet mobilisant le réseau et ses partenaires (services déconcentrés de l’Etat, collectivités territoriales, associations…) mais d’un contrat passé entre le rectorat et un établissement. La notion de réseau, qui traduit la volonté politique de renforcer la continuité et la cohérence pédagogique et éducative tout au long de la scolarité obligatoire, est abandonnée ipso facto, sans évaluation, sans bilan au profit du vieux modèle libéral de l’établissement autonome, sur le modèle de l’enseignement privé, ouvrant ainsi le chemin au vieux fantasme de la mise en concurrence des établissements entre eux.
Ce changement de philosophie repose aussi sur une volonté d’effacement des mesures de priorisation en faveur des ghettos urbains au profit des territoires ruraux et de l’enseignement privé.

Le mépris comme méthode de gouvernement
L’histoire de l’éducation prioritaire commencerait donc en 2017 avec la nomination de J.-M. Blanquer au ministère de l’Education nationale. Les années 1981/2017 n’existent pas. La refondation de l’éducation prioritaire engagée en 2014 n’existe pas. Les projets de tous les réseaux Rep+ et Rep engagés alors pour cinq ans ne seront pas évalués malgré les engagements ministériels précédents, ils n’existent pas, ce qui signifie notamment que le travail comme l’engagement des équipes de terrain ne sont pas reconnus, ce qui signifie aussi que les avancées dans la lutte contre l’échec scolaire produites par ces réseaux ne seront pas reconnues et réutilisables au bénéfice d’une plus grande démocratisation de l’école.
Il n’est donc pas étonnant que la pseudo concertation menée par Nathalie Elimas débouche aussi rapidement sur les propositions d’escamotage de l’éducation prioritaire chères au ministre idéologue.

Marc Douaire)

 

Marc Douaire : "Un escamotage plus qu’une politique d’éducation prioritaire"
Regroupant de nombreux acteurs de l’éducation prioritaire, l’association OZP est incontournable sur cette question. Au point d’être reçue le 5 octobre par N. Elimas. Marc Douaire, son président, réagit à l’annonce de suppression de la carte des Rep par la secrétaire d’Etat dans Le Parisien. Pour lui il s’agit d’un "escamotage" de la politique d’éducation prioritaire.

Confusion entre milieu populaire et ghetto urbain

Pour Marc Douaire, président de l’OZP, le plan annoncé par N Elimas "est un escamotage plus qu’une politique d’éducation prioritaire". "La politique d’éducation prioritaire doit être conduite nationalement", ce qui ne sera plus le cas.

Dans les arguments donnés par N Elimas, M Douaire souligne "la confusion entre les enfants des milieux populaire et les enfants des ghettos urbains. Les enfants de milieu populaire n’ont pas à être pris en charge par l’éducation prioritaire. Ils doivent l’être par l’école publique. L’éducation prioritaire vise à faire réussir les enfants des ghettos urbains". Il souligne aussi qu’Emmanuel Macron avait pris des engagements en faveur des ghettos qui semblent déjà oubliés.

L’Etat ne tient pas ses engagements

"Un contrat passé entre le rectorat et l’établissement, comme l’indique N Elimas dans Le Parisien, suppose de la confiance entre l’autorité et les acteurs de terrain. En 2014 ils ont été engagés à passer des contrats de 5 ans sur tout le territoire qui devaient être évalués en 2019. Au bout des 5 ans le ministère n’a pas tenu ses engagements", relève t-il.

Les acteurs de terrain seraient en droit d’être dubitatifs quant à ce qu’on leur propose. "Une fois de plus on met les acteurs au pied du mur sans tenir compte de leur expertise", dit-il. "Le mot réseau n’apparait plus". C’est toute l’architecture de l’éducation prioritaire qui est mise à bas.

Propos recueillis par F Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 23.1120

 

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