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Un groupe de chercheurs, pour la plupart de l’Ecole d’économie de Paris, regrette la suppression des internats d’excellence et prône une réduction de la taille des classes en critiquant la formule "plus de maîtres que de classes". Agoravox publie un long plaidoyer en faveur des internats d’excellence

15 mai 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Mais ne nous trompons pas de débat : on ne doit pas condamner les internats d’excellence parce qu’ils coûtent cher, mais bien parce qu’on a changé de priorité. L’internat de Sourdun est efficace parce qu’il a concentré des ressources importantes par élève. Il prend ainsi le contre-pied d’une politique d’éducation prioritaire qui mobilise des moyens importants, mais les dilue sur un grand nombre de jeunes, sans effets bénéfiques démontrés.

Une réduction ciblée de la taille des classes serait une option. Ses effets ont été démontrés en France. On pourrait ainsi, pour un coût par élève très inférieur à celui de l’internat de Sourdun, attribuer 3 500 maîtres additionnels aux 3 500 classes de CP du réseau Eclair, qui regroupe les établissements les plus difficiles de l’éducation prioritaire. Il serait alors possible d’avoir des classes de 10 élèves dans tous ces CP. L’apprentissage de la lecture est un moment décisif : une telle politique, qui toucherait 70 000 élèves, ferait accéder un élève initialement classé 70e sur 100 sur le plan national au même niveau que le 50e en fin de CP !

C’est pourtant une troisième option qui est retenue. Elle coûtera deux fois plus cher qu’un tel plan de réduction de la taille des classes et vraisemblablement plus cher que les internats d’excellence. Sept mille postes ont été annoncés pour le dispositif " plus de maîtres que de classes " qui consiste à fournir à certaines écoles un enseignant supplémentaire non affecté à une classe. L’idée est séduisante. Mais prudence : les dispositifs approchants qui ont été évalués à l’étranger n’ont pas eu d’effets positifs sur les résultats des élèves. Aux Etats-Unis, une expérience a montré que les classes bénéficiaires n’ont pas progressé plus vite que les classes témoins.

Les signataires
Luc Behaghel, Ecole d’économie de Paris ;
Pascal Bressoux, université Pierre-Mendès-France ;
Clément de Chaisemartin, Ecole d’économie de Paris ;
Marc Gurgand, Ecole d’économie de Paris ;
Bruno Suchaut, URSP, Lausanne

Extrait de lemonde.fr du 15.05.13 : N’abandonnons pas trop vite les internats d’excellence

 

L’Ecole d’économie de Paris devrait prochainement publier les résultats de l’expérimentation "La mallette des parents en 3ème". Comme pour celle de 6ème, il s’agit de "si peu de chose pour un réel impact", estime Marc Gurgand. Le chercheur de l’Ecole d’économie de Paris, faisait, ce 17 mai, avec son collègue Clément de Chaisemartin, une présentation aux journalistes de l’AJE (association des journalistes spécialisés en éducation) "de ce que nous enseigne la recherche". Il a évoqué tour à tour l’internat d’excellence de Sourdun, les effets de la réduction de la taille des classes, ceux des interventions précoces et du programme PARLER, et les mallettes des parents.

La mallette des parents 3ème. Après avoir publié les résultats de l’expérimentation de la "mallette des parents" en 6ème et dans l’académie de Créteil, l’équipe de Marc Gurgand a lancé l’expérimentation en 3ème et dans l’académie de Versailles. Les principaux de 37 collèges ont invité au cours du second trimestre, à deux reprises, les parents des élèves les plus en difficulté pour évoquer avec eux l’orientation de leurs enfants et l’intérêt des formations courtes. Beaucoup étaient, avant ces rencontres, prêts à accepter un redoublement pour espérer obtenir un passage en seconde générale. "Les résultats sont spectaculaires", les taux de redoublement et de décrochage sont divisés par deux, les parents "ajustent leurs ambitions", les enfants vont en apprentissage ou en lycée professionnel, tandis que ceux qui redoublent ne connaissent pas, l’année suivante, d’amélioration de leur situation. Le chercheur est "bluffé" de constater "les effets très forts de quelque chose qui devrait aller de soi".

Il pose pourtant la question d’éventuels effets pervers, les autres élèves pouvant, par imitation, s’orienter vers des filières courtes alors qu’ils auraient peut-être pu en envisager d’autres.

Taille des classes et "plus de maîtres que de classe". Marc Gurgand attaque sévèrement le service statistique de l’Education nationale (la DEPP) qui a déduit de l’expérimentation lancée par Luc Ferry de dédoublement des cours préparatoires qu’elle n’avait eu aucun effet, mais qui n’a pas tenu compte du fait que ce sont souvent des enseignants sans expérience qui ont eu ces classes à effectifs réduits. Lorsqu’on corrige les résultats en en tenant compte, on constate des effets comparables à ceux de recherches anglo-saxonnes. Aux USA, le programme STAR (Student teacher achievement ratio) a permis de comparer les résultats des élèves de classes de 15 ou de 23 élèves dans des milieux très défavorisés, aux niveaux maternelle, CP, CE1. Outre des effets scolaires immédiats, on s’aperçoit, 27 ans plus tard, que les enfants qui étaient dans des classes à effectifs réduits ne sont certes pas allés beaucoup plus souvent à l’université que leurs homologues, qu’ils n’ont pas des salaires plus élevés, mais qu’ils cotisent plus souvent à des fonds de pension, donc qu’ils ont des emplois plus stables. En revanche, une expérience de réduction de la taille des classes en Suède, aux niveaux 6ème-5ème, donne, 40 ans plus tard, une différence de revenu de 1% par élève en moins !

Le programme STAR a également permis de comparer des classes de 23 élèves avec un adulte supplémentaire. Cette présence n’a eu aucun effet sur les résultats des élèves. Marc Gurgand se demande donc si les 7 000 postes qui devraient être affectés au "plus de maîtres que de classe" ne devraient pas plutôt l’être au dédoublement de classes de CP, ce qui permettrait à 140 000 élèves d’être dans des groupes de 10 élèves. Il met au moins en garde contre les effets pervers éventuels d’une telle disposition, puisqu’on a vu des enseignants ne plus se sentir responsables de tous les élèves de leur classe, et se décharger sur leur collègue du souci des élèves en difficulté.

Interventions précoces et programme PARLER. Très favorables aux interventions précoces structurées, Marc Gurgand et Clément de Chaisemartin citent notamment le "Highscope Perry Preschool Program, mené dans les années 60 aux USA auprès d’enfants afro-américains de 3 ans au QI faible, à raison de plus de 2 heures par jour. 40 ans plus tard, leur taux de criminalité est inférieur de 16 points à ceux de leurs homologues, et leur taux d’emploi est de 25 points supérieur. Le retour sur investissement pour la collectivité est évalué à 7. De même le Carolina Abecederian Project, assez proche du programme PARLER en cours d’expérimentation en France, donne à 30 ans, 17 points d’écart pour l’accès aux études supérieures et 21 points pour l’emploi. Le bénéfice à terme serait de 4 $ pour 1 dépensé à l’origine.

Marc Gurgand constate en France les résistances des personnels de crèche (pour le programme "parler bambin") comme des enseignants de grande section pour PARLER, et il s’attend à ce que le rapport d’inspection générale (qui reste inédit à ce jour) soit négatif, mais il admet des difficultés pour sa généralisation, "des pertes en ligne", "un impact plus modeste" que dans les conditions des expérimentations grenobloises. Il estime que le "sujet est ouvert". La recherche porte en effet souvent sur de petits effectifs dans des conditions d’expérimentation, et doit aussi se pencher sur les conditions du passage au grand nombre.

L’internat d’excellence de Sourdun. Pour les internats d’excellence joue également le caractère expérimental. Seuls quelques élèves sont "sortis" de leur collège pour y aller. Ce ne sont de pas les meilleurs de leurs classes, mais des enfants motivés à la limite du premier tiers. Il n’y a donc pas d’effets sur leurs camarades restés dans leur établissement d’origine, estiment les deux chercheurs (lire aussi ToutEduc ici).

Interrogé par ToutEduc, Marc Gurgand admet qu’il a présenté non pas ce que nous enseigne "la" recherche, mais ce que nous enseignent des recherches. Clément de Chaisemartin ajoute qu’ils travaillent à "élargir le faisceau de ce qu’on mesure" et le nombre des paramètres, de façon à envisager le plus grand nombre possible des effets d’un dispositif éducatif, et non pas seulement les aspects cognitifs.

Extrait de touteduc.fr du

Programme PARLER. Nous manquons de données sur la généralisation des expériences pédagogiques

 

Une nouvelle fois, la Hollandie applique de manière implacable la logique shadok par pure idéologie égalitariste et pour effacer toute trace de sarkozysme, même lorsque cela a été très utile pour le pays.

[...] Vaut-il mieux saupoudrer ou focaliser l’effort budgétaire ?
C’est peut-être finalement le vrai enjeu idéologique entre la gauche et le centre droit, qui pourrait se résumer à un clivage entre un égalitarisme inefficace et une différenciation efficace basée sur l’égalité des chances. [...]

Extrait de agoravox.fr du 16.05.13 : Internats d’excellence : pourquoi continuer ce qui marche bien ?

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