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Harcèlement : le sociologue Benjamin Moignard et le projet de loi Balanant (Le Café)

25 novembre 2021 Version imprimable de cet article Version imprimable

Harcèlement : Le sociologue et le politique
"Le climat scolaire, c’est d’abord une affaire d’adultes". Au moment même où la commission de l’éducation de l’Assemblée nationale examinait la proposition de loi sur le harcèlement scolaire, Benjamin Moignard (Université de Cergy) en démontrait, sans le savoir, le peu d’intérêt. D’un coté , le député (Modem) Balanant crée un nouveau délit inscrit au Code pénal pour résoudre la question. De l’autre, Benjamin Moignard démontre que le harcèlement à l’école dépend prioritairement des relations entre les adultes et de leur capacité à travailler ensemble. Suivez le guide.

Le harcèlement, une "nouvelle problématique éducative"

"Parler de harcèlement, de laïcité n’est pas sans enjeu pour la lecture de la politique scolaire". Professeur à l’université de Cergy, président de l’Observatoire Universitaire International Education et Prévention (OUIEP), Benjamin Moignard a beaucoup travaillé sur les sanctions, les exclusions et la violence à l’école. Le 24 novembre, il intervient lors du Rendez-vous des métiers de l’éducation organisé par l’Unsa éducation.

Il intervient sur les "nouvelles problématiques éducatives" (NPE), ces "problèmes" apparus avec la massification scolaire sans réelle démocratisation. Les NPE soulignent les échecs de la démocratisation scolaire. Elles en sont les marqueurs politiques et apparaissent selon le calendrier politique. Ainsi la question du voile apparait dans le contexte des politiques d’immigration . La question de la laïcité est marquée par les attentas de 2015. Benjamin Moignard identifie ainsi une dizaine de NPE entre les années 1980 et aujourd’hui : échec scolaire, handicap, décrochage, violence à l’école, harcèlement, complotisme, laïcité, tous en lien avec les difficultés de la démocratisation scolaire et avec les débats politiques.

A chaque problème les politiques répondent par un dispositif vite présenté comme un programme magique. Comme si ces problèmes ne pouvaient pas trouver de solution dans le fonctionnement normal de l’école. "On est dans le déni de la complexité", explique B Moignard. "On propose une vision qu’on dit très ancrée dans la recherche mais en même temps on a une considération très relative pour la science".

Une affaire d’adultes

D’après lui un bel exemple est donné par la politique contre le harcèlement à l’école. Les méta analyses ont identifier 7 "piliers" du climat scolaire : la justice scolaire, la pédagogie de la coopération, la prévention des violences, la stratégie d’équipe, la coéducation, les pratiques partenariales et la qualité de la vie à l’école.

Massivement c’est la stratégie d’équipe qui permet d’agir sur le climat scolaire. C’est à dire leur stabilité et la qualité du travail collectif. La qualité du climat scolaire va dépendre d’abord du travail en commun des enseignants. Si les chefs d’établissement ont une perception plus positive que les enseignants du climat scolaire ce n’ets pas parce qu’ils sont moins en contact avec les élèves, explique B Moiganrd. C’est qu’ils voient moins les conflits entre les adultes. Lutter contre le harcèlement à l’école doit commencer par faire travailler ensemble les adultes de l’établissement. Ce qui va contre la conception française du travail isolé des enseignants.

La proposition de loi Balanant en commission

Au même moment la commission de l’éducation et de la culture de l’Assemblée nationale étudiait la proposition de loi d’Erwan Balanant (Modem), soutenue par les formations de la majorité.

"Cette proposition de loi vise à renforcer la lutte contre le harcèlement scolaire", explique E Balanant (qui ne parle pas de harcèlement "à l’école"). "Le harcèlement gangrène notre société... Pour apaiser notre société, c’est donc dès le plus jeune âge que nous devons intervenir. Tolérer la violence à l’école, c’est l’ancrer dans le développement des enfants et, en conséquence, la cautionner dans la société des prochaines décennies. À l’inverse, prôner, dès le plus jeune âge, l’empathie et les principes du vivre-ensemble, permettrait aux adultes de demain d’adopter des comportements plus respectueux de leurs pairs et des leviers de communication non violente".

Criminaliser ou médicaliser

Dans cet objectif, "à coté de la généralisation du dispositif pHARe", la proposition prévoit de créer un nouveau délit pénal sanctionnant le harcèlement à l’école avec des peines très lourdes (3 ans de prison et 45 000€ d’amende minimum). Il crée aussi un "stage de responsabilisation à la vie scolaire" en mesure alternative aux poursuites. Enfin il invite à médicaliser la réponse envoyée aux victimes dans l’établissement en mobilisant les personnels de santé scolaire.

Dans la Café pédagogique, Eric Debarbieux mettait en garde contre le programme pHARe, généralisé par le ministre. Il expliquait que les méta analyses ne montrent pas de programme universel efficace. Contre le harcèlement il faut du sur mesure sinon on a des déceptions. Et il rappelait que la façon dont est mis en place un programme est aussi important que le programme lui-même.

Justement, Benjamin Moignard nous montre à quel point les politiques ne prennent pas en compte la recherche. A coté du programme miracle, ils ont trouvé une autre réponse miracle : la criminalisation des délits scolaires. Autant de façons de ne pas s’attaquer au coeur du problème : la façon dont les établissements fonctionnent dans un système éducatif qui a bien séparé l’instruction de l’éducation.

François Jarraud

B Moignard éclaire le Sénat

Extrait de cafepedagogique.net du 25.11.21

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